BarakaCity, CCIF : pourquoi ces organisations sont-elles dans le collimateur des autorités ?

BarakaCity, CCIF : pourquoi ces organisations sont-elles dans le collimateur des autorités ?

EXPLICATIONS - Après l'attentat de Conflans-Sainte-Honorine qui a coûté la vie à Samuel Paty, le ministre de l'Intérieur a fait part ce lundi de son souhait de dissoudre certaines associations et organisations dont BarakaCity et le CCIF. Ces deux associations sont régulièrement accusées de proximité avec l'islam politique voire l'extrémisme, ce qu'elles nient fermement.

Deux organisations dans le collimateur. Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a exprimé son souhait de voir certaines associations dissoutes, après l'attentat perpétré à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) qui a coûté la vie au professeur d'histoire-géographie Samuel Paty. Le ministre a précisé qu'en tout 51 associations proches de la mouvance islamiste étaient dans le viseur des autorités et annoncé que plusieurs d'entre elles seront dissoutes en Conseil des ministres. 

Parmi celles-ci, BarakaCity et le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF) ont été pointés par le ministre de l'Intérieur. Ces deux organismes sont régulièrement accusés d'entretenir des liens proches avec l'islam politique voire extrémiste, ce que tous deux réfutent. 

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Pour BarakaCity, l'histoire commence en 2008 dans l'Essonne. "Les premières actions de l’association se concentrent sur le social de proximité par le biais, notamment, de maraudes et de soutien aux familles les plus démunies", lit-on sur son site Internet. Dans les faits, il s'agit d'un groupe de trentenaires musulmans, emmenés par Idriss Sihamedi, qui entame des maraudes puis des campagnes de dons auprès des musulmans, en période de Ramadan et via les réseaux sociaux. 

Officiellement, l'association est créée deux ans plus tard et son action s'étend à l'étranger, avec une première campagne au Pakistan, en faveur des victimes des inondations. Le réel tournant intervient en 2012, lorsque l'association qui promeut un islam comme "un unificateur de toutes les cultures face à toutes les misères", récolte "en une semaine" un million d'euros pendant le ramadan afin de construire des puits pour les "frères et soeurs" au Togo. Une initiative qui "a vu le jour suite à un voyage du président Idriss au Togo, petit pays d’Afrique de l’ouest". C'est notamment par cette action que l'association gagnera en popularité sur Internet et notamment, auprès des jeunes musulmans des quartiers populaires. 

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S'ensuivront des campagnes en Asie du Sud-est, où le traitement réservé aux Rohingyas est qualifié de "crimes contre l'Humanité" ou encore en Centrafrique, et en Syrie. "BarakaCity intervient aujourd’hui dans 20 pays et possède désormais 5 bureaux gérés par ses responsables locaux", indique d'ailleurs le site Internet. Les faits auraient pu s'arrêter là mais l'association s'est retrouvée à plusieurs reprises, sous le feu de critiques concernant des prises de position ambiguës qui n'ont cessé de nourrir des soupçons du côté des autorités françaises. 

En janvier 2016, sur un plateau télévisé, Idriss Sihamedi déclenche une polémique en refusant de condamner sans ambiguïté les attentats commis en France par le groupe Etat islamique. Selon lui, condamner cette organisation terroriste aurait mis en danger les actions de l'association en Syrie. Dans un reportage diffusé sur la chaine Canal +, l'homme se dépeint comme un "musulman normal" voire "orthodoxe" mais affirme ne pas se reconnaître  "du tout" dans le terme "salafiste". Deux mois après ce passage télévisé, la justice ouvre une enquête sur des soupçons de financement du terrorisme à l'étranger. Les investigations portaient sur des transferts de dons à l'étranger. Elle sera classée sans suite trois ans plus tard, en 2019, preuve selon l'avocat de l'association, Me Samim Bolaky, de la "réputation sulfureuse infondée" de l'ONG. 

Mercredi 14 octobre, Idriss Sihamedi a été placé sous contrôle judiciaire dans le cadre d'une enquête pour harcèlement sur les réseaux sociaux, à la suite d'une plainte en diffamation déposée par une chroniqueuse de la radio RMC. Il est convoqué au tribunal le 4 décembre prochain. Après les déclarations de Gérald Darmanin sur la dissolution de l'association, celle-ci a affirmé lundi 19 octobre, qu'elle contestera en justice une telle mesure. Me Vincent Brengarth et William Bourdon ont annoncé avoir "reçu mandat de contester la décision de dissolution administrative qui pourrait être prise et plus généralement d'entreprendre toute démarche juridique de nature à préserver les droits de l'association BarakaCity". Ils déclarent "également la saisine préventive de la rapporteuse spéciale de l'ONU sur la promotion et la protection du droit à la liberté d'opinion et d'expression", Mme Irene Khan.

Le CCIF dit lutter de façon "apolitique et areligieuse" contre l'islamophophie

A côté de BarakaCity, c'est le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF) qui est aussi menacé de dissolution. Le collectif a été qualifié de possible "ennemi de la République", par Gérald Darmanin qui l'accuse d'être "manifestement impliqué" dans l'attentat terroriste de vendredi 16 octobre. Le CCIF a aussitôt dénoncé des "calomnies, d'une incroyable indécence compte tenu du contexte".

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Qu'est ce que le CCIF ?

Créé au début des années 2000 par le militant associatif Samy Debah, le CCIF se présente comme une "association de défense des droits humains dont la mission est de combattre l’islamophobie" et se dit "apolitique et areligieux". Il recense les actes islamophobes et apporte de l'aide juridique à des personnes, notamment aux femmes voilées, agressées ou victimes de discrimination. Dans ses rapports, le CCIF dénonce la hausse continue du nombre d'actes islamophobes ces dernières années (+17% en 2019 selon un rapport publié en février) et pointe "un racisme qui ne dit pas son nom". 

C'est son ancien directeur, Marwan Muhammad, un puissant activiste sur les réseaux sociaux, qui lui a permis de gagner en visibilité. L'homme est comme Idriss Sihamedi, régulièrement accusé de proximité avec les mouvements de l'islam politique comme les Frères musulmans. Des accusations que le CCIF nie en bloc, indiquant n'avoir "aucun lien" avec "l'islam politique". En novembre 2019, le CCIF a fait partie des organisateurs d'une "marche contre l'islamophobie", tendue et controversée.

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