La circulation différenciée a-t-elle vraiment un impact sur la pollution ?

Population

SANTE PUBLIQUE - Alors qu'un nouvel épisode caniculaire touche la France, la circulation différenciée est de nouveau mise en place ce mardi à Paris et Lyon notamment. Une mesure qui vise à contenir les émissions de polluants durant la canicule. Pour quelle efficacité ? L'observatoire Airparif a publié plusieurs données sur ce sujet.

La circulation différenciée, de nouveau mise en oeuvre ce mardi 23 juillet à Paris et à Lyon, aura-t-elle un impact mesurable sur la pollution ? Probablement, mais l'évaluation de ce dispositif, qui s'inscrit dans un ensemble de mesures prises pour tenter de contenir l'épisode de pollution lié à la canicule, sera particulièrement complexe, explique en substance Airparif, l'observatoire de la qualité de l'air francilien, à LCI.

"On est dans le contexte particulier d'un épisode de pollution à l'ozone", détaille ainsi Pierre Pernot, ingénieur chez Airparif. "Cette pollution n'est pas directe mais elle se forme à partir de précurseurs comme les oxydes d'azote, dont les émissions peuvent être liées au trafic routier ou à l'industrie". A Paris, le trafic routier représente à lui seul près des trois quarts des émissions d'oxyde d'azote. 

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Il faudra donc du temps pour que les études puissent évaluer les conséquences spécifiques de cette mesure, d'autant qu'elle vient d'être étendue aux véhicules dotés de vignettes Crit'Air 3. "Ce qui n'est déjà pas simple pour les épisodes de pollution aux particules l'est encore moins pour l'ozone", juge Pierre Pernot. 

Un effet positif a priori

Si la France a encore peu de recul sur ce type de dispositif, les études réalisées jusqu'ici tendent à démontrer l'effet positif à court terme, en particulier sur certains polluants, d'une réduction de la circulation. 

Lors de la précédente mise en oeuvre, le 27 février 2019 - il s'agissait alors d'un dépassement du seuil de pollution aux particules fines -, l'interdiction visant les véhicules Crit'Air 4, 5 et non classés devait permettre, selon Airparif, de réduire de 12% les véhicules en circulation, de diminuer de 32% les émissions d'oxydes d'azote, de 25% les émissions de particules PM10 et de 30% celles de particules PM2.5. Un effet jugé insuffisant par le ministre de la Transition écologique, François de Rugy, qui a annoncé mardi 25 juin, pour cette raison, l'extension de l'interdiction aux véhicules Crit'Air 3. 

Une étude publiée en septembre 2018 par le même organisme a modélisé l'impact de la création de la future "zone de basse émission" (ZBE), c'est-à-dire l'interdiction définitive, en journée, des véhicules les plus polluants (Crit'Air 4, 5 et non classés), dans l'agglomération parisienne (mesure prévue à Paris au 1er juillet prochain). D'après le scénario retenu, une telle mesure entraînerait une baisse limitée du trafic routier (- 0.5% dans l'agglomération, et - 2.5% à Paris intramuros). Mais elle permettrait de réduire de 20% les émissions d'oxydes d'azote, de 10 à 15% pour les particules fines, de 18% pour le benzène et de 2% pour le CO2. Cette limitation de trafic réduirait de 25% la population directement exposée au dépassement des valeurs limites en oxydes d'azote (soit 410.000 personnes en moins) à Paris, et de 33% dans l'agglomération. Enfin, la création d'une ZBE permettrait un renouvellement accéléré du parc automobile. 

Jusqu'à 50% d'oxydes d'azote en moins

Logiquement, l'extension de l'interdiction temporaire de circuler aux véhicules Crit'Air 3 (essence immatriculés avant le 31 décembre 2005, et diesel immatriculés avant le 31 décembre 2010) devrait avoir un impact renforcé sur la pollution. 

"Cet élargissement représente 24% des véhicules circulant dans la zone intra-A86", explique l'ingénieur d'Airparif. Une telle réduction devrait permettre de diminuer de 50% les émissions d'oxydes d'azote, précurseurs de la pollution à l'ozone. On peut donc dire que la mesure peut limiter les pics de pollution". Un long travail attend ensuite les scientifiques, pour distinguer les effets de la réduction de trafic des autres mesures prises dans le même temps par la préfecture (réduction de la vitesse sur certains axes, contournement obligatoire pour les véhicules en transit, interdiction totale du brûlage de déchets verts ou encore encadrement de l'activité de certaines industries polluantes). 

À noter que l'efficacité de la mesure dépend également d'un autre facteur : la discipline des automobilistes, pas toujours enclins à laisser leur voiture à la maison. 

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