Contre la PMA, ces catholiques manifesteront dimanche... sans trop y croire

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REPORTAGE - À quelques jours de la mobilisation du 6 octobre organisée par la Manif Pour Tous, que pensent les catholiques de France de l'ouverture de la PMA à toutes les femmes, désormais votée par les députés ? Reportage à l’église de Sainte Jeanne de Chantal, Porte de Saint-Cloud, à la sortie de la messe dominicale.

"Sur le pavé, à chaque fois." Lorsqu’il s’agit de "défendre le socle familial", Hélène est de toutes les manifestations et ce, depuis 2012 et les premiers balbutiements de la Manif Pour Tous. Le 6 octobre prochain, cette quadragénaire compte aller en famille, avec son mari et ses deux enfants, au rassemblement organisé par le mouvement de Ludivine de La Rochère, en opposition à l’ouverture de la Procréation Médicalement Assistée (PMA) à toutes les femmes. "Un enfant a droit à un père et une mère. Ce que l’on est en train de proposer annihile complètement le rôle de parent, c’est une destruction de la famille", explique la mère de famille en attendant patiemment, malgré la bruine, que son aîné sorte de l’église Sainte-Jeanne de Chantal. 

Il est 11h30 passé ce dimanche d'automne à la Porte de Saint-Cloud, lorsque la cloche sonne la fin de la messe. De l’église en béton à l’architecture des années 30, en sort très vite une salve d’enfants en tenue dominicale et des familles, habituées des lieux ou venues pour l’occasion : "C’est la rentrée des scouts", explique une femme, assise sur un banc. Beaucoup ont à la main le dépliant vert du calendrier de la paroisse, qui indique la mobilisation à venir. "Révision des lois bioéthiques : manifestation du 6 octobre à Paris. En lien avec les Associations Familiales Catholiques Paris XVI Sud, un départ pour se rendre à la manifestation aura lieu de la paroisse. L’horaire sera communiqué prochainement", peut-on lire au dos du tract. Le 16 septembre dernier, le président de la Conférence des évêques de France (CEF) avait estimé que les catholiques avaient "le devoir" de manifester contre le projet de loi. Rétropédalage le lendemain du porte-parole de la CEF qui déclarait au Parisien : "Il ne nous appartient pas d'appeler à manifester ni de jeter l'opprobre sur ceux qui iront. Se manifester oui, aller manifester le 6 octobre, ce n'est pas à nous de le dire."

Dans cinq ans, des manifestations en faveur de la GPA seront organisées. Et c'est ça notre problème.- Jérôme, catholique et père de famille

Reste que sur le parvis ce dimanche-là, tous expriment leur opposition à la PMA et comptent se déplacer pour l'occasion. Pour certains, c’est l’extension de la pratique aux femmes célibataires qui pose problème. Tel est le cas de Mathilde, 35 ans, qui, "en tant que mère de famille", ne peut cautionner cela. D’autres, et c’est ce qui revient le plus souvent, croient dur comme fer que la PMA conduira inévitablement à la légalisation de la Gestation Pour Autrui (GPA). "On sait que dans cinq ans, des manifestations en faveur de la GPA seront organisées. Et c’est ça notre problème", explique Jérôme, la quarantaine, accompagné de sa femme et d’une amie. 

Car la rengaine "PMA = GPA" véhiculée par le mouvement de la Manif Pour Tous prend tout son sens parmi ses adhérents. Pour un vieux monsieur, habitué de l’église Sainte-Jeanne de Chantal qui a souhaité resté anonyme, la PMA serait ainsi "une voie vicieuse dans le domaine anthropologique, qui mène à la GPA et à tous les abus". Le raisonnement de certains opposants est le suivant : si toutes les femmes ont la possibilité d’avoir des enfants, les hommes, hétérosexuels comme homosexuels, s’arrogeront de ce droit aussi un jour. Hélène le garantit, "depuis le PACS, tout était écrit. Comment, après, ils ne pourront pas donner la GPA ? Il y aura un problème de discrimination, c’est ça le cœur du sujet."

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Le gros problème, c'est que tout a déjà été décidé.- Hélène, catholique et mère de famille

Mais devant la paroisse ce dimanche matin, l’ambiance est plus à la résignation qu’à la mobilisation. "On a été de toutes les manifestations précédentes, cette fois-ci sans doute pas", confie Jérôme. "Plus pour un problème de calendrier, et puis pour l’impression que ça ne sert à rien." Ce père de famille n’est pas le seul à avoir le sentiment de ne pas être écouté. Les opposants à la PMA n’entretiennent plus le même espoir que lors du combat contre le mariage pour tous de vaincre la loi par la rue. Probablement aussi à cause du faible écho de la mobilisation actuelle, sans comparaison avec celle d’il y a sept ans. Et Michel, 85 ans, le concède lui-même : "On ne sent pas dans l’opinion publique un mouvement aussi fort."

Ce sentiment que rien ne fera bouger les lignes, Hélène l’a également : "On nous donne des voix pour nous exprimer, comme des pétitions, et ils n’en ont rien à faire. Le gros problème, c'est que tout a déjà été décidé." La mère de famille espère tout de même que la mobilisation du 6 octobre atteindra le million de manifestants, malgré son scepticisme affiché. "On verra si Macron est sensible à la mobilisation, mais je ne suis pas sure que ça serve à grand-chose."

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