Coronavirus : face à la vague de contaminations, la Guyane peut-elle tenir ?

Coronavirus : face à la vague de contaminations, la Guyane peut-elle tenir ?
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CRISE SANITAIRE - Déconfinée comme la métropole le 11 mai dernier, la Guyane, territoire français frontalier du Brésil, n'a toujours pas passé le pic de l'épidémie de coronavirus. Le manque de soignants laisse craindre que le département soit rapidement submergé.

Si Olivier Véran a récemment indiqué que "le gros de l'épidémie [était] derrière nous", ce n'est pas le cas de tous les territoires français. À la frontière avec le Brésil, la Guyane est, à l'instar de ses voisins sud-américains, encore engluée dans la première vague de la pandémie. La direction générale de la Santé l'a d'ailleurs admis une nouvelle fois, dans son communiqué du 1er juillet. "La circulation du virus en Guyane reste préoccupante", s'inquiète-t-elle. "Les autorités sanitaires y sont mobilisées pour ralentir la propagation de l'épidémie, identifier les 'clusters' et briser les chaînes de contamination."

Dans ce territoire de près de 300.000 habitants, la circulation du virus est la plus haute du pays. Selon les dernières données de l'agence sanitaire Santé publique France, le R0, facteur qui indique le nombre de personnes contaminées par un seul malade, est de 2,5, contre 0,92 en moyenne en France métropolitaine. Signe que l'épidémie progresse.

"Nous n'avons pas assez de ressources humaines"

Et la Guyane ne semble pas vraiment bénéficier de tous les moyens pour la contrer. "Il va falloir beaucoup" de renforts, a d'ores et déjà prévenu la ministre des Outre-mer, Annick Girardin. "Il manque 300 soignants", avertit-elle. Selon la ministre, "plus de 100 personnes" sont déjà arrivées en Guyane pour venir en aide aux services hospitaliers. "Nous avons 1000 tests par jour, c'est plus haut que la moyenne nationale", a-t-elle déclaré à l'Assemblée nationale. "Nous avons plus de 2 millions de masques, nous avons les équipements et les moyens", mais "nous n'avons pas assez de ressources humaines aujourd'hui", a-t-elle reconnu.

Un manque de personnel qui contraste avec des hospitalisations toujours plus nombreuses. À ce jour, plus de 4.000 cas ont été recensés, dont 1.508 guéris. Dans le Centre hospitalier de Cayenne (CHC), hôpital de référence du territoire, le nombre d'hospitalisations est passé de 59 à 127 en deux semaines, et de 11 à 20 en réanimation. Sur cette période, le nombre de décès à l'hôpital a triplé (de 5 à 15).

"La situation est compliquée, notre système hospitalier n'est pas au mieux de sa forme", regrette Rémi, médecin urgentiste au CHC, dans des propos rapportés par l'AFP. "Le gros problème est la gestion de la fatigue et la capacité à ouvrir des lits dans de bonnes conditions et à temps."

La fin de l'état d'urgence sanitaire repoussée

Si la France doit sortir de l'état d'urgence sanitaire le 11 juillet, deux territoires, la Guyane et Mayotte, en sont exemptés. Il devrait y être prolongé jusqu'au 30 octobre, car le pic d'épidémie n'est pas prévu avant la deuxième quinzaine de juillet en Guyane. En cause, notamment, les territoires frontaliers. Le département ultramarin partage l'une de ses frontières avec le Brésil, deuxième pays au monde le plus touché par la pandémie. "C'est en raison des cas côté brésilien que la Guyane est entrée en phase épidémique", soutient Karine Lacombe, chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital Saint-Antoine (Paris), dans Le Parisien.

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Le relâchement des mesures est également mis en cause. "Nous avons été déconfinés le 11 mai, en même temps que la métropole, juste au moment où il ne fallait pas baisser la garde", regrette Michel Dubouillé, secrétaire régional de Guyane Ecologie, toujours dans les colonnes du quotidien. "C'était totalement irresponsable !"

Des mesures restrictives plutôt que le reconfinement ?

Pour réduire la propagation, un reconfinement n'est à ce jour pas exclu, mais le mettre en oeuvre serait complexe, avoue la ministre des Outre-mer. "C'est la mesure qui nous permettrait de freiner le plus fortement la progression du virus à condition que la population l'accepte et le mette en oeuvre, ce qui n'est pas certain", a déclaré Annick Girardin. "C'est aussi une mesure lourde de sens, avec un coût social qui ne doit pas être sous-estimé."

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Toutefois, la Guyane a déjà pris des mesures restrictives. Pour une douzaine de communes, un couvre-feu est mis en place et a été renforcé de 17h à 5h du matin en semaine, et le week-end, du samedi 13h au lundi matin 5h. Les bars et restaurants de tout le territoire sont fermés, et un confinement ciblé d'une vingtaine de quartiers très touchés est en vigueur.

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