Daniel Cohen : face à la crise, "tous les gouvernements, sauf aux Etats-Unis, font ce qu'il faut : augmenter leur dette"

Daniel Cohen : face à la crise, "tous les gouvernements, sauf aux Etats-Unis, font ce qu'il faut : augmenter leur dette"
Population

ANALYSE - Invité d'Elizabeth Martichoux ce vendredi 10 avril, Daniel Cohen, professeur à l'école d'économie de Paris et directeur du département d'économie à l'ENS, confirme que "pour les économistes, cette crise ne ressemble à aucune autre" et envisage ses conséquences sur la durée.

Le gouvernement ne s'en est jamais caché, les conséquences du coronavirus et des mesures de confinement qui en découlent auront de très lourdes conséquences pour une économie française, aujourd'hui à l'arrêt : "Maintenant on le sait, la situation est compliquée parce que cette crise ne ressemble à aucune autre" confirme Daniel Cohen, professeur à l'école d'économie de Paris et directeur du département d'économie à l'ENS. "Personne ne savait rien de l'impact que ça pouvait avoir. Aujourd'hui, on mesure mieux : 3% de perte de croissance par mois. On n'a jamais vu ça, même pendant les années 1930." 

Un choc par ailleurs très inégalement réparti dans la société : "Entre ceux qui sont en télétravail, environ 35% de la population, ceux qui doivent travailler quoi qu'il advienne, environ 20%, et puis il reste 45% de gens qui ne peuvent pas travailler" poursuit-il. "En moyenne, cette population est 75 % plus pauvre que le reste de la société, selon une étude américaine. Ces chiffres peuvent être transposés en France."

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Impact de la dette

Pendant des années, la dette française a flirté avec le seuil symbolique des 100 % du Produit intérieur brut national. Seulement, la dégradation risque inévitablement d'être très forte en 2020 ."Entre des milliers de faillites et la dette, nous avons choisi la dette", a déclaré sur Europe 1 le ministre de l'Economie, ayant annoncé dans Les Echos que la dette publique de la France bondirait à 112% du produit intérieur brut à la fin de l'année en raison des diverses mesures de soutien à l'activité prises pour aider les entreprises et les salariés à surmonter la crise. "Cet endettement doit être provisoire et nous devons le plus rapidement possible, dès que l'économie pourra redémarrer, réduire cette dette", a-t-il poursuivi. 

Une décision inéluctable mais pas forcément catastrophique pour l'économiste : "Tous les gouvernements, sauf aux Etats-Unis, font ce qu'il faut, à savoir augmenter leur dette. Il faudra le faire quelques temps encore. La situation ressemble à celle des années 1930, on craint une inflation alors qu'on s'oriente sans doute vers une déflation, avec des prix qui baissent beaucoup. Dans notre cas, beaucoup de liquidités vont circuler. C'est une bonne chose."

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Du changement dans les comportements

Au-delà des répercussions économiques, face à l'état du monde, quid de notre mode de vie ? Une sorte de frugalité pourrait-elle peser sur nos comportements ? : "Le confinement accélère une mutation qui était en cours" constate Daniel Cohen. "On est en train de découvrir une nouvelle façon d'exister, les abonnements numériques ont explosé. Les milliardaires ont perdu des fortunes. L'économie s'est réorientée vers Netflix et Amazon. C'était déjà le cas, mais le confinement a accéléré le phénomène. Comme celui du télétravail. Sans doute y aura-t-il une rupture indiscutable dans nos façons de consommer et de travailler. On va décider de sacrifier à la vie économique un certain nombre de choses. C'est bien le retour à l'emploi qui rend nécessaire la sortie du confinement. Malgré une possible seconde vague à la rentrée... On s'oriente vers un scénario à la coréenne, avec du testing, des masques, du tracking. Et c'est l'impératif économique qui détermine ça."

L'économie numérique, celle des GAFA, vit sans doute un coup d'envoi. Elle est là depuis une dizaine d'années, elle va s'amplifier.- Daniel Cohen, économiste

A long terme, peut-on espérer une reprise économique après la fin du confinement ? "Au départ, on pensait que dès la fin de la crise, la consommation repartirait, pour effacer les trois quarts de cette récession. Mais on voit que ce sera long, progressif. La contrainte économique agira alors que la crise sanitaire ne sera pas terminée. Le retour s'annonce très, très, très difficile. Tout va dépendre de la situation sanitaire. Probablement que le moral n'y sera pas (en sortie de confinement), que les vacances seront perturbées. Les gens ne vont pas retrouver cet enthousiasme de consommer, les conditions de production seront difficiles. Il va y avoir un retour en U ou en L. On aura des grands groupes comme Air France ou des groupes hôteliers qui auront beaucoup de mal à retrouver le chemin de la solvabilité."

Quant à l'avenir du capitalisme, l'économiste ne pense pas qu'il va disparaître : "Le capitalisme mondialisé, celui qui fait aller très loin pour faire baisser les prix, a pris un coup dans la figure. Il va rétrécir. La chaîne de valeurs va se reterritorialiser. En revanche, l'économie numérique, celle des GAFA, vit sans doute un coup d'envoi. Elle est là depuis une dizaine d'années, elle va s'amplifier." 

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