Ces Parisiens qui quittent la capitale par peur d'un futur confinement

C'est l'affluence  dans les gares.
Population

AMBIANCE - Depuis l’annonce de la fermeture des écoles, et tandis que circulent des rumeurs de confinement, nombreux sont les Parisiens qui le peuvent, qui cherchent à évacuer la capitale.

Quitter Paris ? L’idée a germé dans les esprits, déjà avant le week-end. Quand jeudi soir Emmanuel Macron a annoncé la fermeture des écoles pour un temps indéterminé, l'hypothèse d'un départ a commencé à germer dans l'esprit des parents parisiens. Plan de repli en région,  à la campagne, réouverture de la maison de famille, squattage chez le papa en  Bourgogne...

 

Marie, maman séparée d’un petit garçon, a échafaudé un plan dès vendredi. Aller se réfugier quelques jours en  Auvergne, avec son  fils et deux de ses nièces, là où ses parents ont une maison de famille, une ferme isolée. L’idée de base :  un garçon turbulent, une entreprise qui l’a mise en télétravail, alors tant qu'à se contorsionner dans un 37 mètres carré, autant aller se mettre au grand air frais. Au fil du week-end, alors que la fermeture des commerces a été annoncée, le plan a évolué. D’abord, le départ pourrait se faire plus vite que prévu. Et puis l’endroit d’atterrissage va peut-être être revu : après l’idée d’un environnement rude, coupé du monde, peut-être serait-il plus prudent de trouver un endroit certes isolée, mais tout de même achalandé ? Elle a de la chance Marie, ses parents ont un autre point de chute : ce sera Noirmoutier. Elle veut aujourd’hui partir en voiture, et en mode précipité : ce lundi après-midi. 

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Réflexe survivaliste activé

C’est en effet une tendance impossible à chiffrer ; plutôt une impression latente. Mais à Paris, en quelques jours, les rues sont vidées, les voitures ont aussi disparu. Aucun problème pour se stationner, les trottoirs sont libérés. Depuis quelques jours, un mouvement d’exode parisien semble en effet s’être enclenché, et précipité avec les rumeurs de confinement imminent qui circulent aussi vite que se partagent sur les boucles Whatsapp ces alertes de prétendus médecins sur la situation sanitaire ou "d'ami qui travaille dans un grand groupe et proche du gouvernement". 

Envie d’avoir de l’espace pour ses enfants, de fuir un environnement citadin, synonyme de pollution, de densité et d'échanges de trop de fluides, ou encore d’ambiance angoissante ; possibilité du télétravail à volonté à peu près partout, et d’enfin céder à ce rêve récurrent de Parisien coincé dans sa tour, de migrer à la campagne ; réflexe "survivaliste" développé par les dernières séries télé vues du canapé, qui se manifeste par l’impression qu’aller se caler, en cellule famille ou amie, dans un endroit coupé du monde, va aider. Un  huis clos, c’est mieux dans la verdure, dans la nature. Evidemment, cette envie de verdure concerne plutôt une certaine frange de la population parisienne, celle qui a des maisons secondaires ou de la famille en région.

Trois enfants, je ne peux pas les tenir à l’appartement- Valérie, maman de trois enfants

"Trois enfants, je ne peux pas les tenir à l’appartement." Chez Valérie, maman de trois enfants,  la question s’est posée dès vendredi soir, après que l’anniversaire familial de la maman prévu samedi a été annulé, et qu’elle s’est rendue compte que la possibilité d’aérer – ou défouler - ses trois enfants pendant le week-end dans un parcs ou square n’était pas la meilleure idée du monde, elle a commencé à réaliser dans quoi elle s’embarquait… Et c’est sa mère qui a agité l’idée : d’aller ouvrir la maison familiale, dans la campagne de Saint-Malo en Bretagne. 

Evidemment, un problème qui se pose, est que d’ordinaire, ce sont les grands-parents, qui s’occupent des enfants. Comme ils font partie des populations fragiles, pas question de les mettre au contact de ces bambins et des microbes qu’ils véhiculent.  "Elle avait proposé d'emmener tous les enfants avec elle, pour nous permettre, mon conjoint et moi de passer en télétravail. mais on lui a dit que ce n'était pas prudent de s'en occuper. Du coup, nous allons nous succéder, pour gérer les enfants." Son frère est déjà parti s’installer, elle y pense pour le week-end prochain. Si c’est encore possible, avec ce possible confinement.

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Gilles, justement, est en train de faire les valises de la famille ce lundi matin, tandis que sa compagne fait la classe à ses deux grands. Les rumeurs de confinement imminent ont accéléré la décision. "On était plutôt sur un départ mercredi mais c’est aussi plus simple pour nous", raconte Gilles. Toute la famille part à Morlaix, là où la maman de Gilles a une maison. Décision, d’abord, de commodité. "A Paris, nous serions les uns sur les autres, dans notre appartement avec deux enfants à qui nous devons faire cours et un bébé dont il faut s'occuper", raconte-t-il. Et les cours, ce n’est pas rien, a-t-il constaté : "On nous a dit 13 heures par semaine pour notre fils en CM1. Là-bas, nous serons dans une maison avec jardin." 

Confort d'autant plus appréciable qu’à Paris, leur immeuble est en train de subir un ravalement de façade : "Je ne sais pas si les ouvriers vont pouvoir continuer, mais là ils installent des échafaudages, donc on risquerait d’être la moitié de l’appartement dans le noir, avec du bruit toute la journée." Comment, dans ces conditions, résister au doux appel des embruns ? Comme pour Aurélie, Gilles et sa famille devaient s'installer chez sa mère, pour qu’elle les aide, pendant qu’ils télétravaillent, mais "ce ne sont pas les recommandations donc elle va rester chez elle, à Brest", explique Gilles. "Et nous, il va sans doute falloir qu’on se relaie avec ma compagne pour télétravailler."

Être enfermée toute la journée, je ne sais pas si je tiendrais… C’est oppressant- Claire, 30 ans

Paris faire fuir les familles, mais aussi les célibataires, les sans-enfants. Comme Claire, consultante de 30 ans, qui depuis dimanche adapte ses plans à mesure, mais garde sa ligne fixe : partir au grand air. Dimanche soir, elle avait pris un billet de train, l’un des derniers disponibles, pour rejoindre ses parents, à Aix-en-Provence. Elle veut faire les choses bien : en ce moment, elle tousse – et n’arrive pas à trouver de thermomètre disponible dans le commerce. Mais elle avait même pensé à prendre un Airbnb là-bas, pour quelques jours, histoire d’être sûre et ne pas contaminer ses parents. Finalement ce lundi matin, elle a annulé son départ, justement pour ces mêmes raisons : "Je pensais pouvoir faire un test, mais apparemment ils n’en font plus… J'ai peur de faire courir un risque à mes parents. "Elle envisage maintenant une autre option, aller squatter, avec trois amies, un pied-à-terre en Bourgogne. Ce qui la pousse à partir, c’est principalement le manque d’espace. "Paris, on y vit bien en temps normal malgré ces petites surface, car on n’est jamais chez soi", constate Claire. "Mais là, être enfermé toute la journée, je ne sais pas si je tiendrai… C’est oppressant." La réflexion va même plus loin : "Si les services de soins sont saturés en Île-de-France, autant aller ailleurs, où l’épidémie est moins développée." Même si, dans la réalité, les hôpitaux de province, notamment dans le Grand Est, ne semblent pas moins saturés.

Paris "oppressant", c’est aussi ce que redoute Marjorie, dans le webmarketing, qui est ce lundi en train de filer en voiture pour Dijon, en Bourgogne, avec son amoureux. La décision a été vite prise, ce week-end, quand ils ont su que lui était mis au chômage technique. Elle, était de toute façon en télétavail forcé depuis vendredi – elle a même dû gérer, au boulot, l’acquisition d’ordinateurs pour équiper les salariés de son équipe, et là voilà donc partie."Je suis en stress, je ne peux pas être confinée seule à Paris, avec les flics et militaires qui contrôlent tout, et où je vais être loin de tout le monde", confie-t-elle, relayant sans doute l'angoisse de nombreuses personnes seules, qui appréhendent un isolement total. "J’aurais pu aller chez ma mère, mais je ne peux pas la contaminer. J’ai aussi envie d’être avec mon amoureux, c’est évident. Ne pas se voir pendant cinq semaines, je ne veux pas !" Un bon test, cette proximité.

C’est la meilleure manière de diffuser le virus partout- Damien, sur Twitter

Mais certains autres  Parisiens font le raisonnement inverse : "Il vaut mieux rester à Paris", analyse ainsi Stéphane, rencontré dimanche, alors qu’il sortait ses enfants au parc – "sans doute pour le dernier jour", dit-il. Sa réflexion est macro-économico-parisiano-centrée : "L'Etat ne sacrifiera jamais Paris ! Nous sommes là où tout se passe, les services de soins sont meilleurs qu’ailleurs, et les magasins seront toujours achalandés." Pour ça, il est prêt à s’entasser avec sa femme, ses trois enfants, et la nounou, dans leur 70 mètres carrés.

Reste que ces déplacements, dont beaucoup sont partagés sur les réseaux sociaux, posent question à des internautes. Damien pointe ainsi ces déplacements entre villes : "C’est la meilleure manière de diffuser le virus partout", écrit-il sur Twitter. "Ces riches qui vont dans leur maison secondaire ou ces étudiants de Lyon, Paris ou Toulouse qui rentrent dans le village de leurs parents..." "Des foyers épidémiques vont éclater partout en France la semaine prochaine", prrédit une autre.

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