Confinement : cinq millions de Français vivent dans un logement "suroccupé"

Un immeuble de la cité du Chêne-Pointu à Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis.
Population

LOGEMENT - Dans une étude publiée mardi 21 avril, l'Insee révèle que cinq millions de personnes vivent dans un logement "suroccupé" en France. Avec, notamment, un fort contraste entre petites villes et grandes agglomérations.

Vivre entassé dans un logement trop petit. C'est le quotidien de cinq millions de Français, vivant pour la grande majorité dans les grandes agglomérations, estime l'Insee dans une étude publiée mardi 21 avril alors que le confinement est toujours en vigueur. "Cinq millions de personnes vivent dans un logement au nombre de pièces insuffisant", résume le document de travail. Pour établir ce chiffre, l'institut a croisé plusieurs données dont celles remontées lors du recensement effectué en 2016. Il met en rapport le nombre d'habitants de chaque foyer avec la quantité de pièces, hors cuisine et salle de bains.

Concrètement, selon l'Insee, un logement est considéré "suroccupé" - et non pas "surpeuplé", précise-t-il - quand il dispose d'une pièce de moins qu'il n'y a de personnes présentes dans le foyer. Par ailleurs, "la composition du ménage influe fortement sur les situations de suroccupation". Seulement 1,7 % des couples sans enfant vivent dans un logement suroccupé, alors quette situation concerne 8,1 % des couples avec enfants et 18,1 % des familles monoparentales. "Parmi les couples ayant au moins un enfant de moins de 10 ans, 9,9 % vivent dans un logement suroccupé. Ce taux de suroccupation grimpe à 25 % chez les familles monoparentales ayant un ou plusieurs enfants en dessous de cet âge", ajoute l'institut dans son étude.

Dans son propos, qui met en regard cette étude avec le fait que les Français sont contraints de rester chez eux pour stopper la propagation du Covid-19, l'Insee souligne que ces cinq millions de personnes vivant dans un logement "suroccupé" représente environ 8% de la population. L'étude ne prend toutefois pas en compte les personnes habitant seules dans un studio.

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Une situation "plus marquée" en Île-de-France et PACA

Le principal enseignement, variation des prix oblige, réside dans le fort contraste entre grandes agglomérations, petites villes et campagnes. "74 % des ménages vivant dans un logement suroccupé habitent dans une agglomération de plus de 100.000 habitants, dont 40 % dans l'agglomération parisienne", relate l'Insee. Sur les foyers concernés, "la suroccupation ne concerne que 2,3 % des ménages dans les agglomérations de moins de 10.000 habitants, mais 5,3 % dans celles de plus de 100.000 habitants et atteint 13,7 % dans l'agglomération parisienne", détaille l'institut, chiffres à l'appui. "Certaines grandes agglomérations sont particulièrement concernées, comme Nice (11,7 % des ménages), Creil (9,0 %), Marseille (8,6 %) ou encore Montpellier (7,3 %)."

Outre le fait que plus d'un Français sur trois vit en appartement avec un accès à l'extérieur restreint, le rapport précise que "la situation est encore plus marquée dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV)" d'Île-de-France et de PACA, "où respectivement 25,4 % et 18 % des ménages vivent dans un logement suroccupé, ce taux pouvant même dépasser 35%" localement. Hors de l'opposition entre grandes villes et reste du territoire, une forte proportion de logements "suroccupés" est aussi notable dans les Outre-mer, en particulier la Guyane où cette situation frappe plus d'un tiers (34,5 %) des ménages étudiés.

La solitude pèse sur les personnes âgées

Dans le même temps, l'effet inverse est également constaté avec un isolement qui se creuse. En France, 10,5 millions de personnes vivent seules, soit 16 % de la population. Un quart de cette population, soit 2,4 millions, est âgée de de 75 ans ou plus. "Plus de quatre sur dix vivent ainsi dans une agglomération d'au moins 100.000 habitants", précise l'Insee. Elles représentent aussi une part importante dans les territoires ruraux, principalement dans le centre de l'Hexagone : "6,2% des habitants de la Creuse, plus de 5,5% des habitants de la Nièvre, de l'Indre, de l'Allier ou encore de la Corrèze."

Esseulées, souvent fragilisées, les personnes âgées font face, outre l'isolement, à un autre problème : celui du déplacement pour s'approvisionner. Pendant le confinement, faire des achats de première nécessité implique, pour 13,3% d'entre elles, de devoir se rendre dans une autre commune, faute de commerce alimentaire dans la leur. Un taux qui s'élève, selon le rapport, "à 45 % dans la Meuse ou la Haute-Saône."

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Comment font les personnes âgées pour garder le contact ?

Pour rendre le confinement plus supportable, et atténuer la solitude, Internet est souvent une porte sur l'extérieur. Mais pas pour tous. Selon l'Insee, 12 % des personnes n'y ont pas accès depuis leur domicile, quel que soit le type d'appareil (ordinateur, tablette ou téléphone portable). Une proportion encore plus marquée "chez les personnes plus âgées (53 % des 75 ans ou plus) et celles peu diplômées (34 % des personnes sans diplôme ou titulaires d'un certificat d'études primaires)."

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L'isolement qui pèse aussi sur les personnes pauvres et les personnes handicapées dans cette période de confinement qui doit, selon les autorités, durer jusqu'au 11 mai. "1,7 millions de personnes habitant seules vivent sous le seuil de pauvreté en France métropolitaine", note l'institut. Sept personnes touchant l'allocation adulte handicapé (AAH) sur 10 sont isolées.

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