Agression mortelle à Rouen : Mamoudou Barry, "un ami, collègue et citoyen exemplaire"

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ÉMOTION - Mamoudou Barry est décédé samedi 20 juillet des suites de son agression à Canteleu, dans les environs de Rouen. Ce brillant universitaire Guinéen de 31 ans venait de valider sa thèse et était promis à une belle carrière. Marié et père d'une petite fille de deux ans, il aura marqué son entourage par son intelligence et sa douceur.

Mamoudou avait 31 ans. Marié, père d’une petite fille de 2 ans, il a perdu la vie samedi 20 juillet, succombant à ses blessures de la veille au soir. Ses amis et collègues le décrivent unanimement comme un homme brillant. Docteur, chercheur, professeur et "débordant de projets, Mamoudou Barry forçait, par son travail, l’admiration de ses collègues et de ses étudiants", déclare ainsi Joël Alexandre, président de l’Université de Rouen Normandie.

De Mamou à Rouen, un parcours scolaire sans faute

Saidou Diallo le connaissait depuis plus de 15 ans. Contacté par LCI, cet informaticien installé à Lyon avait rencontré Mamoudou Barry au collège de la ville de Mamou en Guinée, leur pays natal. Admiratif de sa réussite, Saidou a retracé le beau parcours de son ami pour LCI. Après avoir obtenu l’équivalent du brevet, Mamoudou a passé avec brio son bac littéraire au lycée Elhadj Aboubacar Doukouré en 2007, toujours à Mamou. Admis à l’université Général Lansana Conté de Conakry - la capitale - il va jusqu’à la maîtrise, puis candidate à Campus France pour continuer ses études dans l'Hexagone. En septembre 2012, il arrive à l’université de Rouen pour un master en droit, qu’il valide en 2014, avant d’entrer à l’école doctorale. Le 27 juin dernier, Mamoudou Barry avait brillamment soutenu sa thèse sur les politiques fiscales et douanières en matière d'investissements étrangers en Afrique francophone.

Sa directrice de thèse, trop émue par la disparition de son élève pour s’entretenir au téléphone, nous a confié par écrit que "la communauté universitaire perd une personne remarquable, tant sur le plan humain qu'intellectuel". Carine Brière précise que le jury avait félicité Mamoudou Barry à l'unanimité "en raison de l'originalité de sa recherche et des qualités dont il a fait preuve lors de la soutenance". Mais il n'était pas seulement étudiant : depuis 2014, parallèlement à la préparation de sa thèse, il enseignait à la faculté de droit de l'université de Rouen. Il intervenait notamment en droit de l'assurance et en droit bancaire. "Il était apprécié des étudiants", assure Carine. Il était aussi membre du centre universitaire de recherche juridique à Rouen et membre de l'équipe de recherche Thinking Africa. Il avait été sollicité pour réaliser des conférences en lien avec les matières premières extractives, dans divers colloques en Chine et en Afrique, ou dans les médias. Un parcours sans faute qui le menait à une belle carrière.

Un homme pacifique et conciliateur

Doctorant en droit fiscal depuis quelques semaines, Mamoudou s'apprêtait à rentrer en Guinée pour prêter serment et devenir avocat. "Il me l'a annoncé lors de notre dernier appel, jeudi. Il avait aussi pour projet de candidater au Barreau de Paris d'ici la fin de l'année", regrette Saidou. Une carrière avortée et une vie volée, dans un accident "d'une extrême violence", comme l'explique le communiqué de ses amis.

"Mamoudou Barry, était un frère, un ami, un époux, un collègue et un citoyen exemplaire. (...) Il participait ainsi, à son échelle, au rayonnement de ces pays", résume le texte accompagnant la cagnotte créée pour aider sa famille à gérer ce décès soudain. Mise en ligne par trois de ses amis, elle représente "un appel à chacun (personne physique, morale, ONG , ...) pour mobiliser les fonds nécessaires au rapatriement de son corps en Guinée", est-il écrit. "Ces fonds pourront également aider sa famille dans les obsèques mais aussi et surtout pourront accompagner sa femme et sa fille". Son épouse, à ses côtés lors du drame, est dévastée. Elle avait rencontré Mamoudou en Guinée, étant originaire du même village que lui. "On fait tout pour les protéger, elle et leur fille", assure Saidou, "notamment en gardant leurs identités confidentielles." 

On l'appelait "le Sage"- Saidou Diallo, ami d'enfance de Mamoudou Barry

"Tout ce que je retiens de Mamoudou, depuis tout petit, c'est qu'aucune personne de notre entourage, que ce soit dans notre enfance, notre adolescence ou à l'âge adulte, aucune personne ne l'a jamais vu se battre" tient à dire Saidou. "C'est simple, on l'appelait le Sage", se souvient-il. "Quand des gens se disputaient, il s'interposait pour discuter, on l'écoutait." Toujours prompt à donner des conseils, pour "aider à être les plus bons possibles", Mamoudou a toujours été un conciliateur. "C'est pour cela qu'il a voulu discuter avec son agresseur", affirme Saidou. "Malheureusement, c'est aussi dans cette démarche qu'il est décédé", soupire Saidou.

Vendredi soir en voiture avec sa femme, alors qu'un individu lui lançait des insultes racistes - selon plusieurs témoignages - Mamoudou est sorti de la voiture pour s'expliquer. "Il a certainement dit qu'il ne fallait pas tenir des propos discriminants sur la couleur de peau, qu'il n'était même pas un supporter de foot, qu'il travaillait à l'Université", assure son ami. Mais Mamoudou n'a pas réussi à raisonner son agresseur.

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Roué de coups, Mamoudou Barry est décédé quelques heures plus tard des suites de ses blessures. Sa mort a provoqué une vague d'émotion dans tout le pays et une marche blanche est organisée en son honneur vendredi à Rouen. La ministre Frédérique Vidal a déclaré sur le plateau de LCI qu'une cellule de soutien a été mise en place à l’université pour toute personne en ressentant le besoin. "Mamoudou a toujours été un guide pour les étudiants, un exemple pour ses collègues et un père de famille dévoué", résume son équipe de chercheurs dans un communiqué. "Nous perdons un homme de valeur, de consensus, un conciliateur, un brillant intellectuel pluridisciplinaire".

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