Amiante dans les écoles : "On n'imaginait pas qu'on ouvrait une boîte de Pandore"

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SANTÉ - Une étude de Santé publique France, publiée jeudi 27 juin, relève que le nombre de cancers dus à l'amiante ne cesse d'augmenter. Le parc scolaire est directement concerné.

"Les enfants sont en première ligne." Au lycée Georges Brassens, situé à Villeneuve-le-Roi (Val-de-Marne), Cyril Verlingue a tiré la sonnette d'alarme : l'établissement scolaire où il enseignait donnait des signes de vétusté. "Tout tombe en ruine", "les murs à l'intérieur [...] dans un état plus que déplorable", "le collège s'effondre" peut-on lire sur Internet. 


Alors, lorsqu'un morceau de plafond tombe en 2017 dans une salle de classe et que l'échantillon révèle la présence d'amiante dans l'établissement scolaire, Cyril Verlingue décide, tout comme de nombreux autres enseignants du lycée, d'exercer son droit de retrait. "C'était du flocage amianté, très friable donc très dangereux.", relate Cyril Verlingue. Problème : les documents de l'établissement ne mentionnait pas la moindre trace d'amiante. "Deux ans plus tôt, le DTA avait relevé qu'il n'y en avait pas", s'étonne l'enseignant, contacté par LCI.


Le DTA, c'est le Dossier Technique Amiante. Un diagnostic devant être réalisé pour tout immeuble dont le permis de construire a été délivré avant 1997, année d'interdiction de l'amiante. Vingt ans après, elle continue de tuer. Jeudi 27 juin, l'agence sanitaire Santé publique France a rendu public un rapport sur le mésothéliome pleural. Appelée aussi "cancer de l'amiante", cette maladie qui touche la plèvre (membrane entourant les poumons), une fois déclarée, tue en un an, en moyenne.

Un matériau dangereux et présent dans de nombreuses écoles

Une pathologie grave qui continue à semer la mort. Entre 2015 et 2016, 1100 nouveaux cas de mésothéliomes pleuraux sont survenus par an en France. Un chiffre alarmant du fait de l'effet différé de trente à quarante ans entre la première exposition à l'amiante et la survenue de la pathologie. Une maladie qui touche aussi bien les professionnels du BTP que d'autres secteurs. Selon l'étude débutée en 1998, 178 des patients ayant contracté le mésothéliome ont exercé au moins un emploi dans l’enseignement (6,5% des cas). 


Face à ce constat, le collectif Urgence Amiante Ecoles a vu le jour.  Objectif : rassembler les personnes potentiellement concernées par cette catastrophe sanitaire. Selon le collectif, 85% des établissements scolaires sont susceptibles de contenir de l'amiante. Enseignants, personnels, parents d'élèves... L'association permet aux victimes ou aux proches de victime d'amiante d'être informés sur les droits dont ils disposent. Modèle de lettre de demande de DTA, constitution de dossiers ou encore des précisions quant au droit de retrait pour le corps enseignant. L'approche se veut pédagogique. Une nécessité pour de nombreux parents.

Boîte de Pandore

Caroline Sultan, mère de deux enfants et représentante FCPE à la maternelle Pré Gentil de Rosny-sous-Bois, s'est notamment battue pour la fermeture du "chalet", un bâtiment préfabriqué dans les années 1960 et touché par l'insalubrité. "Ça sentait le moisi, quand les enfants revenaient de l'école il y avait une odeur de cave, certains parents leur demandaient de prendre une douche avant leur goûter" en rentrant chez eux, nous raconte cette chargée de communication.


En 2018, après de nombreuses réclamations, des travaux sont prévus dans tout le complexe scolaire, et pas spécifiquement pour désamianter les locaux. "On n'imaginait pas qu'on ouvrait une boîte de Pandore", s'exclame la mère de famille. En effet, cette année, peu avant les vacances de Pâques, des ouvriers se trompent de pièce et effectuent par erreur et sans protection des travaux de rénovation dans une salle amiantée. Plusieurs étagères sont déplacées et un tableau est détaché, laissant échapper des particules de fibres d'amiante. 


Le lendemain, une enseignante fait la découverte de poussière d'amiante au sol et prend la décision de ne pas faire cours dans sa salle de classe. Après plusieurs semaines de mobilisations et une pétition, la mairie de Rosny-sous-Bois décide de fermer le "chalet" - sans pour autant le détruire - et de déplacer des classes de maternelle dans l'école élémentaire voisine. Aujourd'hui les parents ne savent toujours pas s'il s'agit là d'une mesure provisoire ou définitive. 


Patrick Capillon, adjoint à la mairie de Rosny-sous-Bois en charge de l'éducation et de la petite enfance, reconnaît un dysfonctionnement dans le déroulé des opérations du chalet mais précise que toutes les mesures et précautions ont immédiatement été mises en oeuvre. "Nous nous sommes toujours assurés que les enfants ne courraient aucun risque et nous sommes toujours restés attentifs aux inquiétudes des parents et de l’équipe enseignante.", explique la mairie.  "Nous avons donc commandé une étude pour savoir s’il y avait, ou non, des fibres d’amiante dans la salle de classe [...] le laboratoire chargé de réaliser cette analyse (AREDIA) a conclu « qu’aucune fibre d’amiante n’a été comptée (…)." Une conclusion partagée par les représentants hygiène et sécurité de l’Inspection académique de Seine-Saint-Denis selon la mairie qui a proposé de déménager deux salles de classe du chalet dans les locaux du bâtiment de l'école élémentaire voisine. 

Transparence et suivi médical

Les revendications se multiplient face à ce que Cyril Verlingue qualifie de "bombe à retardement". "Nous souhaiterions d'abord qu'une base de données répertoriant tous les DTA puisse être rendue accessible sur le web [...]. C'est le problème de l'amiante : on n'a pas eu d'inventaire des lieux et pas de transparence." Le collectif Urgence Amiante Ecoles réclame également un suivi médical pour toutes personnes potentiellement exposées. "J'aimerais bien en avoir un", confie Cyril Verlingue. L'enseignant ignore si son exposition au matériau risque de lui contracter des maladies a posteriori. 


Enfin le collectif appelle le ministère de l'Education nationale à travailler davantage avec les associations de parents et de professeurs. En octobre 2018, Jean-Michel Blanquer avait annoncé la création d'une cellule du "bâti scolaire" pour s'attaquer au problème de l'amiante dans les établissements. Une initiative saluée par Urgence Amiante Ecoles, à condition que parents, enseignants et acteurs de la vie scolaire y soient associés : "il est important que l'on puisse avoir un droit de regard sur cette cellule."

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