Commémorations du débarquement : les Amérindiens, ces soldats restés des décennies dans l'ombre

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HISTOIRE - Entre 30.000 et 50.000 personnes issues des peuples autochtones nord-américains ont participé à la Seconde guerre mondiale, selon un universitaire. Un hommage leur a été rendu le 5 juin sur Omaha Beach.

Combien étaient-ils, ce 6 juin 1944, à fouler les plages de Normandie ? Quelques centaines, tout au plus. A l'heure où la France s'apprête à commémorer le débarquement qui a eu lieu il y a 75 ans, le rôle des Amérindiens est plus que jamais reconnu. Une reconnaissance tardive pour ceux qui ont joué un rôle actif dans la libération du vieux continent.

Entre 30.000 et 50.000 d'entre eux ont participé à la Seconde guerre mondiale, dont 5000 du Canada et 44.000 des États-Unis, mais pas forcément sur la ligne de front, a estimé Harald Prins, professeur émérite de la Kansas State University qui a travaillé sur le sujet. Des milliers vivaient hors réserve en temps de paix, précise-t-il. "Quelques générations plus tôt, (les Amérindiens) défendaient leurs terres face à l'expansion agressive des États-Unis", rappelle l'universitaire.

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Des hommages discrets sur les plages normandes... sans membre du gouvernement

La Constitution des États-Unis fait des peuples autochtones des citoyens américains depuis 1924 mais elle laisse chaque État décider de la mise en œuvre de cette citoyenneté. En pratique, il a fallu attendre 1962 pour que tous les Amérindiens puissent voter aux États-Unis, selon l'universitaire. Soixante-quinze ans après l'opération Neptune, "le public aux États-Unis, mais aussi en Europe, n'est généralement pas conscient du rôle joué par les Amérindiens dans la guerre contre la tyrannie nazie", constate l'universitaire. Sa reconnaissance fait toutefois doucement son chemin. Plumes, couleurs vives, fumée et spiritualité ont commencé à faire discrètement leur apparition ces dernières années en juin sur les plages normandes.

Une cérémonie amérindienne labellisée par l’État français mais sans membres du gouvernement est ainsi prévue le 5 juin à Saint-Laurent-sur-Mer, sur Omaha Beach, où 80 hommes d'une vingtaine de tribus sont annoncés. Le 6 juin 1944, 175 "native Americans" y avaient débarqué, selon Harald Prins. En 2017, Charles Shay,  bientôt 95 ans et probable dernier vétéran du Jour J encore en vie du peuple Penobscot, y avait inauguré une statue à la mémoire de ces vétérans. L'œuvre est une tortue en granit, animal amphibie symbole de longévité et de sagesse.

Une reconnaissance qui fait son chemin dans le monde

Trois ans plus tôt, la première cérémonie amérindienne officielle en Normandie avait eu lieu à Utah Beach, dans la Manche, pour rendre hommage aux 14 Comanches qui y débarquèrent le Jour J comme "code talkers". Ces agents de transmission utilisaient la langue de leur peuple, indéchiffrable par les Japonais et les Allemands. Ces hommages tardifs doivent se poursuivre : aux États-Unis, le musée national des Amérindiens à Washington "travaille activement" à l'inauguration, le 11 novembre 2020, du premier mémorial national rendant hommage à leur rôle dans les guerres, selon Harald Prins. Une étape de plus après les Médailles d'or du Congrès remises en 2013 à 250 Amérindiens de 33 tribus, la plupart à titre posthume. En 2000, 400 soldats Navajos avaient par ailleurs reçu la plus haute récompense civile américaine. La France, elle, se targue d'avoir fait des "code talkers" chevaliers de l'ordre du Mérite dès 1989, une cérémonie qui s'est déroulée dans l'Oklahoma.

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