Anglicismes : une menace ou un enrichissement de la langue française ?

Anglicismes : une menace ou un enrichissement de la langue française ?

BRASSAGE - Culture internet et mondialisation obligent, les mots anglais s'invitent de plus en plus dans nos conversations au quotidien. Si certains voient dans ces anglicismes un enrichissement de la langue française, d'autres craignent que leur prolifération conduise à sa disparition.

De nos jours, quelque 3.000 anglicismes, au bas mot, composent notre vocabulaire au quotidien. Des mots empruntés à l'anglais comme "burn out", "briefing", "spoiler" ou plus récemment "cluster" prolifèrent jusqu’à s’imposer, au grand dam des immortels de l’Académie française. Fidèle promoteur de la langue de Molière depuis quatre siècle, cet organisme encourage en effet la création d’équivalents français pour chaque terme étranger, tout en brandissant l'abondance des synonymes français disponibles pour démontrer l'inutilité selon eux de l’anglicisme.

"L’ensemble de ces mots pollue très gravement la langue française. Au fil du temps, ils vont amener à sa destruction. Cela va devenir une langue morte. Si on n’y prend pas garde, plus personne ne parlera convenablement le français d’ici trente ans", avertit Jean-Marie Rouard, écrivain et membre de l’Académie française. Si une langue est faite d'emprunts à d'autres langues, les Académiciens déplorent notamment que cela se fasse aujourd'hui dans un seul sens au profit de l'anglo-américain. 

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Chaque langue se construit par les frottements avec d’autres langues- La linguiste Julie Neveux, auteure de l'ouvrage "Je parle comme je suis"

Pour la linguiste Julie Neveux, auteure de "Je parle comme je suis" (aux éditions Grasset, septembre 2020), les anglicismes ont au contraire pour effet d’enrichir la langue française. "La notion de langue pure est absurde", souligne-t-elle. "Chaque langue se construit par les frottements avec d’autres langues." Pour cette spécialiste, l’apparition d’un nouveau mot anglais correspond généralement à l’apparition d’une nouvelle pratique. "Les termes ‘date’, ‘flirt’ ou encore ‘match’ sont survenus dans le sillage des applications de rencontre. Le mot français ‘rendez-vous’ traduit un contexte amoureux, un moment romantique avec une personne qu’on connaît. A l’inverse, le terme ‘date’ signifie que vous rencontrez une personne pour la première fois", décrypte la linguiste, soulignant donc les nuances de sens.

Le Québec est souvent cité pour son exemplaire protection de la langue française. Et pour cause : là-bas, les titres de films doivent obligatoirement être traduits en français. Ce qui donne lieu parfois à des traductions pour le moins surprenantes. Le film "Kill Bill" de Quentin Tarantino devient ainsi "Tuer Bill", quand "Pulp Fiction" se transforme en " Fiction pulpeuse", tandis que "Grease" devient "Brillantine" et "Dirty Dancing" se mue en "Danse lascive". Pas très sexy, vous en conviendrez. En France, la loi Bas-Lauriol, votée à l'unanimité en 1975, autorise l'usage de mots anglosaxons, à condition toutefois qu'ils soient traduits. 

En 2016 dans sa dernière édition du "Dictionnaire historique de la langue française", le lexicographe Alain Rey (décédé fin octobre à l'âge de 92 ans) rappelait à juste titre que de nombreux mots anglais ont pour origine l’ancien français. Par exemple, "to spoil" (qui signifie "gâcher") est un emprunt à l'ancien français "espoillier", du latin "spoliare". E

n feuilletant son ouvrage, on apprend aussi que le mot "hashtag" (qu'un francophone pourrait aisément remplacer par "mot-dièse") a pour origine l'ancien français "haché". "On ne devrait pas parler d'anglicisme ou d'américanisme, mais de californisme car la plupart d'entre eux viennent de la côte ouest des Etats-Unis, en particulier de la Silicon Valley", soulignait-il dans une interview à l'AFP. Nombre d’entre eux, avec le temps, passent à la trappe. Preuve que la langue française a encore de beaux jours devant elle. 

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