Comment va se passer le Grenelle contre les violences conjugales qui débute ce 3 septembre ?

Violences conjugales

DROITS DES FEMMES - Le 3 septembre, 80 personnes sont réunies à Matignon pour le Grenelle contre les violences conjugales. Jusqu’au 25 novembre, plusieurs groupes de travail vont être chargés de réfléchir sur les mesures à mettre en œuvre pour qu’à l’avenir, aucune femme ne meure sous les coups de son conjoint ou ex.

Selon le décompte du collectif "Féminicides par compagnons ou ex", 101 femmes ont été tuées par leur mari, conjoint ou ex depuis le 1er janvier 2019. En 2018, 121 féminicides ont été recensés. C'est dans ce contexte d'urgence que s'ouvre ce mardi 3 septembre le Grenelle contre les violences conjugales. 

"Ce qui va permettre de lutter contre les féminicides, ce sont les actions coordonnées. Aujourd'hui, tout est trop cloisonné, il faut décloisonner. Et ça fonctionnera si tout le monde joue le jeu de prendre des engagements. Le Grenelle sera un succès si chacun vient avec des engagements et dit ‘voilà ce que je peux faire dans mon champ de compétence’" a prévenu la secrétaire d'Etat chargée de l'égalité femmes-hommes Marlène Schiappa lors d'un déjeuner de presse auquel LCI a assisté. "Mais il s'agit d'un moyen, pas d'une fin en soi. Personne ne pense que le 4 septembre, plus aucune femme ne sera frappée par son conjoint et qu'il n'y aura plus de féminicides" ajoute-t-elle.

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• Les dates

Le Grenelle sera lancé le 3 septembre à Matignon par le Premier ministre Edouard Philippe. La date de début a été choisie en écho au numéro d’écoute national destiné aux femmes victimes de violences, le 3919. Selon la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité femmes-hommes Marlène Schiappa, "ce numéro est trop peu connu des femmes, il faut qu’il devienne un réflexe". C’est pourquoi le lancement du Grenelle sera accompagnement d’une campagne de communication destinée à faire connaître ce numéro d’urgence.

Le Grenelle prendra fin le 25 novembre prochain, journée internationale contre les violences faites aux femmes. Entre ces deux dates, plusieurs groupes de travail se pencheront sur des problématiques précises, et Marlène Schiappa effectuera plusieurs déplacements en région.

91 Grenelles auront également lieu en région.

• Les participants

80 personnes seront présentes à Matignon le 3 septembre prochain : une grande majorité des ministres du gouvernement, des avocats, des magistrats, des représentants des forces de l’ordre et des élus locaux, des journalistes, des associations (Fondation des femmes, Planning familial…), des proches et familles de victimes. Marlène Schiappa n’ayant pas pu tous les inviter, elle recevra ceux qui en feront la demande à son ministère le 5 septembre lors de portes ouvertes.

Des annonces attendues dès le 3 septembre

• Le programme

Le Premier ministre Edouard Philippe ouvrira le Grenelle. Suivront des témoignages de proches de victimes de féminicides. Ensuite, les 80 participants discuteront des moyens et méthodes à mettre en place pour lutter contre les violences conjugales, et se mettront d’accord sur la constitution de groupes de travail, et décideront de leurs thèmes.

Les groupes de travail auront jusqu'au 25 novembre pour se réunir et travailler sur des problématiques précises, par exemple les femmes handicapées, plus touchées que les autres par les violences, ou l'Outre-mer, où le nombre de violences conjugales est plus important qu'en métropole.

Le Grenelle sera découpée en trois séquences : prévenir (éducation, violence dans la société...), prendre en charge (accompagnement des victimes et auteurs de violences, places d'hébergement...), punir  (formation des policiers amenés à prendre les plaintes...).

A l'issue de la journée, des engagements concrets seront annoncés par le gouvernement.

• Les annonces attendues

La ministre de la Justice Nicole Belloubet devrait annoncer une plus large distribution des téléphones "grave danger" et la mise en place des bracelets électroniques dès dépôt de plainte. Cela passera par l'adoption d'un nouveau dispositif législatif, normalement à l'automne, pour un déploiement de cet outil début 2020.

Le ministre du Logement Julien Denormandie devrait s'engager sur les hébergements d'urgence pour les femmes souhaitant quitter leur domicile après avoir dénoncé des violences conjugales. Plusieurs problèmes se posent actuellement, selon Marlène Schiappa : le manque de places et les disparités territoriales, et la qualité des hébergements "où certaines femmes subissent agressions sexuelles et viols".

Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner devrait mettre l'accent sur la formation des policiers amenés à recueillir les plaintes des victimes ; celui de la Protection de l'enfance Adrien Taquet s'engager sur la prévention des violences dès l'enfance, et le retrait de la garde d'enfant à un parent condamné pour le meurtre de sa compagne.

Marlène Schiappa a déjà annoncé la création d'un "fonds spécial" contre les féminicides, baptisé fonds Catherine, doté d'un million d'euros à destination d'"associations de terrain".

Des critiques et manifestations hostiles à prévoir

De nombreuses critiques émailleront sûrement la tenue du Grenelle. Caroline De Haas, membre du collectif #NousToutes, estime ainsi que  "cela n'a pas grand sens de faire une grande réunion de trois mois pour parler de solutions qu'on a depuis dix ans". Le groupe "Féminicides par compagnons ou ex" a appelé à une "marche vers le Grenelle" mardi. Et les militantes et militants féministes ont d'ores et déjà prévu de descendre en nombre dans la rue le samedi 23 novembre, deux jours avant la clôture du Grenelle.

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