Assassinat de Samuel Paty : comment expliquer ce qui s'est passé aux enfants, selon leur âge ?

Assassinat de Samuel Paty : comment expliquer ce qui s'est passé aux enfants, selon leur âge ?

COMPRENDRE - Après l’assassinat de Samuel Paty, non loin de son collège, tous les établissements scolaires observeront une minute de silence après les vacances de la Toussaint, le 2 novembre. En attendant, à la maison, comment faire pour expliquer cette attaque terroriste à ses enfants ?

Comment parler de l'innommable ? Quatre jours après l'assassinat de Samuel Paty, professeur d'histoire à Conflans Sainte-Honorine, décapité pour avoir montré en classe des caricatures de Mahomet, pas facile pour les parents d'évoquer ce drame horrible avec leurs enfants. D'autant plus, en cette période de vacances où, deux semaines durant, l'école ne pourra pas jouer son rôle pédagogique. 

Il faut donc trouver les mots, "car dans ce contexte, on est en plein cœur de notre rôle de parent qui est la transmission de valeurs", souligne Ariane Calvo, psychologue à Paris, qui publie un "Manuel d’autodéfense contre les violences psychologiques" (First). "Mais on n'impose pas la discussion à l'enfant, on peut la proposer en posant le sujet sur la table et en lui demandant s'il a envie d'en parler. Ce qui est important c'est de savoir si ça l'inquiète." 

Et si l'enfant pose des questions, "il faut lui répondre de la façon la plus neutre, la plus objective possible, sans théâtraliser, sans dramatiser et sans faire un long discours. Parce que plus on essaie d'expliquer, plus on risque de créer une situation d'angoisse", ajoute le psychologue Jean-Luc Aubert, fondateur de la chaîne YouTube Questions de psy, joint par LCI. 

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Adapter son discours en fonction de l'âge de l'enfant

Ariane Calvo distingue trois classes d'âge afin de s'adapter aux capacités de l'enfant. "Jusqu'à six ans, il est très probable qu'il n'en a pas entendu parler donc j'éviterais de soulever le sujet, et de le mettre devant le journal télévisé", explique-t-elle. Entre six et 12 ans : "Je mentionnerais cette situation dramatique, et je lui demanderais s'il a envie qu'on en parle." Enfin, pour les adolescents : "On en parle, parce que de toute façon, avec les réseaux sociaux, ils ne peuvent pas ne pas savoir."

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Ce que confirme Jean-Luc Aubert : "C'est finalement plus facile d'aborder le sujet avec eux car ils sont déjà dans une réflexion et cela permet de parler de la tolérance, du respect de l'autre. Et leur dire par exemple que tout peut se dire dans la mesure où ça ne se fait pas contre les autres, dans un discours de haine en quelque sorte." 

Car ce qui va le plus les choquer, c'est que ce professeur a été décapité pour avoir fait son métier. "Pour leur avoir appris à gérer l'information, à l'analyser, à la critiquer. En l'occurrence, il a parlé de la liberté d'expression, de la liberté de penser, de la liberté de critiquer les religions. Sauf que certaines personnes sont absolument convaincues de leurs croyances et que l'on ne peut pas y toucher. Sinon, ils se sentent remis en cause en tant que personne", analyse-t-il.

Évacuer l'angoisse

Certains jeunes peuvent aussi être tombés sur la photo de l’horreur prise par le tueur et postée sur Twitter. "Là il faut s'assurer que l'image de cette acte barbare, qu'elle soit symbolique ou réelle, n'est pas obsessionnel et tourne dans leur tête de façon trop inquiétante", avance Ariane Calvo, qui insiste sur le fait qu'en discuter avec eux permettra d'éviter la rumination, et d'évacuer l'angoisse. "Et puis le dialogue permet aussi d'avoir accès à ce que pensent les parents de cet acte. On ne laisse pas un événement aussi tragique qui peut impacter durablement les enfants sans poser de mots dessus. Ce n'est pas seulement à l'école de faire ce travail-là", ajoute la spécialiste, selon qui "le plus rassurant finalement pour les enfants, c’est qu’ils sentent que leurs parents sont droits dans leurs convictions "

"Il faut une prise de position ferme, déterminée, dire que c’est inacceptable", poursuit-elle. On peut aussi se saisir de ces moments d'échange pour mieux connaître son enfant. "On sort alors des discussions quotidiennes qui tournent autour de la logistique, des devoirs, du cours de foot... pour mieux s'intéresser à ce qu'il est et à la pensée qu'il construit", positive-t-elle.

Et pourquoi ne pas en profiter pour pointer du doigt l'impact des réseaux sociaux ? Car "le problème, dans ce cas précis, c'est que le professeur s'est adressé à une classe qu'il connaissait, avec qui il avait l'habitude d'échanger, mais malheureusement ses propos ont été relayés sur ces fameux réseaux, avec toute la déformation que l'on connaît, ce qui a eu pour conséquence de prendre de l'ampleur, et de devenir incontrôlable", conclut Jean-Luc Aubert. "Au final, cela a débordé le cadre de la classe elle-même avec la fin tragique que l'on connaît."

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