1 mètre, 1 mètre 50 ou 2 mètres : pourquoi les règles de distanciation varient-elles selon les pays ?

Un mètre, un mètre cinquante ou deux mètres... D'un pays à l'autre, les recommandations des autorités de santé ne sont pas les mêmes en matière de distanciation physique. Alors à quelle distance sommes-nous réellement protégés ?
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À LA LOUPE – D'un pays à l'autre, les recommandations des autorités de santé ne sont pas identiques en matière de distanciation physique. En l'état actuel des connaissances, les experts indiquent que fixer une distance minimale s'avère délicat, ce qui peut expliquer des variations du simple au double.

Si les autorités préfèrent désormais employer le terme de distanciation physique plutôt que celui de distanciation sociale, l'espacement minimal recommandée entre chaque personne est resté le même en France : 1 mètre. Une consigne pas toujours facile à mettre en pratique, et qui interroge sur le plan logistique, que ce soit dans les écoles ou les transports à l'approche du déconfinement. 

A-t-on la certitude que ce mètre de distance apporte une protection suffisante pour réduire les risques de contamination ? Si l'on jette un coup d'œil chez nos voisins européens et dans le reste du monde, aucun consensus clair ne semble émerger, certains pays allant jusqu'à recommander de rester à 2 mètres des autres dans l'espace public. 

La France suit les directives de l'OMS

À travers l'Europe, les règles varient significativement d'un pays à l'autre. Outre la France, l'Italie a aussi opté pour une distanciation d'1 mètre, deux si l'on pratique une activité sportive. L'Espagne se montre un peu plus floue, évoquant pour sa part un éloignement de 1 à 2 mètres. Que ce soit en Suisse ou au Royaume-Uni, cette distance est doublée, et les autorités de santé préconisent 2 mètres. La Belgique ou l'Allemagne coupent de leur côté la poire en deux, en optant pour 1 mètre 50 de sécurité. 

Sommes-nous moins prudents dans l'Hexagone que nos voisins ? Interrogé sur la question, la Direction générale de la santé répond simplement que "la France se réfère à l’Organisation mondiale de la Santé", qui préconise 1 mètre au minimum. "Nous suivons les recommandations internationales validées." L'OMS, en effet, justifie sa position en expliquant que "lorsqu’une personne infectée par un virus respiratoire, comme le COVID-19, tousse ou éternue, elle projette de petites gouttelettes contenant le virus. Si vous êtes trop près, vous pouvez inhaler le virus."

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Aux Etats-Unis, l'agence fédérale en charge de la protection de la santé publique utilise les mêmes arguments pour justifier l'utilité de ce que les anglophones nomment le "social distancing", mais leurs conclusions diffèrent. En effet, outre-Atlantique, une distance de 2 mètres (6 pieds) est considérée comme minimale. 50 centimètres de plus qu'en Australie.

Un grand flou

La raison pour laquelle l'éloignement conseillé varie autant d'un pays à l'autre est simple : en l'état actuel des connaissances, les chercheurs n'ont pas encore une vision parfaitement claire de la manière dont se transmet le virus. Un manque de recul qui a fait dire à Jean-Luc Gala, professeur belge spécialiste des maladies infectieuses, que "1m50 de distanciation sociale, c’est de la foutaise".

Invité par la RTBF à développer quelque peu son propos, il a expliqué qu'il existe "plein de modèles de mobilisation extrêmement intelligents, notamment de société qui ont travaillé pour la navette spatiale, qui ont clairement montré que la diffusion du virus allait bien au-delà de ce fameux 1m50 […] Ce virus, selon les conditions climatiques, atmosphériques et environnementales, peut parfois se porter ou se transmettre jusqu’à sept ou huit mètres de distance. Donc, cette distanciation de 1m50, c’est bien, mais ce n’est pas suffisant."

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Les scientifiques font face à un défi de taille : s'il est prouvé que des particules peuvent être expulsées sur plusieurs mètres (lorsqu'une personne tousse notamment), ils travaillent encore pour déterminer la charge virale contenue dans les postillons. Celle-ci varie en effet certainement en fonction de la taille du postillon et de la quantité de virus que nous avons en nous. Les plus gros postillons sont suspectés d'être plus dangereux, mais ils sont aussi les plus lourds, et retombent au sol plus rapidement. 

Autant d'éléments à prendre en compte pour fixer une distance de sécurité minimale entre individus, mais qui ne sont sans doute pas suffisants. Les conditions dans lesquelles nous évoluons ont ainsi un impact, notamment si nous nous trouvons dans un endroit venteux. Il est aussi logique de penser qu'une personne de très grande taille, si elle tousse, aura de grandes chances de postillonner plus loin que sa voisine, beaucoup plus petite…

Les chercheurs sont mobilisés

En marge des recherches sur les traitements et les vaccins, des scientifiques se penchent sur les modes de transmission du Covid-19 et cherchent à résoudre cette équation aux multiples inconnues. La marge entre les recommandations de 1 à 2 mètres traduit les nombreuses informations encore manquantes pour comprendre les mécanismes à l'œuvre dans la propagation. 

À travers le globe, des expériences ont pourtant lieu pour combler ces lacunes, impliquant notamment la société Ansys. Cet éditeur américain de logiciel est spécialisé dans les simulations et les représentations numériques. Il a mis son savoir-faire à la disposition de chercheurs, membres des universités de Louvain et Eindhoven. Ensemble, ils ont abouti au constat qu'une distance minimale d'1 mètre 80 était à recommander, en se basant sur la trajectoire suivie par les postillons émis lorsque l'on tousse. Ansys a illustré ces travaux dans une vidéo qui permet de les visualiser.

Alors que l'on ignore à partir de quelle taille les particules cessent de se révéler dangereuses, les conclusions restent à prendre avec précaution. D'autant plus qu'à la fin mars, des experts du prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT) ont présenté des travaux qui interpellent. "En fonction des diverses combinaisons de physiologie et d’environnement d’un patient, telles que l’humidité et la température, le nuage de gaz et sa charge utile de gouttelettes porteuses d’agents pathogènes de toutes tailles peuvent se déplacer de 7 à 8 mètres", écrivent-t-ils.

Un plaidoyer pour le port du masque

Les règles de distanciation physique, variables d'un pays à l'autre, peuvent aussi évoluer en fonction de l'activité. Une personne à l'arrêt, assise sur un banc, ne devra ainsi pas respecter les mêmes distances de sécurités que des joggeurs en plein effort ou qu'un cycliste sur son vélo. La vitesse et la nature des mouvements sont à prendre en compte, tout comme le fait d'évoluer ou non à l'extérieur.

Des chercheurs ont planché sur la question et suggèrent qu'une distance de 10 mètres est souhaitable entre joggeurs, tandis que 20 mètres d'éloignement seraient à préconiser pour les cyclistes, en particuliers pour ceux évoluant à une vitesse soutenue. En milieu urbain, de telles consignes seraient sans nul doute très compliquées à faire respecter, si bien que les autorités se voient contraintes d'adapter leurs recommandations pour trouver le juste milieu entre sécurité et réalité de la vie en société. D'autant plus quand, comme à Paris, on cherche à encourager le vélo pour éviter la prise d'assaut des transports en commun. 

Le port du masque, dans ce contexte, reste plus que jamais recommandé. À défaut d'offrir une protection parfaite à celui ou celle qui le porte, il permet d'éviter la projection dans l'air des postillons et constitue une barrière efficace pour stopper la propagation du virus entre les individus. Rien d'étonnant donc à ce que les autorités de santé françaises conditionnent l'usage des transports à son port systématique dans la perspective d'un prochain déconfinement.  

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