Confiance dans la police : comment se situe véritablement l'opinion ?

Confiance dans la police : comment se situe véritablement l'opinion ?
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À LA LOUPE – Les résultats très favorables d'une enquête sur la vision des "forces de sécurité intérieure" par les Français surprennent. Commandée par le ministère de l'Intérieur, sa méthodologie interroge. Les résultats s'avèrent plus favorables que ceux observés dans de récents enquêtes d'opinion.

Quel est l'image de la police dans l'opinion française ? Quelques jours après de multiples manifestations en hommage à George Floyd et alors que des policiers français sont mis en cause pour des faits de violence ou de racisme dans plusieurs affaires, Christophe Castaner a tenu ce lundi une conférence de presse au cours de laquelle il s'est à nouveau appuyé sur une étude universitaire indiquant que  "85% des personnes interrogées ont une image positive des forces de l’ordre et 80% estiment que les policiers et gendarmes ont un comportement professionnel lors de leur intervention".   

 "Les chercheurs de l’Université Savoie Mont-Blanc ont interrogé plus de 48.000 personnes de tous âges et de tous horizon ayant eu un rapport avec la police et la gendarmerie. 12.800 parmi eux ont contribué à l’étude", a indiqué Christophe Castaner (voir la vidéo ci-dessus). 

Des résultats à étudier avec précaution

Il est nécessaire d'apporter quelques précisions sur l'étude en question, qu'il faut différencier des traditionnelles enquêtes d'opinion réalisées par les instituts de sondage. Les "enquêtés" étaient en effet volontaires, et devaient avoir déposé un formulaire de demande de participation dans un commissariat après l'avoir préalablement téléchargé en ligne. Suite à cela, chaque personne était recontactée pour pouvoir enfin répondre aux différentes questions, de manière anonyme. 

12.822 personnes âgées de 18 ans se sont effectivement prononcées parmi 48.134 personnes contactées. 

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Interrogé par le quotidien 20 minutes, le directeur de recherche au CNRS et spécialiste de la police Sebastian Roché estime que la manière de contacter le grand public pour l'inciter à participer représente un "biais majeur". Lors des enquêtes d'opinion "traditionnelles", les personnes interrogées sont en effet le plus souvent tirées au sort. Les responsables universitaires qui ont diligenté l'enquête se défendent en expliquant que le seul contact entre les policiers/gendarmes et les citoyens était observé lors de la phase d'inscription. 

D'autres consultations moins unanimes

Une méthodologie contestée signifie-t-elle nécessairement que les résultats manquent de fiabilité ? Sans doute pas. Pour mieux juger de la confiance portée dans la police et la gendarmerie, il faut se pencher sur les enquêtes d'opinion régulièrement publiées sur le sujet. 

En janvier dernier, l'institut de sondage Ifop, en partenariat avec L'Express, constatait "une érosion des opinions positives vis-à-vis de la police", en détaillant ses résultats. "Si on additionne la part des sondés auxquels les forces de l’ordre inspirent de la confiance et ceux qui disent ressentir pour elles de la sympathie, on obtient un bloc de réponses positives qui atteint 60%, en retrait de 11 points par rapport à notre sondage d’août dernier et même de 15 points si nous remontons jusqu’à septembre 1999", résument les auteurs du sondage.

Dans cette enquête d'opinion, une différence majeure d'appréciation semble se dessiner entre les générations. En effet, quand les personnes de 65 ans et plus disent éprouver à 73% de la confiance ou de la sympathie pour la police, cette proportion chute à 48% les moins de 35 ans.

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Le défenseur des droits, en 2017, s'était lui aussi penché sur les relations "police-population", avec un focus particulier sur la question des contrôles d'identité. Les données récoltées (sur un échantillon représentatif de plus de 5.000 personnes) permettaient de mettre en évidence "des relations satisfaisantes entre la population et les forces de l’ordre. Ainsi, la grande majorité de la population dit faire confiance à la police (82%)."

Ce constat encourageant mérite néanmoins d'être nuancé, puisque l'expérience des sondés vis-à-vis des forces de l'ordre varie de manière considérable en fonction de l'âge, tout comme le montre le récent sondage Ifop. "Les jeunes de 18-25 ans déclarent ainsi 7 fois plus de contrôles que l’ensemble de la population et les hommes perçus comme noirs ou arabes apparaissent cinq fois plus concernés par des contrôles fréquents (c’est-à-dire plus de cinq fois dans les cinq dernières années)", notait le défenseur des droits. 

Pour analyser plus finement la confiance entretenue par les Français à l'égard des forces de l'ordre, il serait utile de se pencher sur des comparaisons généralement non proposées dans les enquêtes d'opinion. En distinguant par exemple les réponses fournies par des personnes ayant eu un contact récent avec la police ou la gendarmerie (dépôt de plainte, contrôle d'identité…). Il s'agirait ainsi de se baser sur le ressenti d'une expérience vécue d'avantage que sur un sentiment général. 

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