Ces inconvénients qu’aurait présenté le déconfinement par région

Ces inconvénients qu’aurait présenté le déconfinement par région
Population

SCÉNARIO – Le déconfinement régionalisé, un temps envisagé, a été écarté par le gouvernement jeudi 23 avril et devrait être plutôt "adapté aux territoires". Souhaitée par des élus locaux, la levée des mesures par région présentait toutefois de nombreux inconvénients.

Si la mise en place du confinement était déjà un casse-tête pour le gouvernement, sa levée est d’un tout autre niveau. Progressif ou simultané ? Par région, par tranche d’âge, ou par secteur ? Ce jeudi 23 avril, l’exécutif a balayé l’hypothèse d’un déconfinement d’abord dans les régions moins touchées par l’épidémie. "Il n’y aura pas de déconfinement par région" mais "adapté aux territoires", a indiqué l’Elysée à la suite d’une visioconférence avec des maires et des représentants d'associations d'élus. Or, le flou persiste puisque quelques heures après l'annonce, l'Elysée a précisé à nos journalistes que si les régions ne seraient pas fermées, la limitation des déplacements interrégionaux n'avait pas été évoquée avec les élus et que l'heure n'était pas aux annonces définitives.

Le scénario du déconfinement régionalisé, lui, était souhaité par des élus locaux. A l’instar d’Hervé Morin, président de la région Normandie, qui préconisait mercredi 22 avril sur Europe 1 qu'"à partir du moment où on sait qu’on va vivre avec le virus pendant des mois, il faut faire en sorte qu’on puisse libérer autant que possible des secteurs économiques interdits d’activité, dès lors que la pandémie n’a pas été importante". 

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Un scénario choisi par l'Allemagne

La levée progressive des mesures en fonction des régions présentait l’avantage de coller à la réalité du terrain, le taux d’infection étant très disparate sur le territoire, avec des régions beaucoup plus concernées par l’épidémie que d’autres, comme le Grand-Est et l’Ile de France, et aurait permis d’éviter "une homogénéisation de la circulation du virus", selon les mots de Mircea Sofonea, maître de conférences en épidémiologie, jeudi 23 avril sur LCI.

C’est en tout cas le choix opéré par l’Allemagne, où le déconfinement a démarré à Berlin mercredi 22 avril, deux jours après le reste du pays. Mais le système fédéral allemand impose de facto un traitement différencié, puisque les règles de quarantaine sont imposées et gérées par les 16 länder. Et la situation est extrêmement variable d’un land à l’autre : par exemple, la messe est de nouveau célébrée en Saxe, tandis que seule la Bavière rend obligatoire le port du masque dans les transports en commun. 

Une discrimination parmi la population

Pourtant, cette hypothèse d’un déconfinement différencié selon les régions présentait des inconvénients indéniables, comme celui de créer des inégalités de traitements au sein de la population. Et puis, alors que les vacances d’été se profilent, comment aurait pu se conjuguer le maintien d’une activité touristique avec un déconfinement régionalisé ? Comment aurait-on pu envisager qu’une partie des Français profite des beaux jours et l’autre non ? Le gouvernement a opté pour une doctrine simple : que tout le monde soit logé à la même enseigne ou presque, puisque l’adaptation aux territoires est encore floue. 

Dans l'après-midi du jeudi 23 avril, Edouard Philippe a réuni les présidents des régions par visioconférence afin de préparer "la stratégie de déconfinement" et doit discuter la question vendredi 24 avril avec les représentants des départements, a appris l’AFP. Les élus reçus par Emmanuel Macron ce jeudi matin demandent, eux, de la clarté avec "des consignes nationales" mais aussi de la souplesse, avec des adaptations locales.

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Une logistique considérable

Au-delà des considérations économiques, le déconfinement région par région aurait demandé un travail de logistique considérable. Qui aurait été aux manettes et sur quel dossier ? "On ne confie pas le déconfinement aux élus locaux : on discute, on ajuste, on prend en compte la réalité locale", avait d’ailleurs confié un conseiller du chef de l’Etat au Monde. "Il est de bon aloi que la stratégie soit décidée au niveau central et ensuite déclinée au niveau local." A la différence de l’Allemagne, les mesures de confinement se prennent au plus haut niveau de l’Etat et la préparation d’une feuille de route différente pour chaque territoire paraissait difficile en pratique.

De plus, certains élus s’interrogeaient sur la mise en pratique d’un tel déconfinement. Le maire de Noirmoutier-en-l’Ile (Vendée), Noël Faucher, a semblé douter ce jeudi sur LCI du bon respect de consignes différentes d’une région à l’autre, et estimé qu’il était temps "de rouvrir la circulation et de permettre à ce que chacun puisse aller là où bon lui semble". 

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A la question de sa faisabilité, s’ajoutait celle de son efficacité pour limiter la propagation du virus. Un déconfinement dans ces conditions aurait été inutile, a jugé Martin Blachier, médecin de santé publique, ce jeudi, toujours sur notre antenne : "Le confinement a très bien marché et donc au 11 mai, toutes les régions vont à peu près repartir de zéro. (…) Que ce soit 1 % ou 10 % de la population immunisée, cela revient exactement au même sur un plan épidémiologique. En revanche, cela a un sens d’éviter les grands rassemblements. Mais séparer les régions les unes des autres, cela n’a pas de sens car il n’y pas de grande différence d’une région à l’autre et, je le rappelle, le 11 mai, on sera tous dans la même situation."

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