"Je fuis une bande de rebeus" : après la polémique raciste, "Le Petit Paumé" mis sous pression

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POLÉMIQUE - Soixante-douze heures après la publication de sa 51e édition, et sa mise au piloris à la suite de critiques discriminantes, la pression n'est pas retombée sur l'équipe du "Petit Paumé". Plusieurs instances ont ainsi décidé d'interdire sa diffusion cette année.

C'était un post comme il s'en partage des dizaines de milliers, chaque jour, sur Twitter. La photo d'une page d'un exemplaire du "Petit Paumé", guide de sortie qui fêtait cette année sa 51e édition. Un âge respectable célébré sous haute surveillance, un an après une chronique à l'humour des plus douteux, où un rédacteur avait écrit, dans un emprunt au terroriste d'extrême droite Anders Breivik, au début de la rubrique sur la cuisine des îles : "J'aime bien les îles, il n'y a pas moyen de fuir". "J'espère que le prochain numéro sera plus amusant", avait prévenu Simon Labouyrie, chargé de presse de la métropole de Lyon.

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Conseil de discipline et interdiction de diffusion

Las ! L'édition 2020 n'a pas retenu les leçons adressées à sa prédécesseuse, laissant passer poncifs franchouillards et arabophobes dans ses pages, distribuées en grandes pompes notamment sur la place Bellecour, samedi 12 octobre. Et celui-ci, notamment, à propos d'un établissement de la Guillotière : "Alors que je fuis une bande de rebeus place Guillotière, je m'engouffre, un peu par hasard à ho36. Bonne pioche ! Des jeunes blancs travaillent sur leurs ordis, tout en sirotant un bon café latte. Je vais pouvoir me fondre dans la masse". Résultat, "Le Petit Paumé", édité par 35 étudiants bénévoles de l'EM Lyon, est depuis sous la cible des critiques, de l'utilisateur des réseaux sociaux lambda aux personnalités de la ville : le maire Gérard Collomb, le président de la métropole David Kimelfeld, le footballeur Sidney Govou... tous ont critiqué sans retenue le célèbre guide, dont le comité de rédaction, sous silence radio depuis le début de la polémique, a préféré s'excuser par voie de communiqué.

Des excuses accompagnées d'une annonce : les critiques en question ont été retirées des différents supports numériques du Petit Paumé. Insuffisant pour les distributeurs du guide, qui entendent en limiter la diffusion le plus possible. C'est le cas des premiers concernés : l'EM Lyon. Son directeur Tawhid Chtioui a d'ores et déjà interdit "toute distribution du Petit Paumé 2020 dans les locaux de l'école", demandant, "à titre personnel, que les exemplaires édités soient détruits" et "que les prochains lancements prévus au sein de la métropole de Lyon soient annulés". Pour l'instant, impossible de savoir si le conseil de disciplin, qu'il a réclamé, e a eu lieu. Ni les étudiants concernés, ni l'école n'ont pour le moment répondu à nos demandes.

Lâchage et mise sous tutelle

Un appel entendu au moins du côté de la métropole du Grand Lyon. Contactée par LCI, elle nous apprend que le Sytral, le syndicat qui gère les transports en commun et qui dépend de la métropole, a déjà pris la décision d'arrêter la diffusion. "On retirera le magazine des lieux de diffusion qui dépendent de nous, les maisons de la métropole, par exemple". La ville de Villeurbanne, dans la banlieue de Lyon, s'est également montrée implacable et a interdit toute distribution, rapporte Lyon Mag : "La Ville ne saurait par ailleurs cautionner la distribution d’un guide dont certains passages vont au-delà du dérapage ou de la maladresse et portent clairement des propos racistes et sexiste", écrit-elle, sans pour autant lui fermer définitivement la porte, "à la seule condition qu'il remplisse [...] l'objectif d'informer les familles des bons plans de loisirs et de sorties [...] avec éthique et vigilance".

Le guide va en effet être placé sous contrôle. "On avait déjà réagi l'année dernière après Breivik en leur demandant d'être plus attentifs sur la relecture, et clairement, ils n'ont pas été vigilants, prolonge l'entourage de David Kimelfeld auprès de LCI. Cette fois, on leur a dit que s'ils voulaient compter sur notre subvention, on exigeait qu'il y ait une charte de valeurs qui soit éditée et qu'un représentant de la métropole soit associé à leur comité de relecture". Une demande à laquelle a répondu positivement l'association. Sollicitée, la ville de Lyon n'a pas répondu, pour l'heure, à nos questions.

Ces "maladresses de rédaction", comme s'en excuse l'équipe du guide dans son communiqué, a provoqué un autre effet collatéral, comme s'en fait l'écho Lyon Capitale, de voir certains restaurants et établissements chroniqués dans le guide envisager leur retrait de la prochaine édition. Le ho36, établissement par lequel la polémique est arrivée, ne s'est pas engagé sur ce chemin : "On va se contenter de se concentrer sur ce qu'on sait faire", a répondu sa gérante auprès de LCI, visiblement soucieuse de tourner la page de cette très mauvaise publicité.

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