Au bureau, au restaurant, en avion, dans le TGV... faut-il se méfier de la climatisation ?

Au bureau, au restaurant, en avion, dans le TGV... faut-il se méfier de la climatisation ?
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ON FAIT LE POINT - Alors que la France goûte à un retour à une vie "presque normale", marqué notamment par la réouverture des bars et restaurants et une hausse de la fréquentation dans les trains, faut-il redouter l'éventuel impact de l'air climatisé ou ventilé sur la propagation du virus ? Eléments de réponse.

Et si l'air climatisé ou ventilé favorisait la transmission du nouveau coronavirus ? Alors que la question a resurgi régulièrement depuis le début de l'épidémie, le retour à une vie "presque normale" auquel commencent à goûter les Français aux prémices de l'été lui donne un nouvel écho. 

Et pour cause : en plus de reprendre, pour un certain nombre d'entre eux, le chemin de leurs bureaux après plusieurs mois de télétravail, ces derniers retrouvent aussi leurs habitudes dans les transports en commun et pourront, dès ce mardi, s'attabler s'ils le souhaitent dans un bar ou un restaurant. Or, pour rappel, c'est justement à la table d'un restaurant de Canton, dépourvu de fenêtre mais pas de climatisation, que l'hypothèse d'une contamination en chaîne favorisée par l'air conditionné ou la ventilation trouve justement sa source.

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Une étude chinoise à l'origine des craintes

Une étude de cas, publiée fin avril, décrivait en effet comment une cliente de 63 ans de l'établissement avait été, quelques jours après un déjeuner de famille, testée positive au Covid-19 ; avant que neuf autres clients développent à leur tour la maladie, mais aucun des serveurs. 

S'il était apparu que dans ce cas précis, la climatisation avait pu favoriser, par le flux d'air, la transmission d'aérosols contaminés vers les autres tables, médecins et spécialistes de santé sont restés jusqu'à présent très prudents concernant cette thèse non corroborée. "Pour le moment, la seule chose scientifiquement avérée par évidence expérimentale, c'est qu'il existe un effet d'aérosol dans la chambre d'un patient malade", détaille Daniel Camus, infectiologue à l'Institut Pasteur de Lille, auprès de nos confrères de Ouest-France. "Il n'a pas été montré que les systèmes d'aération, de ventilation ou d'air conditionné présentaient un danger particulier. Les charges virales sont probablement insuffisantes."

"Pas de contre-indication" à climatiser ou ventiler

Du côté d'Uniclima, le Syndicat des industries thermiques, aérauliques et frigorifiques, on est catégorique. Il publie une suite de recommandations visant à freiner la diffusion du coronavirus dans le résidentiel et les bâtiments qui accueillent du public, en s'appuyant sur les informations fournies par le ministère de la Santé et les associations européennes (REHVA) et française (AICVF). "Il n'y a pas de contre-indication à maintenir en service des systèmes de climatisation ou de ventilation. Au contraire, est-il précisé sur son site, les conserver en fonctionnement pendant les épisodes épidémiques contribue à limiter le risque de confinement du virus, grâce au renouvellement d'air dans les locaux."

Et Jean-Paul Ouin, délégué général de l'organisation, de marteler : "Ce qu'il faut faire pour éviter les ennuis, c'est apporter de l'air frais, neuf, toujours." Aussi, préconise encore Uniclima sur son site, "en complément ou en l'absence d'un système de ventilation, il convient d'aérer régulièrement les locaux par ouverture des fenêtres" tandis que, "dans les autres bâtiments, il est conseillé de prolonger le temps de ventilation ou, idéalement, de la faire fonctionner en continu 24 heures sur 24."

Quelles recommandations pour les commerces ?

Le risque de diffusion du virus par ventilation restant théoriquement envisageable bien que limité, des recommandations ont été adressées, aux entreprises et aux commerçants notamment. L'une d'entre elles consiste à limiter l’utilisation des climatiseurs à air recyclé qui brassent en continu le même air pour privilégier des appareils qui puisent de l'air venant de l'extérieur, permettant de renouveler l’air ambiant. "L’air recyclé, ça veut dire que le virus risque de rester dans la pièce", avertit Gilles Bourquin, dirigeant d'une société spécialisée à Paris. Aussi, concernant l’air recyclé, la qualité de la filtration constitue un paramètre important dans l’évaluation des risques. 

Si certains commerces sont équipés de climatiseurs à air recyclé, on en trouve également chez des particuliers, notamment dans le Sud de la France. Mais, relativise Jean-Paul Ouin, "dans un cas comme dans l'autre, il est possible de procéder à ce fameux renouvellement de l'air indispensable ; dans les commerces parce qu'ils sont aussi le plus souvent situés en rez-de-chaussée". 

Quid du ventilateur

Gare aussi aux ventilateurs, préviennent aussi des spécialistes de l'environnement. "Ces ventilateurs et ces brasseurs d’air peuvent être retenus si vous êtes seuls dans votre bureau, mais dès lors qu’il y a plusieurs personnes, en revanche, il faut être très prudent dans leur utilisation, parce qu’ils vont favoriser la dissémination des particules aéroportées", souligne Francis Allard, professeur émérite à l’université de La Rochelle.

Des recommandations qui valent aussi pour la ventilation dans un logement. Aérer plusieurs fois par jour en créant des courants d’air reste la meilleure solution pour évacuer un air possiblement chargé en virus.

Comment sont ventilés les trains ?

Sur son site internet la SNCF assure que ses systèmes de ventilation sont "performants" car ils "prélèvent systématiquement de l’air à l’extérieur. La climatisation fonctionne de la manière suivante : de l’air est aspiré à l’intérieur, filtré, mélangé à de l’air filtré provenant de l’extérieur, puis ce mélange est réchauffé ou refroidi selon la saison, puis diffusé à l’intérieur du train".

Ces mécanismes de renouvellement de l'air sont différents en fonction des trains en circulation. Ainsi, pour les TGV Inoui et Ouigo, "c’est environ un tiers d’air extérieur et deux tiers d’air intérieur qui est refiltré toutes les trois minutes. Ce qui donne un air renouvelé entièrement toutes les 9 minutes ", assure la SNCF. Pour les trains express régionaux (TER), "la proportion d’air extérieur est de 40% en moyenne pour 60% d'air intérieur. L’air est donc entièrement renouvelé toutes les 5 à 8 minutes selon les modèles de rame".

À bord de tous les autres trains, notamment les Intercités, la ventilation se fait par un apport permanent d’air extérieur, la totalité de l’air intérieur étant renouvelée toutes les six minutes environ. En outre, relève-t-on à la SNCF, la ventilation -verticale de l’air se fait de manière indirecte, ce qui empêche la dispersion des gouttelettes d’un voyageur vers un autre.

"Tous les médecins nous disent qu’il n’y a aucun risque de prendre le TGV", a affirmé à l’AFP Christophe Fanichet, le PDG de SNCF Voyageurs, pour qui ce système de filtrage "est l’équivalent d’un masque chirurgical". "Si la prise d’air se fait à l’extérieur, comme sur un TGV par exemple, le risque est quasiment nul", a confirmé sur RMC Daniel Camus, infectiologue à l’Institut Pasteur de Lille.

Autre précaution prise pendant la crise sanitaire, lors du changement de filtre de la climatisation, la bouche et le circuit d’aération sont désinfectés entièrement.

Comment sont ventilés les avions ?

Guillaume Faury, le PDG d'Airbus, joint par notre équipe "A la loupe" dans le cadre d'un précédent article, mettait en avant le fait que dans un avion, les flux d'air sont très différents par rapport à un environnement plus classique au sol. Les systèmes de ventilation ont été conçus pour ce type de situation, explique-t-il, et "optimisés après plusieurs crises dont celle du Sras". Aussi, pas un passager ne se trouve dans le flux d'air de son voisin, précise-t-il , cette ventilation se faisant "du haut vers le bas", avec un air "renouvelé complètement toutes les deux à trois minutes" et filtré à l'aide de dispositifs dont l'efficacité est proche de ceux utilisés en milieu médical. 

Cette ventilation de l'air "de haut en bas réduit une possible transmission vers l'avant ou l'arrière de la cabine", précise de son côté l'association internationale du transport aérien (Iata), soulignant que "sur les avions les plus récents, les filtres sont d'une qualité équivalente à celle d'un bloc opératoire". 

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A titre d'illustration, dans les avions Airbus comme Boeing, l’air présent en cabine provient pour moitié de l’extérieur et le reste est prélevé dans l’air en cabine et recyclé en passant par des filtres, aussi utilisés en salle blanche, capables d’arrêter 99,97% des particules, y compris des virus de la taille du coronavirus. Le renouvellement intégral de l’air d’une cabine prend 1 minute 30 pour un moyen-courrier et 4 minutes pour un A380.

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