Retrait de l'A380 de la flotte Air-France : les raisons d'un échec

Retrait de l'A380 de la flotte Air-France : les raisons d'un échec
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DECRYPTAGE - Jeudi 21 mai, Air France-KLM a annoncé retirer de ses liaisons, avec effet immédiat, les neuf A380 de sa flotte. Un abandon, certes annoncé, mais qui n'aurait dû arriver qu'en 2022. Explications.

D'abord programmé pour 2022, "l'arrêt définitif" de l'utilisation des A380 par Air France a finalement été avancé à cause des difficultés économiques engendrées par le coronavirus. Les énormes pertes liées à la pandémie ont simplement accéléré un processus d'ores et déjà programmé et enclenché. 

Gouffre environnemental et économique

Plusieurs raisons expliquent la perte de confiance progressive dans l’A380 et finalement son retrait des plans pour l’avenir de la compagnie française. Lorsque l'on parle de l'A380, il est difficile de ne pas mentionner son seuil de rentabilité élevé, donc difficile à atteindre. Il s'explique en partie par consommation importante en carburant. A titre d'exemple, un A380 consomme entre 100 000 et 110 000 litres de carburant pour Paris New-York ! Avec le souci économique du carburant, vient celui de l'environnemental. Sur cette même liaison et pour un vol avec 500 passagers, ce sont près de 500 kgs de CO2 qui sont rejetés dans l’atmosphère par le monstre aérien. Sur ces deux plans, des longs courriers à deux réacteurs, certes plus modestes, comme les B787, B777-300 ER ou l’A350 semblent ainsi représenter des alternatives plus viables.

L'A380 a aussi malheureusement contre lui certains défauts de conception. Des micro fissures sur les nervures de la voilure avaient été découvertes sur de nombreux appareils dès 2012. Un défaut rappelé par l'Agence européenne de sécurité aérienne lors d'une notification en 2019. Certains problèmes de portes ont aussi été constaté, sans pour autant mettre en péril la sûreté de l'appareil. 

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Un avion géant bien difficile à accueillir

Enfin, le nombre d'aéroports qui peuvent accueillir ce monstre du ciel reste limité. Ses 24 mètres de hauteur, 73 mètres de longueur pour une envergure de 80 mètres, ne passent pas inaperçus et nécessitent des infrastructures spéciales. Il faut ainsi prévoir des points d'ancrage spéciaux avec 2 à 3 passerelles pour maximiser le débarquement. Les installations capables d’accueillir un appareil de cette taille ne se sont pas multipliées, limitant de facto les possibilités d’utilisation de l’A380. Un constat d’autant plus remarqué que l'A380 nécessite d’être placé sur des liaisons qui assurent un remplissage important, faute de rentabilité.

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Finalement, les plus belles qualités de l'A380 (stabilité, confort, capacité de transport) ne parviennent pas à faire oublier ses nombreux défauts. Cela explique que cet appareil ait connu un succès très modéré par rapport aux prévisions. Cela a d'ailleurs forcé Airbus à annoncer en 2018 la fin de la production de l’appareil d’ici à 2021. Plus qu’une problématique interne à Air France, c’est plutôt une sorte de désaveu pour l’A380, un échec déjà consommé finalement confirmé. 

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