Concurrencée par d'autres pays, la France espère doubler l'accueil d'étudiants étrangers

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RAYONNEMENT - Edouard Philippe a confirmé mercredi 6 novembre l'objectif de doubler d'ici 2027 le nombre d'étudiants étrangers accueillis en France. Selon le gouvernement, ce chiffre a augmenté de 2% l'an dernier, malgré la décision prise d'augmenter fortement les frais d'inscription pour les étudiants internationaux. Malgré tout, la France reste à la traîne : elle vient de passer de la 4e à la 5e place parmi les pays d'accueil.

La France s'expose-t-elle à perdre ses étudiants étrangers au profit d'autres pays plus attractifs ? Le risque existe bien, si l'on en croit la présentation faite par Edouard Philippe, mercredi, lors des annonces consacrées à l'immigration. Selon le Premier ministre, la France se classe actuellement comme 5e pays d'accueil et court "un risque de décrochage" face à d'autres puissances comme la Chine, la Russie, l'Arabie saoudite, la Turquie - ces deux dernières ont triplé le nombre d'étudiants en cinq ans - qui ont récemment mis en place des stratégies agressives pour attirer à elles les étudiants internationaux. 

Il y a un an, lors de la présentation du plan "Bienvenue en France", censé répondre à cette problématique, la France se classait en 4e position à l'échelle mondiale, derrière les Etats-Unis, le Royaume Uni et l'Australie. Elle a bien perdu une place l'an dernier, confirmait jeudi à LCI Campus France, l'organisme chargé de promouvoir les universités et grande écoles hexagonales. "D'après les chiffres de l'Unesco, seule base de comparaison entre tous les pays, la France et l'Allemagne sont au coude-à-coude et l'Allemagne est passée devant, à 300 ou 400 étudiants près", nous précisait un porte-parole.

Dans un bilan publié en mars 2019, Campus France avait déjà indiqué que la France continuait "pour l'instant" d'occuper "une position enviable", mais que son attractivité "s'affaiblissait". La croissance du nombre d'étudiants étrangers en France a progressé de 19% au cours des cinq dernières années, contre 28% en moyenne dans le monde, selon l'organisme. 

Le Premier ministre a confirmé ce mercredi l'objectif fixé par le plan "Bienvenue en France", à savoir d'accueillir "500.000 étudiants d'ici à 2027", soit près du double de la situation actuelle. 

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La hausse des frais d'inscription en cause ?

Selon Edouard Philippe, "le nombre d'étudiants étrangers extracommunautaires venus en France a augmenté de 2% à la rentrée 2019", une tendance également confirmée jeudi par Campus France. Selon les statistiques officielles, la France avait accueilli 83.082 étudiants en 2018, ce qui constituait déjà une hausse de 3,4% par rapport à 2017. 

Selon le gouvernement, cette hausse montrerait que sa décision polémique, en 2018, d'augmenter fortement les frais de première inscription pour les étudiants hors UE n'a pas eu d'impact sur l'attractivité des universités. Ces dernières, ainsi que les syndicats, s'étaient inquiétés des conséquences d'une telle mesure, qui s'est traduite par une multiplication des droits d'inscriptions, soit 2.770 euros pour la licence (contre 170 euros pour un étudiant français) et 3.770 pour le master (243 euros pour un étudiant français). 

Difficile toutefois, pour l'heure, d'évaluer l'impact de cette hausse des frais d'inscription. D'une part, à la rentrée 2019, seules 7 universités sur 73 avaient mis en oeuvre cette hausse., soit 9,5% d'entre elles. D'autre part, cette mesure est entre les mains de la justice. Des associations étudiantes ont attaqué l'arrêté du 19 avril 2019 fixant les nouveaux droits "différenciés", et dans l'attente d'une décision du Conseil d'Etat, le Conseil constitutionnel a confirmé mi-octobre le principe de gratuité de l'enseignement supérieur, validant simplement la possibilité de "droits d'inscription modiques" tenant compte "des capacités financières des étudiants". 

Faciliter les procédures ?

Pour tenter d'éviter cet écueil, le gouvernement a mis en place, parallèlement à la hausse des tarifs, des mesures visant à "démultiplier les exonérations et tripler les bourses" pour les étudiants étrangers les moins favorisés. Selon le ministère de l'Enseignement supérieur, ces aides pourraient concerner un étudiant sur quatre. Une réponse, aussi, à un rapport de la Cour des comptes publié en septembre 2019, qui appelait à donner "une plus grande souplesse aux établissements, à la hausse comme à la baisse, afin de tenir compte de leurs avantages comparatifs respectifs sur la scène académique mondiale". L'enjeu, selon la Cour, est de continuer à capter dans les universités françaises des étudiants de "haut niveau universitaire". 

Au-delà de la question tarifaire, le plan "Bienvenue en France" prévoit "d'améliorer les conditions d'accueil des étudiants internationaux". Pour cela, l'exécutif veut simplifier la procédure des visas en accordant la priorité aux étudiants, en instaurant un guichet unique et en mettant en place un titre de séjour spécifique pour revenir en France. 

En outre, le plan a budgétisé 10 millions d'euros pour les universités qui mettent en place des modules intensifs de français langue étrangère, et décerne des labels "qualité d'accueil" aux établissements les plus actifs en la matière. Enfin, Campus France va lancer une campagne de promotion à l'étranger afin de tenter de se hisser à la hauteur des leaders, Etats-Unis, Royaume Uni et Australie. De quoi faire face à la concurrence internationale ?

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