Masques : de la pénurie à "l'embouteillage", comment en est-on arrivé là ?

Masques : de la pénurie à "l'embouteillage", comment en est-on arrivé là ?
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ÉCLAIRAGE - Devenus indispensables, les masques sont l'objet d'une soudaine chute des ventes et les stocks s'accumulent dans les entrepôts des entreprises textiles. Mais comment expliquer cette situation ?

Après avoir connu une pénurie de masques, notre pays est-il en situation de trop-plein ? Il y paraît à en croire le nombre d'invendus, en l’occurrence des modèles dits "grand public" en tissu, qui commencent à s’accumuler dans les entrepôts des entreprises textiles françaises depuis maintenant quelques semaines. 

"Plusieurs dizaines de millions de masques attendent dans les stocks des 400 entreprises qui ont fait travailler 20.000 salariés depuis deux mois environ sur les masques", a déclaré ce lundi sur LCI, Yves Dubief, ambassadeur masques textiles du gouvernement, invitant les patrons des PME concernées à "réduire très fortement voire arrêter cette production de masques".

Une région, à savoir Auvergne-Rhône-Alpes, incarne particulièrement bien ce phénomène avec 45 entreprises mobilisées et pas moins de 450.000 invendus auxquels s'ajoutent des stocks de tissus pour 14 millions de masques qui ne seront finalement pas produits.

Une baisse des ventes

Mais comment expliquer que dès le début du mois de mai, les commandes de l'Etat, des collectivités, mais aussi des entreprises ont commencé à ralentir, puis de façon plus brutale il y a une quinzaine de jours ? Les Français portent-ils moins de masques ? 

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En dehors des transports où il reste obligatoire, moins d'une personne sur deux en porte dans la rue. Quant à ceux qui n'en portent pas, ils disent être désormais équipés. "La crise sanitaire prend un tournant de baisse", relève Yves Dubief, soulignant que par conséquent, "le port du masque est moins important et surtout la population et les entreprises sont totalement équipées avec ces masques ou des masques d'importation"

La concurrence étrangère de retour

Car en effet, baisse des ventes n'explique pas à elle seule que la tendance se soit soudainement inversée et que de nombreuses entreprises qui s'étaient lancées à corps perdu dans cet effort industriel ont aujourd'hui du mal à écouler leurs stocks. La concurrence étrangère, et notamment asiatique, est aussi de retour. 

Conséquence ? Les fameux masques chirurgicaux devenus indisponibles au plus fort de l'épidémie, le sont de nouveau et il est même possible de s'en procurer dans les grandes surfaces. De même, quand les masques lavables reviennent à 3 euros en moyenne l'unité en France, il n’excède pas un euro quand il est fabriqué en Asie. Ce calcul, l'Etat français lui-même l'a fait, puisqu'une commande de dix millions de masques lavables a été passée au Vietnam ce qui n'a d'ailleurs pas manqué de faire grincer des dents du coté du secteur du textile.

Alors que la production "made in France" a impliqué ces derniers mois des investissements en matériel qui représentent des millions d'euros, des formations de salariés voire parfois des recrutements et que le secteur n'a pas été concerné, ou peu, par le chômage partiel, les entreprises ayant fonctionné à plein régime, l'Union des industries textiles demande à l'Etat de les aider à écouler leurs stocks, soit en France soit à l’international.

A cette fin, une réunion se tiendra ce lundi après-midi avec "l'ensemble de la filière" pour "préparer le plan d'action futur", a expliqué la secrétaire d'Etat à l'Economie Agnès Pannier-Runacher sur RTL. Objectif : convaincre les grandes entreprises d'équiper leurs employés en masques réutilisables fabriqués dans l'Hexagone, tout en musclant les stocks publics en masques tissus.

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Pour rappel, face à la pénurie de masques qu'a connu le pays au début de cette crise sanitaire sans précédent, l'Etat a fait appel en urgence à la filière textile pour, dans un premier temps, équiper les salariés les plus exposés. A titre d'illustration, alors que les compteurs affichaient en la matière le chiffre zéro début mars, six millions de masques par semaine étaient produits début avril pour finalement atteindre 25 millions au mois de mai dans le but d'équiper toute la population française et même trente millions au début du mois de juin.

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