Confinement : Stoïques ou au bout du rouleau, vous nous avez raconté l’ascenseur émotionnel que vous vivez

Confinement : Stoïques ou au bout du rouleau, vous nous avez raconté l’ascenseur émotionnel que vous vivez
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VIE DE CONFINES – Est-ce que, comme la misère, le confinement serait 'moins pénible au soleil" ? Si les photos de Parisiens profitant de vastes jardins a pu en agacer certains, la réalité n'est pas toujours aussi simple. Et pour d'autres, ce sont des situations familiales difficiles, que le confinement n'arrange pas.Vous nous avez raconté.

"Je pleure tous les matins. Tous les matins, je me dis : et si on partait ? Et puis je me reprends, je m’habille, et m’occupe de mon fils. Non, mais ça va aller…" Corinne, parisienne du 17e , ne vit pas bien les premiers jours du confinement. Un appart de 60 mètres carrés, avec fenêtres sur cour, peu de lumière, un fils et un conjoint affecté à domicile Son activité s’est effondrée, elle étouffe, besoin d’air, tente de faire face. Ressasse un peu ce choix, auquel elle a renoncé, celui de migrer dans le sud, à Sanary, dans la maison de ses parents. Une grande et belle maison, avec vue sur la mer. Sauf que son père est âgé, malade, et qu’elle n’a voulu prendre aucun risque. A l’inverse, sa sœur s’est moins posé de questions, et a débarqué, avec ses deux enfants, faire sa quarantaine dans la grande maison. "Tous les jours, je me demande si j’ai bien fait, d’autant que mon père voudrait m’avoir près de lui", dit Corinne. "Et je reçois des photos de ma sœur, dans le transat dans le jardin… Je deviens folle !"

Alma, elle, dans son appartement parisien de 50 mètres carrés, son mari et ses deux enfants, tique avec un peu d’amertume sur les photos de cousins, réfugiés à Toulon, au bord de la piscine. "J’ai déconnecté les réseaux sociaux", dit-elle. "On vit des réalités si différentes que ça ne sert à rien de s’infliger cela." A l'inverse, Noémi qui a trouvé refuge chez ses parents dans une maison avec jardin, se retient d’envoyer des photos, "à moins que l’on ne me demande" : "Je sais que tout le monde n’a pas cette chance, et à quel point cela peut être dur. C'est juste de la pudeur."

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Ce confinement, c’est évident, chacun le vit différemment. Il fait surgir de nouvelles lignes, largement entretenues par les réseaux sociaux, qui nous mettent sous la yeux la réalité de l’autre, forcément embellie. Et se mêlent divers sentiments. D'amertume, peut-être envers ces citadins exilés, de la part de ceux qui sont restés ; d'injustice, aussi, pour les bons élèves, qui respectent les règles et un confinement strict, en voyant ceux qui s'en affranchissent en se croyant en vacances, sentiment d’un décalage de réalité. D'envie... 

La semaine dernière, plusieurs "journaux de confinement", rédigés par des écrivains ont entretenu ce décalage "gênant" et suscité les  colères ou les  sarcasmes.

Pas de balcon, pas d’espace, pas de jardin, c’est très dur d’être enfermé dans de telles conditions- Mathilde, dans le Bas-Rhin

C’est aussi que derrière tout cela, des histoires compliquées, pesantes, se dessinent, pour beaucoup. Mathilde, dans le Bas-Rhin, nous raconte ainsi son confinement dans 65 mètre carrés avec 6 enfants de 16 à 3 ans et un enfant en trouble autistique. "Pas de balcon, pas d’espace, pas de jardin, c’est très dur d’être enfermés dans de telles conditions, sans aucun moyen de prendre l’air correctement à part aller à la fenêtre", nous raconte-t-elle. Elle occupe les enfants avec les devoirs, de la cuisine, mais ce manque d’espace joue cruellement.  "Nous sommes les uns sur les autres, et même si nous réussissons à avoir des moments calmes, chaque jour ce sont des cris, des pleurs. C'est une prison pour nous. Je sais que c’est important d’être confinés, mais chaque jour c’est de plus en plus dur."

Caroline, est infirmière de 45 ans en milieu hospitalier en périphérie de Metz, mère de quatre enfants, dont deux jumeaux autistes de 18 ans. Elle travaille de nuit, mobilisée contre le coronavirus, et la journée s'occupe de ses enfants : son mari est officier dans l’armée. Ses jumeaux, habituellement dans des instituts spécialisés, sont revenus à la maison quand la structure a fermé. Et ils vivent très mal le fait d’être enfermés, sans aide spécialisée. "Le confinement engendre de nombreux troubles du comportement pour mes jumeaux qu’on ne peut pas sortir comme on le devrait : destruction du matériel, insomnies, violence physique envers les autres et envers eux-mêmes… " Forcément, dans un espace contraint, ces tensions pèsent sur les deux autres, qui essaient de travailler. Et sur elle. "Je ne peux plus me reposer, je suis épuisée physiquement et moralement mais je ne peux pas me permettre d’être en arrêt de travail vu la situation actuelle", poursuit Caroline. 

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Ascenseur émotionnel

Car les difficultés liées à l’enfermement ne sont pas liées qu’à l’espace... Elles sont aussi, et très largement, mentales. "Le confinement commence franchement à me déprimer", raconte Yoann, qui vit en région parisienne,  région qu'il cherche à quitter depuis des années. "Je vis très, très mal le fait de devoir me priver de ma voiture et de partir sur les routes de France visiter mon pays." Il tente de lutter, "je fais du sport à la maison, je reprends un peu les jeux de société, un peu les jeux vidéo ... Mais rien ne vaut la liberté totale. Mon travail me manque, ne pas bosser depuis 6 jours ça me paraît une éternité."

 Même avec un jardin. Une instagrameuse a ainsi confié, il y a quelques jours sur son compte, voir ses émotions "bouleversées avec le confinement". Dans un long post, elle parle des hauts et bas qui surviennent si vite, de plus en plus. "Hier matin, je prenais du recul sur cette première semaine et était même enthousiaste au téléphone avec mes parents  et à peine quelques heures plus tard, la dégringolade. J’ai senti monter une espèce d’angoisse mêlée à une colère indescriptible". Espoirs, suivis de chute de moral, perte de sommeil, fringale nocturnes... 

Sauf que cette confession a aussi soulevé des vagues de commentaires critiques. "Ce serait faire preuve d’empathie et de décence, et de ne pas narguer les gens qui sont confinés dans des petites espaces en ville", écrit une internaute en réponse. Autant de réactions qui ont poussé l’instagrameuse à faire une coupure de réseaux sociaux. "Je perçois des tensions à chaque fois que je poste", écrit-elle. "C’est compréhensible, au vu du contexte, mais ces attaques m’affectent". Car derrière le sourire et la photo ensoleillée, derrière la vitrine, elle raconte aussi avoir de vraies difficultés : elle est indépendante, et ne bénéficie d’aucune indemnité, malgré l’écroulement de son activité. 

Des hauts et des bas

Ce sont des dizaines de témoignages, jardin ou pas, qui confessent des crises d’angoisse, cette "impression de tourner en rond dans mon bocal" ; ce "coup de mou". C’est cette internaute qui raconte "passer par des phases maniaco-dépressive, avec la charge mentale de la mère de famille qui ne doit pas flancher" ; ou cette jeune maman qui parle de "ses crises d’angoisse au moment du coucher, quand tout le monde dort et qu’elle imagine le pire" ; cette troisième qui évoque "les émotions qui s’emmêlent, un sentiment d’impuissance" : "J’essaie de relativiser mais il est normal d’avoir des moments d’angoisse, ça devient vite anxiogène… Et puis on se relève et on avance, on s’habille et se coiffe". C'est encore cette autre qui "a l’impression d’être bipolaire : motivée, on ne voit pas le temps passer, et tout d’un coup, on va tous crever !" Enfin, cette mère de famille qui se questionne : "Je me suis sentie envahie par la mélancolie hier, envie de rien. Alors que nous sommes en famille, avec nos trois enfants, en maison avec jardin... Ce qui m'a poussé à cette réflexion: sommes sous trop gâtés ? Manquons-nous d’adaptabilité ?" "On est tous embarqués dans un ascenseur émotionnel et parfois on perd le contrôle", analyse de son côté Marie. 

Il faut absolument se protéger des pensées toxiques- Pascale, sur Twitter

Face à ça, chacun réagit comme il peut. "Moi pour éviter ce décalage, j’ai choisi de couper Facebook, je ne supporte plus les commentaires désagréables, et je me contente de regarder les infos de 20 h", raconte Melly. Pascale abonde sur Twitter : "Il faut absolument se protéger des pensées toxiques en même temps que du virus dans la période actuelle. Il faut se déconnecter des réseaux sociaux, il en va de notre santé mentale !" D’autres ont totalement banni les informations, jugées "trop anxiogènes". Hélène, elle, s’active, pour faire oublier les hauts et les bas : "Aujourd’hui j’ai nettoyé, lavé, procrastiné au soleil fait du vélo d’appartement… "  

Tandis que des résistants, tentent, vaille que vaille, de capter la douceur du moment présent. "Je me suis confinée chez mon papa parce qu'il est malade et veuf", nous raconte Giueseppe. "Depuis que je suis là il va légèrement mieux, la solitude est plus facile à supporter. Je ne sais pas comment va être l’avenir alors je profite de l’instant présent avec lui et je me fais d’énormes souvenirs pleins d’amour paternel." Myriam, elle, a réussi à ménager des moments de décompression avec les enfants, une fois sortie de "la galère des devoirs" : "Bataille d’oreillers, danses en chansons… Nous créons  des moments de folie avec les enfants pour décompresser un peu... Et moi qui détestait les courses savoure maintenant cela comme un vrai plaisir…  !"  Carole, elle, appelle à relativiser. "Je sais que cela peut-être angoissant, mais ce n’est que pour une durée limitée. Certains le vivent pratiquement 365 jours et tout le monde s'en moque : les personnes âgées parfois malades abandonnées par les familles, les handicapés par manque d'accessibilité, les malades enfermés dans des petits appartements.... Et pourtant, ils s'en sortent seuls, sans pleurnicher et sans aide." Trouver des petites fenêtres d’évasion, chacun à sa façon. 

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