Coronavirus : comment l'aide aux sans-abri, "chamboulée", continue malgré tout

En cette période de crise, l'aide aux personnes les plus démunies reste indispensable. À cause des précautions sanitaires exigées, l'organisation des associations n'est pas plus simple.

REPORTAGE – Avec le confinement et les mesures préventives mises en place face au coronavirus, les personnes sans-abri sont très impactées. Les associations tentent de maintenir l’aide alimentaire, mais dans un cadre chamboulé. Un appel aux bénévoles est lancé : les bonnes volontés sont les bienvenues.

Mercredi soir, parvis de la gare de l’Est. L'heure est au confinement et pourtant, un petit attroupement se forme. C’est la distribution de repas des Restos du cœur. Pas loin du camion blanc, une file de sans-abri commence à grossir. Car oui, et heureusement, l’aide alimentaire continue malgré la crise du coronavirus. Mais son organisation est évidemment chamboulée.

Les bénévoles chargés de donner les repas sont là. Mais les retrouvailles et bisouillades habituelles ont fait place à un accueil plus distancié. Un cercle se forme en leur sein où chacun est éloigné d’un mètre, certains avec des écharpes ou des masques sur la bouche. Beaucoup de jeunes, ce soir. Certains sont des habitués comme Noémi, bénévole depuis des années. D’autres ont choisi de ne pas venir, souvent parce qu’ils sont plus âgés. Mais quelques-uns sont là en renfort. Comme Karine, colocataire d'une bénévole. "J’étais enfermée chez moi, je tournais en rond. Ma coloc m’a dit qu’il y avait besoin d'aide, et c’est aussi l’occasion de sortir, de voir du monde." Sophie, elle, est là parce que son association, Entourage, qui met en relation des personnes à la rue et des citoyens, a dû arrêter ses activités. Du coup, elle est venue proposer ses bras là où elle le pouvait. 

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Car la crise du coronavirus touche aussi, à tous niveaux, les associations d’aide aux plus démunis : nombre de bénévoles, âgés, qui se mettent en retrait, et nécessité d’adapter tous les services aux nouvelles normes de sécurité. Du coup, depuis le début de la semaine, des ajustements se font pour maintenir le noyau essentiel, l’aide alimentaire. 

Sur le trottoir de la gare de l’Est, ça flotte un peu, au départ. Il faut disposer les tables différemment, changer les stands, la manière de distribuer. Le chef d’équipe patauge légèrement, puis tranche : les tables seront dans ce coin, en les assemblant pour maintenir une distance. Il lance aussi une chaîne de bénévoles pour préparer les paquets : car désormais, plus de repas chauds préparés en cuisine et servis à l’assiette. Ce sont des sacs qui sont distribués, tout faits, remplis de sandwich, salade, dessert, bouteille d’eau, d’une ou deux boîtes de conserves. Les stands de café, thé, lait chaud ou céréales, ainsi que l'eau froide, ne sont plus disponibles. Tout comme les distributions ordinaires de tickets de cinéma ou de vêtements. 

Des distributions chamboulées

Une des idées de ces mesures est d’éviter les attroupements : car habituellement, les personnes accueillies mangent sur place et restent, assises sur un coin de banc ou en cercle, à discuter, pour profiter d’une certaine convivialité. Ce soir, une fois servies, elles sont invitées à quitter le site. Ce qui n’est pas toujours évident à comprendre pour ceux qui viennent aussi trouver un lien social. Dans la file d’attente qui s’étire, il est également délicat de faire comprendre les distances de sécurité… "Certaines personnes à la rue n’ont pas forcément les informations, ne comprennent pas ce qu’il se passe", explique Yves Mérillon, administrateur national des Restos du cœur, à LCI. "D’autres, qui ne parlent pas bien français, ont du mal à comprendre les gestes barrières…" Et, sur le terrain, ils font comme d’habitude : ils se pressent autour des bénévoles qu’ils connaissent, cherchent le contact sympathique, leur parlent de près, ne comprennent pas ce sac qu’on leur met si rapidement dans les mains, et cette distance imposée. Dur.

Depuis le début de la crise, Yves Mérillon est donc sur le front, à tenter d’éteindre les incendies qui s’allument à gauche et à droite, pour rétablir un semblant d’équilibre dans tout ça. "Nous avons tous été un peu perturbés par la rapidité de la mise en place des mesures", soupire-t-il. "Nous avons connu les mêmes problèmes dans nos centres de distribution, et pour nos autres activités comme les cours de français, le conseil budgétaire, ou encore l’accompagnement dans les démarches administratives. La décision a été prise de se concentrer sur ce qui était considéré comme la priorité : l’alimentation des populations, et nous avons mis en stand-by toutes les autres activités."

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L’objectif est de les aider à les sortir de la galère et qu’ils n’aient plus besoin de nous. Tout est reporté- Yves Mérillon, administrateur aux Restos du coeur

Et pour que la sécurité soit optimale pour les bénévoles et les équipes accueillies, sur ce qui restait ouvert, tout a été revu. Pour les distributions sur le terrain, ce sont donc désormais des sacs. "Dans nos centres de distribution, où viennent les gens qui ont un logement et peuvent cuisiner chez eux, d’habitude il y a un accueil, on offre un café, une viennoiserie, on discute un peu avant la distribution, où ils ont le choix un minimum entre les produits", raconte Yves Mérillon. "Là, on essaie de mettre en place un système où l’on prépare les paquets à l’avance. Ce qui veut dire que les gens n’ont plus le choix. C’est malheureux, mais l’idée est qu’ils restent le moins longtemps dans le centre. Je ne peux pas vous dire que la situation est parfaite, mais ce sont les orientations que nous essayons de mettre en place sur le terrain."

Tout ça ne se fait pas sans pots cassé, notamment avec la perte de ce lien social si cher aux bénéficiaires. Ce dont se désole Yves Mérillon. "Notre principe fondamental aux Restos est de considérer que l’aide alimentaire est une aide d’urgence, mais aussi une porte pour entrer dans une action de longue durée avec les personnes en nécessité, où on va les aider, que ce soit pour de l’administratif, trouver un logement, des problèmes de santé. L’objectif est de les aider à les sortir de la galère et qu’ellse n’aient plus besoin de nous. Et le côté dramatique de la situation aujourd’hui, c'est qu’on est obligé de réduire nos activités à leur plus simple expression. Tout le reste est reporté."

Un appel à tous ceux qui veulent aider

Toutes les associations de lutte contre l'exclusion sont confrontées à de semblables casse-têtes. Le Samu social a redéployé ses personnels, et réussi à maintenir ses activités : plateforme téléphonique (115), maraudes, centres d'hébergement et de soins. Mais d’autres ont dû suspendre une partie de leurs actions, notamment par manque de bras. Le Secours populaire de Paris, qui pointe l'"isolement accru" de ceux qui vivent dans la rue, se concentre ainsi sur l'aide alimentaire et envisage des solutions comme le portage des repas à domicile. La Croix-Rouge française a également suspendu certaines activités pour prêter main forte au Samu dans l'orientation et le transport des malades. Elle planche sur la création d’une conciergerie solidaire, pour apporter les produits de première nécessité à ceux qui sont à l'isolement, chez eux. Les associations continuent en parallèle d’alerter le gouvernement sur la précarité, la solitude, encore renforcée avec la crise, de ces profils. Le nombre de SDF en France est estimé à 250.000.

Surtout, un appel collectif est lancé, un appel aux bras, aux bonnes volontés, au bénévolat. Pour renforcer les équipes et pouvoir continuer l’activité. "Tout le monde est accueilli !", précise Yves Mérillon. "Toutes les compétences sont bonnes à prendre. Si vous avez le permis, pour conduire les camionnettes de livraison, ou pour aider à la logistique, à la préparation des sacs." Et si les bras vous manquent, l'aide peut être plus pragmatique : "Les gens peuvent aussi faire des dons financiers, car nos besoins sont plus aigus avec les paniers repas ou les précautions sanitaires qui occasionnent des dépenses supplémentaires. Et si des entreprises ont des des stocks de masques, de gel hydroalcoolique, nous en manquons. Toute aide est la bienvenue !"

> Pour aider, c'est par ici : 

Pour contacter les Restos du coeur

Pour contacter la Croix-Rouge

Pour contacter le Secours populaire

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