Les pulvérisations dans les rues servent-elles vraiment à quelque chose ?

Une multitude de mairies, comme ici à Neuilly-Plaisance, ont mis en place des pulvérisations de l'espace public.
Population

À LA LOUPE – Une série de municipalités, à l'instar de Nice, se sont lancées dans des campagnes de pulvérisations pour tenter de désinfecter les rues. L'intérêt de telles pratiques reste néanmoins à prouver. Les autorités de Santé s'y montrent d'ailleurs peu favorables.

Que ce soit en Normandie, en Alsace, sur la Côte d'Azur ou en région parisienne, plusieurs villes ont mis en place des opérations de désinfection des rues, à grand renfort de pulvérisations. Les agents municipaux ainsi sollicités à Nice, Menton, Deauville ou encore Aix-en-Provence tentent de freiner la propagation du virus en luttant contre sa présence potentielle dans l'espace public.

De telles scènes ne s'observent pas qu'en France : des images impressionnantes ont en effet montré qu'en Chine, des villes entières ont été concernées par des manœuvres de désinfection de ce type. Ces initiatives permettent-elles vraiment d'agir efficacement contre le Covid-19, dont la durée de vie sur des surface inerte ou organiques reste encore incertaine ?

L'argument du principe de précaution

Montauban fait partie des villes où ces pulvérisations ont été mises en place. La maire Brigitte Barèges justifie cette décision par l'application d'un principe de précaution, même si elle avoue à France Bleu qu'elle n'est "pas compétente dans ce domaine". Quelle a été la solution retenue ? "J’ai cru comprendre que l’eau et le savon étaient déjà très efficaces, on a rajouté de la javel pour être plus sûr d’éliminer tout risque", rapporte l'édile.

L'argumentaire est similaire à Nice, où la municipalité a opté pour de l'eau de Javel fortement diluée, à la manière de ce qui a été observée à grande ampleur en Chine. Deauville a de son côté fait le choix d'un virucide commercialisé avant l'épidémie de Covid-19 et qui, dixit la municipalité, semble donner satisfaction. "En tous les cas, c'est ce qu'on nous dit", lance un adjoint à France 3.

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Ailleurs en France, les produits peuvent varier, parfois s'additionner, mais l'on retrouve régulièrement de l'eau de javel en faible concentration. Si son efficacité n'est pas à prouver, son impact sanitaire et environnemental reste lui à prouver. Anne Hidalgo et la mairie de Paris ont ainsi annoncé que les procédures habituelles de lavage des rues (avec de l'eau uniquement) restent en vigueur. 

"Une matraque pour écraser une mouche"

Si de nombreux élus hésitent ou renoncent à se lancer dans ces opérations de désinfection de l'espace public, c'est que leur efficacité reste encore très hypothétique. "Leur fondement scientifique reste encore largement questionné", reconnaît la Direction générale de la Santé (DGS) à LCI, indiquant que pour le moment, la seule certitude est que "les infos manquent". 

"On remarque néanmoins que de grandes quantités d'alcool ou de désinfectants inhalées peuvent constituer un éventuel danger pour les populations", indiquent l'autorité de Santé, qui déconseille pour l'heure ces pulvérisations "dont l'intérêt n'est pas avéré". Surtout, la DGS attend les conclusions du Haut Conseil de la santé publique, qui est saisi de la question. Le manque de données relatives à la survie du virus en milieu ouvert sur des surfaces inertes ou organiques laisse pour l'heure perplexe quant à l'utilité de ces désinfections. 

Jane Greatorex, virologue de l'université de Cambridge, fait partie des experts qui affichent une grande prudence. L'usage d'eau de javel, à ses yeux, revient à "se servir d'une matraque pour écraser une mouche". Son usage n'est d'ailleurs pas sans risque, pouvant causer des troubles respiratoires ou encore une irritation des muqueuses. 

En grande partie pour rassurer

Derrière ces pulvérisations, on peut voir la volonté des élus de rassurer la population. "Cela permet aux gens de sortir en toute tranquillité et en toute sérénité", explique-t-on ainsi du côté de la municipalité de Deauville. Un discours identique à celui tenu du côté de Sarcelles, dans le Val-d'Oise, où le maire socialiste a également choisi de procéder à ces désinfections de l'espace public.

Dans l'attente de retours détaillés quant à l'impact des pulvérisations, la DGS estime quant à elle qu'il serait préférable de se focaliser sur des points spécifiques du mobilier urbain, comme les arrêts de bus par exemple, ou des rambardes auxquelles pourraient s'accrocher des passants. Des éléments avec lesquels la population est susceptible d'entrer régulièrement en contact, en somme. 

Pour juger de la pertinence des pulvérisations, il faudra aussi observer d'éventuelles études d'impact dans le domaine environnemental. Si les agents municipaux passent généralement  les lieux désinfectés au jet d'eau dans le quart d'heure qui suit, on peut s'interroger sur les conséquences d'une dispersion d'eau de javel diluée dans la nature. Des oiseaux sont en effet susceptibles de picorer des graines aspergées au préalable de virucides ou d'autres produits.

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