CARTE - Propreté de Paris : déchets, déjections canines... De quoi les habitants de chaque arrondissement se plaignent-ils ?

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INFOGRAPHIE - Paris est plus sale que jamais, a asséné le journal britannique "The Guardian", en citant les témoignages d'habitants de la capitale. Pour avoir une idée un peu plus précise de ce ressenti, nous avons épluché les données de l'application "Dans ma rue", qui recense les signalements d'incivilités faits par les habitants. Carte réalisée en partenariat avec Esri France.

Paris, ville la plus sale d’Europe ? C’est ce qu’affirme le journal britannique The Guardian dans un reportage à charge, publié le 22 septembre à l'occasion du "World Cleanup Day", la Journée mondiale du nettoyage. "La Ville Lumière est devenue une vieille cité sale, surnommée par ses habitants 'Paris poubelle'", écrit notamment le prestigieux quotidien en se basant sur les témoignages de Parisiens. Parmi eux, celui d'une habitante qui, disant avoir beaucoup voyagé en Europe et dans le monde, fait de Paris "définitivement la ville la plus sale".

Une accusation dont la maire Anne Hidalgo s’est défendue : "On a mis en place des équipes d’urgence propreté. On ne va pas mettre un éboueur derrière chaque Parisien. […] Il faut que chaque citoyen se prenne en charge et prenne soin de sa ville", assurait l’élue sur France Inter, insistant sur la responsabilité de chacun, alors que les effectifs ont été renforcés dans toute la ville, grâce à un budget de 600 millions d'euros par an.

Mais peut-on vraiment quantifier ou qualifier le degré de saleté de la ville ? Si le journal britannique établit son constat à partir de témoignages de Parisiens, aucun chiffre ne permet actuellement de connaître l’évolution de la propreté dans la capitale, ni même de comparer les différentes villes européennes entre elles sur leur seule gestion du nettoyage des rues.

Ces incivilités qui irritent les Parisiens

Reste qu'à Paris, l’application "Dans ma rue" mentionnée sur Twitter par Anne Hidalgo, recense depuis 2012 tous les signalements d’incivilités et ou des "anomalies" effectués par la population auprès de la mairie de Paris. Une grande banque de données accessible à tous sur le site data.gouv.fr, dans laquelle LCI a fouillé pour avoir un aperçu de ce dont les Parisiens se plaignent le plus.

La tâche est ardue, puisque la plateforme permet aussi bien de signaler un feu tricolore mal orienté, une jardinière en mauvais état, une flaque d’eau sur la chaussée ou encore une borne électrique détériorée. Nous avons donc du faire un tri parmi tous les "sous-types" de problèmes rencontrés dans les rues, afin d’isoler les seuls signalements concernant la propreté. En résulte neuf catégories de problèmes récurrents, centralisés sur les WC publics, les poubelles, les points d’eau et la voirie.

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Les objets encombrants abandonnés sont les plus nombreux à être recensés par les utilisateurs de l'application, avec 116.816 signalements entre janvier 2018 et mars 2019. La présence de déchets sauvages et celle de déchets de chantier complètent le podium, avec respectivement 39.450 et 17.940 signalements sur la même période. En quatrième position, les épaves de véhicules occupent une part importante des problèmes dénoncés, avec 9.419 situations recensées sur les 20 arrondissements de la capitale.

La priorité des Parisiens se dessine donc assez facilement : l'encombrement des trottoirs et voiries pousse le plus les Parisiens à faire appel aux services de nettoyage de la Ville. Car l'application permet aux équipes de propreté d'être immédiatement alertées et pouvoir adapter leur prochaine tournée de ramassage pour récupérer les dépots sauvages signalés. 

La propreté du sol, jonché de détritus, de déjections canines, d'urine, est une autre préoccupation des habitants de la capitale, comme le démontre notre carte découpée en arrondissements, co-réalisée avec Esri France. En revanche, peu d'utilisateurs de l'application s'en saisissent pour dénoncer la quantité de mégots jetés au sol. Les fins de cigarette sont pourtant souvent qualifiées de fléau par les Parisiens, qui organisent régulièrement des opérations de nettoyage ciblées sur cette pollution.

140 000 procès-verbaux en 2018

"Les Parisiens n'aiment rien de mieux que de se plaindre et aujourd'hui, l'état de la ville est leur plainte numéro 1", écrit justement le Guardian. Sur ce point, un récent sondage Ifop pour le JDD et Sud Radio donne raison à l'auteure de l'article. La propreté est la priorité des Parisiens à l’approche des municipales : 69% d’entre eux placent cette problématique en tête pour faire leur choix en mars prochain, devant la lutte contre la pollution et la sécurité. 

"Oui les incivilités sont fortes, les Parisiens sont exaspérés et nous les comprenons, la situation n'est pas satisfaisante", a confirmé à LCI Paul Simondon, adjoint à la Mairie de Paris et responsable de la propreté. "C'est la faute de tout le monde mais notre responsabilité en tant que Ville de Paris est de nettoyer". Pour cela, la Ville a augmenté ses moyens, engagé 212 agents supplémentaires depuis 2014 et entamé une transition de ses équipements vers l'électrique, "avec des engins non polluants et non bruyants", explique Paul Simondon.

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Comme Anne Hidalgo, il estime pourtant qu'une prise de conscience est nécessaire chez les Parisiens : "On ne peut pas envisager une ville dans laquelle on nettoierait une rue cinq fois par jour pour que chacun puisse jeter ses papiers négligemment". Pour cela, l'adjoint à la Mairie affirme que la verbalisation est nécessaire. "Nous avons mis 140 000 PV en 2018 mais visiblement ce n'est pas encore assez dissuasif". Paul Simondon regrette notamment que la Police Municipale ne puisse pas mettre des amendes de plus de 68 euros en cas d'incivilités nuisant à la propreté parisienne et espère que le Gouvernement leur donnera prochainement plus d'outils pour mener à bien cette mission. "L'objectif, c'est le civisme", a-t-il ajouté. 

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