Comment prévenir l'incendie d'un monument : l'exemple des Hospices de Beaune, qui ont failli disparaître en 2008

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INCENDIE - Lorsqu'un monument prend feu, les réactions doivent être immédiates. Le plan d'intervention doit être déjà établi afin de circonscrire l'incendie le plus rapidement possible. Exemple avec les Hospices civils de Beaune en Bourgogne, où le directeur vient de demander un audit sur la sécurité incendie dans les plus brefs délais. L'édifice a failli disparaître en 2008 suite à un départ de feu en raison de travaux de soudures au plomb.

Comment réagir lorsqu'un monument historique prend feu ? Les Hospices civils de Beaune, célèbres pour leurs toitures vernissés, ont connu deux départs d'incendie qui auraient pu réduire en cendres cet hôpital datant du XV ème siècle. Bruno François, chargé des collections aux Hospices, détaille pour LCI les procédures - évidemment très délicates - pour sauver un joyau du péril. 

Deux incendies récemment évités

Les Hospices civils de Beaune ont connu récemment deux incendies dus à des chantiers. En 2007, des peintures à l'huile de lin se sont enflammées avec des chiffons. "Le gardien, alerté par l'alarme, s'est précipité pour éteindre le feu." L'incendie, qui a démarré sous le clocher, aurait pu être catastrophique. "Sans le sang-froid du personnel, toute la charpente du XVe serait partie en fumée, comme aujourd'hui à Notre-Dame de Paris", raconte le responsable.   


L'autre départ d'incendie date de 2008. Si, pour l'heure, les causes exactes sont inconnues, cet ancien sinistre présente des similitudes avec la flèche de Notre-Dame. Le feu a démarré sur des parties en bois suite à une rénovation du plomb des lucarnes de la toiture, en fin de journée, après la fin du chantier. 30 mètres carrés de toiture, sur les 20.300 que compte l'édifice, ont été ravagés. "Depuis cette date, les travaux de soudures doivent s'arrêter une heure avant le départ du chantier afin de s'assurer qu'il ne reste aucun point chaud," précise Bruno François. 


"Avec une charpente vieille du XVe siècle, on ne peut pas faire grand chose pour lutter contre la propagation d'un incendie. Avant la première minute d'un feu, un verre d'eau suffit à l'éteindre, au bout de deux minutes, il faut déjà un seau, puis rapidement, on a besoin de litres et de litres d'eau." 

Des œuvres à sauver en priorité

Mais les Hospices abritent aussi un musée et en cas d'incendie, des choix sont à effectuer, comme nous l'explique Bruno François. "Il existe une liste d'œuvres prioritaires que nous devons sauver rapidement et des œuvres secondaires." Une hiérarchisation toujours compliquée à accepter pour un conservateur, mais les Hospices abritent des pièces inestimables qu'on ne peut laisser disparaître. À l'image du Jugement dernier, tableau du XVe siècle réalisé par le peintre flamand Rogier van der Weyden. Retable unique, cette œuvre représente Nicolas Rollin et son épouse Guigone de Salins, fondateurs des hospices. Le musée conserve également des tapisseries très rares et des éléments d'orfèvrerie. 


A l'image de ce qui a été mis en place à Notre-Dame dès le déclenchement du feu, le retrait des œuvres est effectué par les pompiers et le personnel en fonction de la dangerosité. "Mais la priorité reste les vies humaines", rappelle le conservateur. 


Quant aux tableaux trop grands pour être décrochés, "il est prévu en dernier recours de les découper au cutter afin de sauver les toiles. En raison de leur dimension, nous n'avons pas le choix." Des sauvetages seraient également délicats, comme celui de l’apothicairerie qui abrite une collection d'une centaine de pots en faïence et autres alambics. "Comment sécuriser cette pièce ? Il parait compliquer de sortir pot par pot."

Un édifice ultra surveillé

Suite à l'incendie de Notre-Dame de Paris aux conséquences dramatiques, le directeur des Hospices a commandé la réalisation d'un état des lieux complet sur les dispositifs existants en cas d'incendie. Mais Bruno François rappelle que l'intégralité des installations électriques et de lutte contre les incendies sont inspectées tous les six mois. Il existe un "livret d'intervention" qui détaille le protocole à appliquer. "Les pompiers viennent faire des reconnaissances pour maîtriser la configuration des lieux et le personnel sait comment agir. La priorité est de sauver les personnes qui se trouveraient à l'intérieur des bâtiments." 


Des rotations de gardiens permettent d'assurer une présence 24 heures sur 24 dans les bâtiments. Un dispositif pour prévenir les cas de vols dans le musée, mais aussi les départs de feu. Beaune garde en mémoire le dramatique incendie qui a ravagé la toiture de la sous-préfecture en 1994. Une leçon pour la ville, qui avait compris à l'époque qu'elle n'était pas prête en cas d'incendie aux Hospices. 

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