Distanciation, hygiène : les mesures sanitaires seront-elles applicables dans les écoles ?

Distanciation, hygiène : les mesures sanitaires seront-elles applicables dans les écoles ?
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EDUCATION - Jean-Michel Blanquer doit officialiser le protocolaire sanitaire destiné à encadrer la réouverture des écoles à partir du 11 mai. Des normes particulièrement exigeantes qui seraient "inapplicables" en l'état, notamment dans les maternelles, pointe une porte-parole du Snuipp-FSU contactée par LCI.

Remettre les enfants à l'école, oui, mais comment ? Jean-Michel Blanquer devrait officialiser dans les prochaines heures le protocole sanitaire prévu pour permettre la réouverture des écoles du pays à compter du 11 mai prochain. Des guides de bonne pratique extrêmement exigeants, dont LCI a pu consulter la version provisoire, qui détaillent sur plusieurs dizaines de pages les conditions d'arrivée, d'accueil, de circulation des élèves dans l'établissement, les règles d'hygiène et de distanciation qui devront régir l'enceinte scolaire durant les semaines suivantes. 

Le protocole ainsi rédigé devait répondre aux exigences pressantes des syndicats d'enseignants, des élus locaux souvent sceptiques sur la nécessité de rouvrir les écoles, mais également des parents d'élèves, profondément partagés sur le choix de renvoyer ou non leurs enfants en classe avant l'été. 

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"Inapplicable en l'état" ?

Malgré la préparation de ces guides, les doutes assaillent toujours le corps enseignant, tout particulièrement dans les territoires où la circulation du virus reste forte, classés en rouge selon la nouvelle nomenclature de la Direction générale de la santé. C'est le cas notamment de l'Ile-de-France. 

"En l'état, ce protocole nous semble inapplicable à Paris", réagit ainsi, auprès de LCI, Elisabeth Kutas, secrétaire départementale du Snuipp-FSU 75, un syndicat qui s'oppose à la réouverture dès le 11 mai dans la capitale, jugeant que la situation sanitaire ne le permet pas. Elle cite plusieurs mesures qui incluent les classes maternelles, comme le fait de ne partager aucun matériel avec les autres enfants, l'obligation de distanciation sociale ou encore le fait de devoir organiser des files d'attente lors du passage aux toilettes. "On voudrait que des enfants de 3 à 5 ans restent pendant une heure en classe, sans matériel, sans possibilité de les toucher ou de les prendre dans les bras s'ils pleurent. Cela est possible pour des élèves de CM2... Mais là encore, pas pendant dix heures. On nous recommande des choses qui vont à l'encontre de l'enseignement. Si c'est inapplicable, pourquoi ouvrir les écoles ?" 

"On nous dit que lorsqu'un livre a été lu par un enfant, il faudra laisser le livre au repos cinq jours avant qu'un autre enfant puisse le toucher", a également témoigné, sur Europe 1, une directrice de maternelle en région parisienne. "Cela semble assez irréalisable et cela nous inquiète réellement sur l'état sanitaire dans lequel nous nous trouvons."

"Limiter leurs déplacements, les croisements, obtenir le respect d'un "sens de circulation" dans la classe : tout enseignant en maternelle vous dira que ce n'est pas possible", a également réagi un contributeur du site spécialisé Café pédagogique. "Pour les primaires en général, toutes les activités, récréations, déplacements, passages aux toilettes, sont sources de rapprochements inévitables. Et le non respect de la distance avec les adultes l'est tout autant. L'accueil de moins de 10 enfants de soignants l'a déjà démontré."

Dans certains établissements, les enseignants pointent également l'exiguïté des locaux, qui rendrait impossible de regrouper 15 élèves par classe sans enfreindre les règles de distanciation prévues - soit un mètre entre chaque table. Autre mesure jugée irréaliste pour les plus jeunes élèves : l'obligation de se laver les mains une dizaine de fois par jour, avant l'entrée en classe, avant et après le passage aux toilettes, à la cantine ou encore après une activité manuelle. 

Appel à la concertation

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Pour Elisabeth Kutas, si la réouverture des écoles élémentaires peut être envisagée avant les vacances d'été, il faudra en passer par une concertation locale et décider en fonction de l'évolution de la situation sanitaire. La situation pose une autre question, pour l'instant sans réponse à ses yeux : quelle sera la capacité d'accueil réelle des établissements, et quel effectif sera en mesure de prendre en charge les élèves ? A Paris, la municipalité a d'ores et déjà indiqué que les enfants ne pourront pas tous revenir en même temps à l'école, priorité étant donnée aux parents devant impérativement retourner au travail et aux enfants subissant le décrochage scolaire. 

La question de la réouverture est également posée dans le second degré, où un guide spécifique va régir les collèges. "Le ministère et les collectivités doivent très rapidement préciser les angles morts du protocole sanitaire", a jugé, jeudi, le Snes-FSU. "Les personnels doivent pouvoir vérifier, et contester le cas échéant, la bonne application de ce protocole. Si les conditions ne sont pas réunies, un établissement ne peut pas ouvrir."

En attendant l'officialisation des guides, les élus locaux se montrent eux aussi particulièrement prudents avant d'apporter leur blanc-seing à une ouverture des écoles élémentaires. "Les maires veulent être des acteurs de l'écriture du protocole sanitaire", a prévenu à ce titre le président de l'Association des maires de France, François Baroin, qui a adressé une lettre en ce sens à Jean-Michel Blanquer. Certains départements, communautés de communes ou municipalités ont d'ores et déjà fait savoir qu'elles n'envisageaient pas, protocole ou non, d'ouvrir les établissements dès le 11 mai. Reste à savoir quelle latitude le gouvernement laissera à ces élus, pour décider ou non d'ouvrir les classes. 

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