"Apaiser les douleurs et la peur" : comment les enfants de djihadistes vont être pris en charge en France

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TRAUMATISME - Paris a rapatrié lundi douze orphelins de familles djihadistes. Selon le ministère des affaires étrangères, tous sont des "orphelins, isolés et particulièrement vulnérables". Ce mardi, 9 enfants ont été remis par la Turquie à la justice française. Comment ces mineurs sont-ils pris en charge une fois arrivés sur le sol français ? Éléments de réponse avec le psychiatre Thierry Baubet, qui a participé à la mise en place du protocole d’évaluation et de soins de ces enfants.

Ils ont atterri ce lundi sur la base militaire de Villacoublay, au sud de Paris. Douze jeunes orphelins qui se trouvaient dans des camps de déplacés au Kurdistan syrien ont été rapatriés. Ce mardi, 9 enfants de trois revenants djihadistes ont également été remis par la Turquie à la justice française. Alors que les trois adultes, un homme de 35 ans et deux femmes dont l'une de 36 ans, ont été placés en garde à vue, les enfants ont été placés par le parquet de Bobigny.

Sitôt descendus de l’avion, comme le veut le protocole mis en place depuis mars 2017 par les autorités françaises, ces enfants ont fait l’objet d’un premier bilan médical sur place. "L’objectif de ce premier examen est de repérer tout de suite une éventuelle situation médicale d’urgence, explique à LCI le psychiatre Thierry Baubet, qui a participé à la mise en place de ce protocole d’évaluation et de soins. Si c’est le cas, alors l’enfant est immédiatement hospitalisé en pédiatrie dans un des trois hôpitaux référents en Île-de-France. Mais s’il n’y a pas d’urgence sanitaire, précise le professeur, les enfants sont directement confiés à des familles d’accueil sélectionnées par l’Aide sociale à l’enfance et ils seront revus dans les 15 jours au cours d’une journée d’hospitalisation en pédiatrie". 

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Lors de cette journée, chaque enfant fera l’objet d’un bilan physique complet et d’une première évaluation psychologique. Ce suivi psychologique se poursuivra ensuite pendant trois mois, à raison d’une fois par semaine. "Au bout de ces trois mois d’évaluation, il sera alors possible de commencer à formaliser les éventuelles difficultés de l’enfant, de comprendre ce qu’il a vécu, et d’instaurer un suivi adapté pour la suite", explique le professeur. 

"Tous ont des difficultés psychologiques nécessitant un suivi"

L’équipe d’Avicenne, en Seine-Saint-Denis, où exerce Thierry Baubet, a rencontré près de la moitié de la centaine d’enfants qui est rentrée. Ils sont très jeunes puisque la moitié d’entre eux a moins de 3 ans. Le constat du professeur Baubet est clair : "même si les troubles varient selon l’âge de l’enfant, tous ont des difficultés psychologiques nécessitant un suivi". Et d’énumérer les principaux troubles rencontrés : " troubles post-traumatiques, dépression, troubles de l’attachement, du sommeil…". "L’objectif de ce suivi, précise-t-il, n’est pas de leur faire oublier les événements traumatiques vécus, mais de les aider à apaise les douleurs et la peur pour que cela ne les empêche pas de se construire". 

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En parallèle de ce suivi médico-psychologique, tous ces mineurs, sans exception, sont également suivis par un juge des enfants. Ce dernier a deux semaines pour organiser une audience en présence des enfants, de leurs représentants et d’éventuels membres de la famille qui souhaiteraient les récupérer (un des parents, les grands-parents, oncles ou tantes …). Après quoi, le juge pourra ordonner une mesure judiciaire d’investigation éducative (MJIE) afin d’enquêter sur l’environnement familial de l’enfant. En attendant de voir si les conditions sont réunies pour un retour en famille, le mineur reste placé en famille d’accueil. 

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