Après le refus d'un prêt de l'Etat à l'Agirc-Arrco, faut-il s'inquiéter pour le paiement des pensions ?

La direction de l'Agirc-Arrco assure que le versement des pensions sera effectué sans le moindre problème.
Population

À LA LOUPE – Le ralentissement de l'activité lié au Covid-19 a diminué les rentrées de la caisse de retraite complémentaire Agirc-Arrco. Celle-ci s'est vue refuser un prêt de 8 milliards d'euros par l'Etat, mais se veut rassurante : le versement des pensions ne sera en aucun cas menacé.

C'est par l'intermédiaire d'un courrier signé par trois ministres que l'Etat a refusé, le 29 mai, d'accorder un crédit de 8 milliards d'euros à la caisse de retraite complémentaire Agirc-Arrco. Une demande qui "avait été formulée par le président (CFDT) du régime, Jean-Claude Barboul, et par son vice-président (Medef), Didier Weckner", précise Le Monde, mais qui est donc restée lettre morte. 

Il s'agissait pour l'institution paritaire de répondre au manque à gagner lié à l'épidémie de Covid-19 et de conforter ses réserves financières pour traverser la période actuelle. Le refus de ce prêt, relayé par les médias, a attiré l'attention de nombreux internautes. Ils craignent en effet que les difficultés de l'Agirc-Arrco se traduisent par des pensions non délivrées. Une inquiétude vite balayée par les dirigeants de la caisse complémentaire.

Un choix stratégique

Alors que l'Agirc-Arrco – dont on rappelle qu'elle se charge du régime de retraite complémentaire des cadres et des salariés du privé –, avait terminé 2019 avec des comptes dans le vert (une première depuis 9 ans), la crise du Covid-19 est passée par là. Les mesures gouvernementales de soutien à l'économie n'ont pas tardé à faire ressentir leurs effets, entraînant un important manque à gagner sur les derniers mois. En cause ? "La mise en place du chômage partiel qui a fait chuter les cotisations collectées par le régime de retraite complémentaire des salariés du privé. Sans oublier les reports de cotisations sociales accordés par le gouvernement", rappelle BFM, alors que la baisse des cotisations sociales faisaient déjà partie, depuis 2017, de la stratégie de gain de pouvoir d'achat choisir par le gouvernement.

Lire aussi

C'est alors qu'intervient l’Agence centrale des organismes de Sécurité sociale (Acoss), habilitée depuis une ordonnance signée fin mars à accorder prêts ou avances de trésorerie aux régimes complémentaires qui le nécessiteraient, sous réserve de remboursement dans les 12 mois. Une procédure qu'a tenté l'Agirc-Arrco afin d'aller "au plus vite et au moins cher", mais à laquelle l'Etat a finalement dit non. Raison invoquée : les réserves financières de la caisse complémentaires (65 milliards d'euros en 2019), qui ne justifiaient pas ce crédit aux yeux de la puissance publique. 

Pourquoi ne pas utiliser une partie de cette somme rondelette ? Car "ce pactole est constitué d’obligations et d’actions (à hauteur, respectivement de 70 % et de 30 %)", résume Le Monde. "Or, certaines d’entre elles ont vu leur valeur chuter au cours des derniers mois", ce qui a poussé les gestionnaires de la caisse à estimer "qu’il n’était pas opportun de piocher dans ces actifs". Du côté de l'Agirc-Arrco, une source interne confie à LCI que cette discussion avec l'Etat était avant tout politique, et qu'elle a permis de juger du soutien qui pourrait être apporté par la puissance publique en cas de réel problème. En cela, la réponse reçue s'avère assez intéressante pour la caisse complémentaire puisque le refus qui lui a été opposé n'est pas réalisé pour une question de principe, mais seulement sur la base de sa situation financière assez solide.

Pas de risque à court ou moyen terme

Pour régler ces soubresauts financiers, l'Agirc-Arrco a opté pour une solution alternative : un prêt plus traditionnel auprès d'établissements bancaires. Le montant retenu a finalement été de deux milliards d'euros, la caisse ayant semble-t-il effectué des prévisions initiales un brin trop pessimiste.

"On s’est finalement aperçu que les chutes de cotisations étaient moins importantes que prévu. Notre besoin de trésorerie est donc tombé à 2 milliards d’euros", a reconnu Frédéric Sève, secrétaire national CFDT, auprès de BFM Business. Quel que soit le montant demandé pour ce crédit, les gérants de la caisse se montrent rassurants quant au versement des pensions et excluent tout problème pour les bénéficiaires. "Il n’y a jamais eu de défaut sur le versement des pensions depuis la création du régime en 1947", a-t-il ajouté. Un membre de la caisse confie par ailleurs que la situation est largement sous contrôle, et que l'institution est actuellement en train de finaliser le financement pour la fin d'année 2020. "Notre logique est toujours de fonctionner à moyen et long terme", confie cette source. 

Pour les analystes libéraux, favorables à une refonte complète du système de retraite, la crise du Covid-19 a mis en lumière les failles de notre organisation actuelle. "On touche là à la perversion du système par répartition. Si on veut que le système fonctionne correctement, il faut que les salariés travaillent et cotisent ou que les retraités se privent de retraite", écrit le site Atlantico. De fait, toute baisse du nombre de cotisants (ou hausse du nombre des bénéficiaires) est susceptible de fragiliser l'équilibre d'un tel régime, mais la retraite par capitalisation ne présente guère plus de garanties.

En vidéo

La Chronique éco : Réforme des retraites, rien n'est abandonné

Côté Agirc-Arrco, l'heure n'est quoi qu'il en soit pas à la panique. Si les dernières semaines ont donné lieu à quelques tractations politiques et stratégiques, la caisse complémentaire insiste sur le fait qu'elle a simplement fait face au besoin d'un "complément de trésorerie" et ne fait état d'aucune d'inquiétude pour son futur. Elle prévient néanmoins que ses réserves de près de 70 milliards d'euros ne seront pas utilisées sans d'importantes précautions : elles "existent parce que nos caisses sont bien gérées mais ces réserves nous servent à amortir des évolutions conjoncturelles, elles doivent surtout servir à préparer l'impact de l’allongement de la vie... Elles ne peuvent pas financer les effets d’une catastrophe économique liée à la décision politique de confiner la France entière." 

En résumé, s'il est exact que l'Agirc-Arrco a sollicité l'Etat ces dernières semaines afin d'obtenir un crédit, celui-ci le lui a refusé, jugeant sa santé financière suffisamment bonne. Pour se financer, la caisse complémentaire s'est donc tournée vers le secteur bancaire afin de traverser sans dommages cette période d'instabilité due à la crise du Covid-19. Les dirigeants de l'institution paritaire ont réaffirmé que le versement des pensions n'a jamais été remis en question, à plus forte raison que ce dernier est assuré chaque mois avec constance depuis plus de 70 ans.

Toute l'info sur

À la loupe

Vous souhaitez réagir à cet article, nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse alaloupe@tf1.fr

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent