Titres-restaurant : pourquoi le papier fait de la résistance

Titres-restaurant : pourquoi le papier fait de la résistance
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BUSINESS - Utilisés par des milliers de Français chaque jour, les "tickets restos" représentent une manne financière pour les géants de la restauration d'entreprise. Avantagés par les chèques "physiques", ces derniers sont réticents à les dématérialiser.

C'est un business juteux qui génère près de 6 milliards d'euros par an. Ticket restaurant, Chèque déjeuner ou encore Chèque de table sont utilisés tous les jours par de nombreux Français pour payer leur déjeuner. Très pratiques pour ces derniers, car l'employeur en paye en général la moitié, il sont surtout très avantageux pour ceux qui les fournissent, à savoir un "cartel" se partageant en quatre entreprises : Edenred, Sodexo, Natexis Intertitres et Up. 

Ces quatre mastodontes de la restauration ont en effet grand intérêt à conserver ces titres-restaurant, alors que les cartes dématérialisées font depuis plusieurs années leur apparition dans le marché. Ces derniers se rémunèrent plusieurs fois pour un même service, se servant des multiples étapes dans le processus pour générer de l'argent. Ainsi, lorsqu'ils vendent le chèque à l'entreprise, ils prélèvent 1 à 2 %.

Les chèques, une manne financière colossale

Lorsque le restaurateur envoie ses titres pour se faire rembourser, une nouvelle commission comprise entre 3 et 5% est récupérée par ces géants, qui mettent plusieurs semaines à le rembourser, profitant de ce laps de temps pour placer l'argent et générer des intérêts. Du fait cet avantage certain, les quatre entreprises ont longtemps court-circuité les tentatives d'autres sociétés de dématérialiser ces chèques de restauration, comme l'explique un des entrepreneurs concernés.

"Il est très facile de dire, ce n’est pas légal, ça ne marche pas bien, faites attention, il y aura des problèmes avec l’administration … En fait, il suffit de faire un peu peur à un DRH pour qu’il se retire. Ce n’est pas quelqu’un qui est censé prendre des risques pour ses salariés" indique Emmanuel Rodriguez-Maroto, fondateur de "Resto Flash" qui propose un service de paiement par smartphone.

Ce dernier a finalement porté plainte auprès de l'autorité de la concurrence, qui a condamné en décembre dernier les quatre opérateurs historiques, Edenred, Sodexo, Natexis Intertitres et Up à une amende record de 414 millions d'euros pour avoir verrouillé le marché. Du côté des restaurateurs et des clients, pourtant, ce nouveau moyen de paiement fait l'unanimité, une seule carte permettant de contenir tous les tickets et permettant de payer au centime près.

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A peine 5% des titres-restaurant dématérialisés

"Les titres papier, pour nous, c’est une perte de temps au niveau comptable, les découper tous les soirs, les tamponner, les compter, les déposer et d’attendre entre une et trois semaines pour obtenir le règlement, c’est donc une trésorerie dormante pour nous. Alors qu'avec la dématérialisation, ils posent la carte et dans les 48h maximum, on est payés" explique Alexandra Ribier, gérante du restaurant "Le Parisien", dans le troisième arrondissement de Paris. Autre avantage, le restaurateur paie une commission beaucoup plus faible. Aujourd'hui, ces titres-restaurant dématérialisés représentent à peine 5% du marché, les principaux opérateurs espèrent doubler dans les deux ans. 

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