Les places en réanimation, des structures particulièrement exigeantes en moyens matériels et humains

Les places en réanimation, des structures particulièrement exigeantes en moyens matériels et humains
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ORGANISATION - Pour faire face à la crise sanitaire, le gouvernement souhaite faire passer le nombre de lits de réanimation de 5.000 à 14.000 unités. Un effort qui pose la question des équipements et de l'encadrement humain, particulièrement exigeant pour ce type de soins.

Des services de réanimation qui saturent, y compris en Ile-de-France. Lors d'un point de situation, dimanche soir, le directeur général de la santé Jérôme Salomon a indiqué que 4.632 personnes étaient hospitalisées en réanimation, soit 359 nouveaux patients en 24 heures. 

En région Ile-de-France, la capacité normale, soit près de 1200 lits, était déjà à saturation jeudi dernier et les autorités cherchaient à débloquer des capacités équivalentes à 1000 lits supplémentaires, y compris en faisant appel au secteur privé. 

Nerf de la guerre contre le Covid-19, les services de réanimation doivent impérativement augmenter leur capacité dans les jours qui viennent. Au niveau national, le gouvernement a l'ambition de la faire passer de 5.000 places avant la crise sanitaire à 14.000 places. Or, qui dit lits de réanimation dit aussi équipement médical spécifique et moyens humains importants. 

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Quels sont les équipements requis ?

La Fédération de la Réanimation a publié en 2011 un "référentiel" comprenant 300 recommandations pour l'organisation des unités de réanimation. 

Ces très nombreuses recommandations comprennent des exigences géographiques (proximité des urgences et du plateau technique d’imagerie et de chirurgie, chambres individuelles, unités comprenant au moins huit lits, espaces dédiés aux personnels et à l'administration...). Chaque unité de réanimation doit en outre comprendre un PC de surveillance pour 8 à 12 lits.

Selon ce référentiel, la chambre de réanimation doit disposer d'une surface minimale de 25 mètres carrés, être équipée d'un point d'eau séparé, chauffée entre 20 et 25 degrés, avec un dispositif spécifique de renouvellement de l'air. 

Sur le plan des équipements, l'unité de réanimation devrait être dotée d'appareils permettant de faire des examens biologiques "délocalisés" et avoir accès à un établissement de transfusion sanguine. Une chambre "standard" est dotée d'une série d'équipements incontournables, parmi lesquels le moniteur de surveillance multiparamétrique, les modules de fréquence respiratoire, de pression artérielle, de surveillance de la température et un ventilateur lourd. Une unité de réanimation de dix lits doit comprendre un ventilateur de transport, un ventilateur non-invasif (VNI), du matériel pour intubation difficile ou encore un défibrillateur. 

Face au Covid-19, la Société de réanimation en langue française (SRLF) a en outre recommandé, début mars, la mise à disposition de chambres "avec isolement maximal (chambre en pression négative ou avec traitement de l’air portatif)".

Un encadrement humain important

La prise en charge des patients souffrant du Covid-19 met les personnels fortement sous tension, en particulier dans les services de réanimation. Au regard des standards recommandés en période "normale", on peut mesurer l'étendue des besoins. 

En France, le dispositif est régi par le décret du 7 avril 2002, complété par une circulaire du 27 août 2003. Le référentiel de la Fédération de la Réanimation précise ce dispositif, en indiquant notamment les besoins en termes de personnels non médicaux. Sur le plan managérial, le médecin responsable de l'unité gère l'organisation du service. Chaque unité doit en outre comprendre un cadre de santé ayant la formation d'infirmière en réanimation, le nombre de cadres étant "à adapter en fonction du nombre de lits", selon une rotation de travail recommandée de 12 heures. Le cas échéant, le personnel intérimaire "ne peut être utilisé que s'il a été formé à la réanimation".

L'unité comprend ainsi - hors réanimation pédiatrique - "un ou plusieurs médecins qualifiés compétents en réanimation" et "un ou plusieurs médecins spécialistes ou compétents en anesthésie-réanimation". Une équipe doit en outre comprendre, 24 heures sur 24, une infirmière diplômée d'Etat pour quatre patients, une aide-soignante pour 4 patients, un kinésithérapeute formé à la réanimation pour 8 à 10 patients, un psychiatre 7 jours sur 7, sans oublier les agents dédiés à la propreté du service, également formés. 

Ces ratio constituent toutefois des indications générales, ne répondant pas spécifiquement à une crise de l'ampleur de celle que la France connaît actuellement. "La densité en personnel paramédical dépend de la charge en soins imposée à l’unité, elle-même fonction de la typologie de patients", précisait ainsi la SRLF dans ses recommandations de 2018

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En 2012, SRLF estimait les effectifs moyens, en France, à six médecins par service de réanimation. Le nombre de lits pour un seul médecin était plus élevé dans les CHU que dans les hôpitaux généraux et les établissements privés. Près de 36% des services déclaraient à l'époque, cependant, avoir au moins un poste vacant, et 7 services sur 10 faisaient appel à un médecin extérieur pour assurer la permanence de soins. 

Selon cette enquête, chaque service disposait en moyenne de 29 infirmières, le ratio allant de deux à plus de trois patients par infirmière, "le nombre de patients pris en charge par infirmière augmentant avec la capacité du service". Chaque service comprenait en outre en moyenne 17 aides-soignants (de 3 à plus de 5 patients par aide-soignante selon les services). 

Selon la carte actualisée par Santé Publique France, les services comptent à date 235 personnes en réanimation pour le Covid-19 dans le Bas-Rhin, 570 à Paris, 131 dans le Val d'Oise, 207 dans le Rhône, 149 dans les Bouches-du-Rhône. 

Des chiffres à comparer avec les statistiques en temps normal. En 2012, on comptait ainsi 104.723 patients admis en réanimation sur un an, soit 286 patients par jour en moyenne, toutes pathologies confondues, sur l'ensemble du territoire. 

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