"C’est une aventure" : les fonctionnaires du fisc devenus policiers de Bercy témoignent

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REVIREMENT - Ils sont vingt-cinq agents des impôts à avoir décidé de changer de carrière pour intégrer le service d’enquêtes judiciaires des finances (SEJF), créé par Bercy. Dotés des mêmes moyens que des policiers, ces premiers flics du fisc ont dû passer par une formation de six mois. Ils témoignent de ce changement de vie.

Un agent des impôts qui prend en filature une star du show-business. A peine romancée, cette situation sera désormais possible. Et ce grâce à la création du service d’enquêtes judiciaires des finances (SEJF) dont les locaux étaient inaugurés ce mercredi 3 juillet à Ivry-sur-Seine en présence du ministre de l'Action et des Comptes publics. Son objectif : lutter contre la délinquance fiscale "complexe". Mais pour devenir le "bras armé" de Bercy, comme l’a décrit Gérald Darmanin, les quelque vingt-cinq enquêteurs qui composent le SEJF ont dû apprendre à devenir de vrais policiers.

Six mois de formation "exigeante"

Résumé par Gérald Darmanin, le constat est simple : "Pour que le gendarme soit aussi rapide que le voleur, il faut que sa voiture aille aussi vite." Vingt-cinq agents ont donc été sélectionnés pour passer par les bancs de l’Ecole des douanes, située à Tourcoing, dans le Nord. Nathalie Becache, la magistrate à la tête du SEJF, voit dans la création de ce "socle pédagogique commun'' un "vrai défi, un challenge" afin d’adapter ces agents du fisc à leur nouvel environnement. Des cours décrits comme "intenses, exigeants et avec des formateurs de grande qualité" par l’une des élèves de cette première promotion d’officiers fiscaux judiciaires (OFJ). Un apprentissage qui aura duré six mois, avec deux écrits et un grand oral à la fin. Dernière étape : la semaine prochaine, les "flics du fisc" devront passer par un entraînement au tir, à la Rochelle. Un saut dans le grand bain. Pour la majorité d’entre eux, le maniement d'une arme sera une première.

"Cohérent et solidaire", selon l’un de ses membres, le groupe suscite de "grands espoirs" à Bercy. Mais les fonctionnaires sont-ils prêts ? Et comment appréhendent-ils leur nouvelle mission ? Ces agents ayant déjà tous un "esprit d’enquêteur", comme la fiche de poste le demandait, nous racontent leurs attentes et leur ''cheminement de carrière''. 

Hâte de recevoir mon premier dossierCatherine, membre de la police de Bercy

Philippe est le directeur adjoint du  SEJF. Assis à droite de Nathalie Becache, il explique à une audience attentive avoir acquis tout au long du cursus des "connaissances pénales encyclopédiques''. "Nous n’avions rien d’autre à faire que de nous consacrer à nos études", nous confie-t-il plus tard. L’homme aux cheveux poivre et sel, passé par la direction nationale d'enquêtes fiscales (DNEF), dit avoir été attiré par les "nouveaux moyens" qu’il allait pouvoir utiliser afin de mener à bien sa tâche, mais aussi par le "challenge" que ce revirement allait représenter. 


Pour l’une de ses anciennes collègues, la source de motivation se trouve surtout du côté de la "complexité" des dossiers de ce nouveau service. "Je vais avoir à traiter des cas intéressants, même intellectuellement", témoigne ainsi Catherine*. A 45 ans, cette dernière a notamment été dans le contrôle fiscal pendant onze ans, à la Direction nationale des vérifications des situations fiscales (DNVSF). Dans cette cellule, elle s'occupait des "dossiers à fort enjeu", à savoir ceux des quelques 6000 particuliers possédant le plus gros patrimoine ou revenu en France. Particulièrement souriante, elle se dit enjouée à l’idée d’un quotidien où "chaque étape sera une découverte". 


Et ce malgré les premières réticences de sa famille, qui n’était pas très "emballée" par ce choix de vie. Au centre des inquiétudes notamment, l’insécurité. Si elle avoue que l’entraînement au tir n’est pas la partie "qui [lui] plaît le plus", elle admet cependant avoir compris depuis que cet "outil" était nécessaire. "C’est une question de sécurité." 

C'est très excitant ! Bernard, membre de la police de Bercy

Comme Catherine, Bernard n’a jamais porté d’arme. Mais lui se montre plus serein. A 55 ans, il est l’un des plus enthousiastes face à cette nouvelle vie qui commence. Et s’imagine déjà en flic du fisc. "C'est très excitant, c’est une aventure", avance-t-il. Alors quand on lui demande comment il envisage sa première garde à vue, il affiche un grand sourire. Pour lui, il s'agira d'un temps "intéressant" car il provoquera des "émotions" pour les agents. "Une garde à vue n’est pas neutre : c’est un moment de contrainte, de privation de liberté de l’individu." Vérificateur pendant cinq ans, puis enquêteur fiscal pendant dix ans, il avoue avoir "craqué" en découvrant l’appel à candidatures. Un revirement certes impulsif mais que le quinquagénaire justifie sans difficulté : "Au cours de ma carrière j'ai pris conscience des limites du contrôle fiscale et j'ai compris la nécessité de recourir à des enquêtes judiciaires." 


Quoi qu’il en soit, alors que certains appréhendent les armes à feu et d’autres s’imaginent déjà en salle d’audition, tous s’accordent sur l'impatience de mettre en pratique la théorie, de découvrir leur premier dossier. Tous ont, comme le soulignait Philippe, "à cœur de démontrer l’utilité de ce nouveau service". 

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