Canicule : non, il ne fera pas 50 degrés en France

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À LA LOUPE - A la lecture d'une carte indiquant 48 voire 50, certains internautes ont bien cru que la température allait être infernale, durant l'épisode caniculaire exceptionnel que doit connaître la France cette semaine. Il s'agit en fait d'une méprise que nous vous expliquons.

L'épisode caniculaire qui sévit sur la France depuis ce lundi est certes exceptionnel, notamment par sa précocité, et il faut rappeler que le mercure va atteindre des niveaux très élevés, voire jamais vus pour cette période de l'année. Mais de là à tutoyer les 50, comme ont pu l'interpréter certains internautes en voyant des cartes circuler sur les réseaux sociaux, c'est peu probable. Ces cartographies illustraient en fait le "ressenti avec humidité" durant cette vague de chaleur, présentée comme "sans précédent" pour un mois de juin par Météo-France.

Que signifie ce 50 ?

Que quantifient les chiffres diffusés sur une carte de BFM TV ou encore une infographie de La Chaîne Météo ? Il s'agit de l'indice appelé l'Humidex et non des températures ressenties. Une différence de taille que nous a expliqué Christophe Mertz, météorologue et cofondateur d'Atmo-Risk, un bureau d'étude spécialisé dans la fourniture de services météorologiques


D'après Christophe Mertz, la confusion provient du fait que l'Humidex "utilise des valeurs qui ressemblent à une température en degrés Celsius, alors qu'il s'agit d'un simple indice". Ainsi, un indice Humidex à 50 ne signifie pas que la température ressentie sera de 50° Celsius. "La température ressentie dépend aussi du vent et de l'exposition au soleil, ce que l'Humidex ne permet pas de prendre en compte." 

Qu'est-ce que l'Humidex ?

Contrairement à un simple relevé de température, l'Humidex prend en compte deux facteurs : la température et l'humidité. Le résultat de cette combinaison est rendu sous la forme d'un indice. Lorsque le résultat obtenu est en deçà de 29, il n'y a pas d'effet particulier ressenti. Au-delà d'un indice de 30, on commence à parler d'inconfort et lorsque l'indice Humidex dépasse les 45, il y a danger. 


Il est possible de calculer l'indice Humidex soi-même, du moment où on connaît la température et le taux d'humidité. Comme on peut le voir sur le tableau ci-dessous du Centre Canadien d'Hygiène et de Sécurité au Travail, pour atteindre un Humidex de 50, il suffit que la température soit de 39° Celsius avec un taux d'humidité à 50%. Une situation que connaît une partie de la France en cette fin du mois de juin. 

L'Humidex a été mis en place pour la première fois en 1979 par le service météorologique national canadien. S'il ne doit pas être confondu avec la température, l'Humidex permet d'anticiper les réactions des autorités et de la population face aux vagues de chaleurs. "Il mesure l'intensité de l'inconfort", précise Christophe Mertz. 

Pourquoi votre thermomètre peut enregistrer de telles températures ?

Des météorologues amateurs s'amusent régulièrement à poster sur les réseaux sociaux des images de leurs capteurs météo atteignant des températures extrêmes. L'explication est très simple : c'est tout simplement que le thermomètre est mal situé. Pour que l'observation de la température extérieure soit optimale, le thermomètre doit impérativement être à l'ombre. 


En plein soleil, la température risque de monter en flèche, et ceci pour deux raisons. D'une part à cause de la réflexion du soleil qui concentre la chaleur autour du capteur - sur une terrasse par exemple - et d'autre part à cause de la chaleur qu’emmagasine le capteur lui-même. Deux phénomènes qui expliquent également la température élevée affichée sur le tableau de bord lorsqu'on récupère sa voiture garée en plein soleil. Il suffit de rouler quelques dizaines de mètres pour que la température commence à descendre. Même chose du côté des températures affichées au fronton des pharmacie, le capteur est souvent placé en plein cagnard.   


Rappelons que tous les relevés de températures enregistrés par Météo-France sont réalisés dans les mêmes conditions : à l'ombre, à plusieurs centimètres du sol et à l'abri du vent. 

Les records historiques de chaleur

D'après Météo-France, la température moyenne en été en France métropolitaine est plus proche des 20 degrés. Bien loin donc des chaleurs affichées pour ce mois de juin. 


Les records de chaleur ont tous été battus lors de la canicule historique de 2003. Le thermomètre avait atteint les 43,9° à Saint-Géry dans le Lot. Mais selon l'institut le record absolu est détenu par les communes de Saint-Christol-les-Alès et Conqueyrac dans le Gard avec 44,1° enregistrés le 12 août 2003. 


Pour Christophe Mertz, la canicule de juin 2019 battra les records de 2003, "à la fois les records mensuels mais certainement les records absolus dans le centre et le centre-Est de la France." Des températures extrêmes enregistrées en 2003 au moins d'août, c'est-à-dire au plein de cœur de l'été. "Cet épisode de chaleur est donc très précoce", s'inquiète le météorologue.    


La grande différence entre 2003 et 2019 réside dans le taux d'humidité. Il y a 16 ans, le temps était beaucoup plus sec et les pics de chaleurs considérés comme plus supportables qu'aujourd'hui où le taux d'humidité restera supérieur à 40%. Sans oublier un autre facteur important : cette canicule de juin 2019 intervient peu de temps après le solstice d'été, moment où les journées sont les plus longues. Or, c'est justement durant la nuit que le mercure baisse. Ainsi, plus les nuits sont courtes, moins les températures auront le temps de se rafraîchir un peu. 

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