Candidate à l'archevêché, Anne Soupa, la théologienne qui bouleverse les codes de l’Eglise catholique

Anne Soupa, mai 2020
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PORTRAIT – En mai dernier, Anne Soupa a décidé de déposer sa candidature pour être archevêque à Lyon, un poste réservé aux hommes. Aujourd’hui rejointe par sept femmes dans sa démarche, cette théologienne espère repenser le fonctionnement de l’Eglise de l’intérieur.

"Ça fait des années que les femmes demandent à être entendues et qu’elles ne le sont pas." Avec le collectif "Toutes apôtres !", Anne Soupa appelle les femmes à briguer des postes réservés aux hommes au sein de l’Eglise catholique. Cette théologienne a elle-même sauté le pas au mois de mai en annonçant briguer le siège d’archevêque de Lyon et a vu son vœu se réaliser en partie ce mercredi 22 juillet lorsque sept femmes ont déposé leur candidature devant la nonciature apostolique de France. Un geste pour le symbole ? En tout cas, il n'est "ni une plaisanterie, ni une démarche symbolique" mais "une démarche profondément réfléchie", affirme Anne Soupa au micro de France Inter, regrettant que "l’Eglise se prive de beaucoup de talents".  

Du Comité de la jupe à l'archevêché de Lyon

A 73 ans, Anne Soupa a eu plusieurs vies. Théologienne de formation, elle est aussi une essayiste et ancienne journaliste qui a fondé son engagement en faveur de l’égalité des femmes et des hommes au sein de la communauté catholique. Son combat remonte à loin et se matérialise en 2008, lorsqu’elle fonde avec Christine Pedotti Le Comité de la jupe, association qu’elle préside aujourd’hui. Dans ce cadre, toutes deux militent contre les discriminations faites aux femmes dans l’Eglise et pour que celles-ci prennent la parole, au sens strict, pendant les homélies. Ce qui leur vaudra ces propos de Monseigneur André Vingt-Trois, archevêque de Paris de l’époque : "Le tout, ce n’est pas d’avoir une jupe, c’est d’avoir quelque chose dans la tête". Mais Anne Soupa ne se laisse pas intimider et porte plainte devant le tribunal de l’Officialité. 

Après avoir postulé le 21 mai dernier à l’archevêché de Lyon, poste laissé vacant par le cardinal Barbarin, elle publie un long message sur Twitter quatre jours plus tard : "Ma démarche, je l’espère, sera utile pour toutes les femmes qui, aujourd’hui, sont assignées et bridées dans leur désir de responsabilités. Je les invite donc à candidater partout où elles se sentent appelées, que ce soit à devenir évêque ou à toute autre responsabilité qui leur est aujourd’hui interdite." 

"Un combat pour l'Eglise, pas contre l'Eglise"

Son argument principal, Anne Soupa le tire de la Bible : "Jésus ne fait aucune différence entre les femmes et les hommes". Pour la septuagénaire, cette invisibilisation des femmes dans l’Eglise catholique émane surtout d’un "conservatisme hérité des générations précédentes qui a un mal fou à faire de la place à l’émancipation des femmes". Au micro de France Inter, elle assure mener "un combat pour l’Eglise, pas contre l’Eglise" et se définit volontiers comme féministe, à condition que ce féminisme inclue les hommes. "Ce que je défends, c’est l’égalité", explique-t-elle encore à l’AFP.

Si sa candidature est restée lettre morte et n'a guère de chance d'être couronnée de succès ( être nommé archevêque par le pape nécessite d'être diaconesse ou prêtre, fonctions interdites aux femmes), elle a suscité des frémissements au sein de l’Eglise catholique, tant elle est inédite. Dans une tribune publiée par La Croix, Pascal Wintzer, archevêque de Poitiers, estime que "cette candidature et les commentaires qui l’entourent tournent presque exclusivement autour de la question, non pas tant de l’exercice d’une autorité, mais bel et bien du pouvoir". Et que "devenir évêque, que l’on soit un homme, voire une femme, c’est recevoir une capacité à décider et à diriger". A l’AFP, Anne Soupa confiera plus tard qu’elle n’aurait "jamais dû candidater" : "La coutume catholique c’est d’attendre qu’on vous appelle. Mais personne ne m’appellera jamais. Donc, il faut bien que les femmes transgressent cette coutume." 

Optimiste mais lucide sur son combat, Anne Soupa dit ne pas espérer beaucoup de la part du pape François, vanté pourtant à ses débuts comme un homme moderne et qu’elle-même a accueilli avec espoir, avec la publication de François, la divine surprise. "Il aurait pu le faire au début, il n’a pas pris le sujet à bras le corps", regrette-t-elle sur France Inter. Mais alors, sur qui compter pour faire bouger les lignes ? "Sur les femmes", répond l’intéressée. Ce mercredi midi à la Madeleine, à Paris, elles étaient huit à acter leur candidature aux fonctions d’évêque, de diacre, de nonce apostolique ou de curé.

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