Agression mortelle de Villeurbanne : "Ce cas n’a rien à voir" avec de la "détresse psychologique"

Agression mortelle de Villeurbanne : "Ce cas n’a rien à voir" avec de la "détresse psychologique"

ANALYSE - La question du suivi psychologique des demandeurs d'asile a resurgi après l'attaque survenue à Villeurbanne, qui a fait un mort et huit blessés samedi. Si elle déplore le manque de suivi des réfugiés en état de "détresse psychologique" et dénonce un sujet très "politisé", la psychologue clinicienne Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky met les choses au point: "Ce cas n'a rien à voir. Il n'y a pas plus de psychotiques parmi les migrants que dans le reste de la population."

Le 31 août dernier, une attaque a fait un mort et huit blessés à Villeurbanne, dans le Rhône. L’auteur présumé des faits, un Afghan de 33 ans, était arrivé en France en 2016. D’après l’expertise psychiatrique, il manifeste un "état psychotique envahissant" et un "délire paranoïde à thématiques multiples". 

Interrogée par LCI, Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky, psychologue clinicienne à l’hôpital Avicenne, à Bobigny, s’occupe notamment de demandeurs d’asile. Pour elle, il faut tout d’abord faire la différence entre ce triste fait-divers et la question de suivi psychologique des demandeurs d’asile et réfugiés : "Ce cas n’a rien à voir avec les personnes en état dit de 'détresse psychologique'. Cette personne qui a été en errance présentait un délire psychotique. Il est important de préciser que la psychose est une pathologie qui n'est pas particulièrement prévalente parmi les demandeurs d'asile et réfugiés qui sont pris en charge. Ce qui prévaut largement ce sont les psycho-traumatismes et les dépressions."

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Elles se retrouvent bloquées par leurs souvenirs douloureux, qui resurgissent régulièrement.- Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky, psychologue clinicienne, concernant les réfugiés en détresse psychologique.

"Très majoritairement, les personnes prises en charge dans notre service, à l’hôpital Avicenne, sont en état de stress psychosomatique ou en état de forte dépression, du aux violences extrêmes auxquelles elles ont assisté ou qu'elles ont subies. Ce ne sont pas des personnes victimes d’agressions ni d’attentats. Certaines sont atteintes de dissociation traumatique et sont dans un état de 'quasi-somnambulisme'. Elles se retrouvent bloquées par leurs souvenirs douloureux, qui resurgissent régulièrement. Quand elles viennent nous voir, elles ne dorment plus, sont dépressives, ont constamment des images violentes en tête, qui les empêchent d’avancer" développe la psychologue.

Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky revient également sur la difficulté du suivi psychologique de ces personnes, "notamment en raison du fait qu’elles ne parlent pas la langue du pays d’accueil ou même l’anglais". "Elles éprouvent de base des difficultés à exprimer ce qu’elles ressentent, mais sont ensuite confrontées à la barrière de la langue" indique-t-elle, avant de détailler le processus mis en place pour leur venir en aide : "Au niveau du suivi psychologique, il est possible d’effectuer une double prise en charge de la personne. Il est également possible de la médicamenter. Le but est d’effectuer un suivi pour 'remettre en ordre' ce qui pose problème chez ces personnes."

Un "manque énorme" au niveau du suivi psychologique en France

Un processus qui peut prendre beaucoup de temps selon les traumatismes vécus : "Cela peut prendre un an, deux ans. Il existe plusieurs solutions, à savoir la thérapie par la parole, les thérapies cognitives, mais aussi par le corps, notamment pour les victimes d’agressions sexuelles et de viols." "Nos espaces d’écoute sont avant tout des espaces de reconstruction. Si l’écoute est un bon moyen de faire sortir les images horribles qu’elles ont en tête, certaines personnes en consultation ne disent pas un mot. Le fait de reparler de ces choses les rendent de nouveau réelles et cela provoque l’effet inverse."

Si la professionnelle de santé salue le travail effectué par les personnes prenant en charge les demandeurs d'asile en état de "détresse psychologique", elle met également l'accent sur le fait qu'il existe un manque énorme au niveau du suivi psychologique en France pour ces personnes : "Malheureusement, il n’y a pas de suivi automatique ou systématique pour les réfugiés et demandeurs d’asile. Il y a un manque énorme en France au niveau 'trauma', alors qu’il s’agit d’une question de santé publique. C’est un sujet qui est finalement très politisé et mis de côté."

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