Burn-out militant : le collectif Féministes contre le cyberharcèlement va cesser d'accompagner les victimes

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ÉPUISEMENT - L'association Féministes contre le cyberharcèlement a annoncé jeudi 11 juillet qu'elle allait cesser ses activités d'accompagnements des victimes. C'est le deuxième groupe de cybermilitantes qui baisse les bras en moins d'un mois. Sous le hashtag #PayeTonBurnOutMilitant, elles dénoncent le manque de moyens et interpellent les pouvoirs publics.

"Nous faisons aujourd'hui ce triste constat : nous avons puisé dans les dernières onces d'énergies dont nous disposions pour faire ce travail en toute sûreté pour nous et en toute efficacité pour les victimes", explique le communiqué de l'association Féministe contre le harcèlement, publié jeudi 11 juillet. Ce collectif a été créé en 2016 et s'est fait connaître sur la toile comme étant à l'origine de la campagne #TwitterAgainstWomen, un mouvement qui dénonçait le laxisme de Twitter dans sa modération du harcèlement en ligne. 


Il s'agit de la deuxième association féministe à cesser ses activités en moins d'un mois. Le premier a avoir mis la clef sous la porte était le Tumblr "Paye ta Shneck" tenu pendant 7 ans par Anaïs Bourdet. 

Dans son communiqué, l'association explique les raisons de sa décision. Le manque de moyens financiers et humains est particulièrement pointé du doigt ainsi que le manque de considérations des pouvoirs publics : "L'action de notre association n'est pas soutenue ou promue dans certains espaces ou par des institutions qui par ailleurs nous délèguent un travail qui s’apparente largement à une mission de service public : l'accompagnement des victimes (...) Nous ne pouvons plus faire le travail de l'Etat à nos dépends".


D'autres activistes féministes réagissent face à cet épuisement généralisé et témoignent avec le hashtag #PayeTonBurnOutMilitant.

Ces associations ont pour objectif principal d'accompagner de nombreuses victimes de cyrberharcèlement ou d'agressions sexuelles. Une démarche qui nécessite de lire des témoignages par centaines et de suivre ces femmes en détresse. La charge émotionnelle qui en résulte joue sur l'épuisement des bénévoles. 

Leurs récits répétés (...) ont un impact profond sur notre équilibre émotionnel et psychiqueExtrait du communiqué de l'association Féministes contre le harcèlement

Le traumatisme vicariant ou le traumatisme par procuration est une forme de burn-out professionnel dû à l'écoute du vécu des victimes. Il est mentionné par les militantes de l'association: "Même si nous ne sommes pas exposées directement aux violences dont les victimes témoignent, l'exposition à leurs récits répétés, souvent empreints de violences extrêmes, ont un impact profond sur notre équilibre émotionnel et psychique". Un constat aussi dressé par d'autres activistes féministes sur Twitter.


L'association Féministes contre le cyberharcèlement arrête l'accompagnement des victimes mais elle assure poursuivre "les actions qui auraient dû constituer le cœur de notre activité, à savoir le plaidoyer, l'information, la sensibilisation et la formation".

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