Profession disparate, salaires dispersés : combien gagnent vraiment les journalistes ?

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FEUILLE DE PAYE - Entre les stars de l'info, les petites mains sur le terrain ou derrière leurs ordinateurs, difficile d'avoir une idée précise des revenus des journalistes. Les propos imprécis de l'historienne Ludivine Bantigny à ce sujet, samedi 15 décembre, sont venus remettre une pièce dans la machine. L'occasion de faire un point (non exhaustif) sur les émoluments perçus par les journalistes professionnels.

"J'ai vérifié les salaires des journalistes, pour voir. Ce sont des gens qui sont payés entre 15.000 et, pour certains, 50.000 et 60.000 euros mensuels." Les propos de l'historienne Ludivine Bantigny, commentant un débat organisé par BFM TV sur les Gilets jaunes, a fait beaucoup parler depuis sa diffusion sur Arrêt sur images, samedi 15 décembre. Si le fondateur du site, Daniel Schneidermann, a précisé le lendemain que son invitée parlait "bien entendu" des journalistes présents sur ledit plateau de BFM TV - ce que Ludivine Bantigny a confirmé - plusieurs membres de la corporation avaient déjà commenté la scène pour rappeler qu'ils n'émargeaient certainement pas à de telles conditions salariales.

Plus de 35.000 journalistes en 2017

Faisons le point. Profession disparate par excellence, le journalisme, par ses multiples statuts, la multiplicité des structures où il s'exerce, présente des salaires et des revenus extrêmement divers. Salariés, indépendants, auto-entrepreneurs, managers, cadres et directeurs ou directrices de rédaction sont autant de statuts qui expliquent la diversité des salaires et des revenus pour une profession qui n'est parfois ramenée qu'à un seul idiome - "les journalistes" - amalgamant professionnels installés et précaires.

Une recherche rapide permet déjà d'évacuer une question : non, s'il était besoin de le préciser, les journalistes ne gagnent pas "entre 15.000 et, pour certains, 50.000 ou 60.000 euros". La grille salariale proposée par le Syndicat national des journalistes, proposée en toute transparence et régulièrement actualisée, ne dit rien de pareils salaires. Toutes catégories confondues, le salaire de base mensuel maximal s'établit à 5352 euros brut, pour le poste de rédacteur en chef et d'éditorialiste dans les agences audiovisuelles multimédias. Le plus bas salaire répertorié dans cette grille est de 1594 euros brut, et il concerne le poste de reporter-rédacteur-présentateur dans les radios locales privées.

Mais ces chiffres ne correspondent qu'au minimum auquel ces salariés peuvent être payés : ils ne tiennent pas compte des augmentations individuelles ou collectives, de l'ancienneté, ou du fait qu'une entreprise de presse peut tout simplement proposer des salaires de base plus élevés. Pour se faire une idée plus précise - mais jamais exhaustive - de la rémunération des journalistes, plusieurs facteurs rentrent en compte, auquel l'Observatoire des métiers de la presse se prête depuis plusieurs années, en se basant sur les données de la Commission de la carte d'identité des journalistes professionnels, qui avait attribué 35.047 cartes en 2017. Des chiffres que LCI s'est procurés.

Un revenu médian supérieur à la médiane nationale

Que nous dit l'étude de ces statistiques ? Qu'en 2017, le revenu médian des journalistes en CDI, tous secteurs confondus (presse écrite, radio, télé, agences), s'établit à 3591 euros brut, c'est-à-dire que la moitié des journalistes en CDI touchent un salaire inférieur à cette somme (dont l'auteur, qui touche 3100 euros brut) et l'autre, un salaire supérieur. Un revenu bien supérieur au revenu médian des Français. Cette médiane baisse pour les journalistes en CDD (1954 euros brut) et les pigistes, employés à la tâche ou à la journée (2000 euros brut). Mais la médiane évolue en fonction des secteurs médiatiques dont on parle : ainsi, avec 4234 euros brut pour les CDI, la presse télévisée génère des revenus médians bien supérieurs à la presse écrite (3403), aux agences de presse (4104) ou à la radio (3513). Pour les pigistes, ce sont les agences de presse qui sont les mieux-disantes. Le revenu médian se situe à 2336 euros brut, contre 2176 à la télévision, 1926 en radio et 1872 en presse écrite. Même ordre d'arrivée en ce qui concerne les CDD : là où le salaire médian s'élève à 2500 euros brut en agence de presse, il baisse à 1969 en télévision, à 1900 en presse écrite et à 1699 en radio. 

La même étude permet également de prendre en compte la répartition de ces revenus. Ainsi, pour les en salariés en CDI, tous secteurs confondus, les 10% des journalistes les moins rémunérés gagnent une somme inférieure ou égale à 2166 euros brut. A l'inverse, le salaire des 10% des journalistes en CDI les mieux payés s'élève à au moins 5696 euros brut. Les autres statuts sont moins bien lotis. Pour les pigistes, le premier décile s'établit à 929 euros brut et le dernier décile, à 3212 euros brut. Pour les salariés en CDD, les mêmes indices s'établissent à 1258 et 3212 euros brut.

Et les très hauts revenus ?

Où trouve-t-on, alors, des salaires de l'ordre de ceux évoqués par Ludivine Bantigny ? Principalement chez les noms les plus connus de la télévision et de la radio, comme l'indiquait début 2017 dernière l'hebdomadaire Télé 2 semaines. Elise Lucet, la présentatrice de Cash Investigation et Envoyé Spécial, avait confirmé à l'automne dernier que son salaire "tournait autour de 25.000 euros". Pour trouver trace d'une étude plus précise, il faut reculer de quelques années, en 2011. Une étude de la Conférence nationale des métiers du journalisme estime en effet que 0,1% de la profession touchait plus de 40.000 euros. Et 1,1% gagne entre 10.001 et 40.000 euros. Des niveaux de revenus qui, depuis quelques jours, privent ceux qui les reçoivent de l'abattement fiscal dont bénéfice l'ensemble de la profession. Le Sénat et l'Assemblée nationale ont en effet exclu les salariés percevant plus de 6000 euros brut par mois de ce dispositif, permettant de retrancher 7650 euros de leurs revenus annuels.

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