Coronavirus : en avion, laisser un siège vide dans chaque rangée est-il vraiment inutile ?

Si l'option de laisser un siège vide ne devrait pas être retenue, le port du masque deviendra obligatoire.
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À LA LOUPE – Le PDG d'Airbus assure que cette mesure n'est pas utile dans les avions. Leurs systèmes de renouvellement et de filtration de l'air très perfectionnés permettraient en effet selon lui de diminuer très fortement les risques. Une spécificité du transport aérien dont le gouvernement entend tenir compte.

Un déconfinement progressif sera synonyme de nouveaux réflexes et d'habitudes à modifier dans les semaines et mois à venir. Dans les transports, des mesures seront notamment prises pour éviter que le nombre de contaminations ne reparte à la hausse. Cela passera-t-il pas la neutralisation d'une partie des places dans les avions, afin de respecter une distance minimale d'un mètre en passagers ?

Invité ce jeudi de France Inter, le PDG d'Airbus s'est déclaré opposé à la mise en place d'une telle contrainte. "Elle n'a aucun sens médical", a lancé Guillaume Faury, "il y a des gens qui peuvent avoir cette idée-là en comparant à des bus ou à des endroits il n'y a pas de circulation d'air, mais pour les avions ça n'a pas de sens." Quelle serait la mesure à privilégier à ses yeux ? Un renforcement des gestes barrières, avec notamment un port du masque ou des précautions particulières dans les aéroports.

Un air renouvelé toutes les deux à trois minutes

Le patron d'Airbus met en avant le fait que dans un avion, les flux d'air sont très différents par rapport à un environnement plus classique au sol. Les systèmes de ventilation ont été conçus pour ce type de situation, explique-t-il, et "optimisés après plusieurs crises dont celle du Sras". Un passager ne se trouve pas dans le flux d'air de son voisin, précise Guillaume Faury, cette ventilation se faisant "du haut vers le bas", avec un air "renouvelé complètement toutes les deux à trois minutes" et filtré à l'aide de dispositifs dont l'efficacité est proche de ceux utilisés en milieu médical. 

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La position du PDG fait écho à celle du directeur de l'ingénierie au sein de l'entreprise, Jean-Brice Dumont. Interrogé il y a quelques jours par LCI, il livrait une vision très pragmatique de la situation : "C’est un lieu qui intuitivement peut paraître aux gens comme très confiné et propice à une propagation", reconnaît-il, mais "les passagers sont presque moins exposés qu'au sol." À ses yeux, la reprise de l'activité dans le domaine aérien ne se heurte pas aujourd'hui à des questions de sécurité pour les passagers, mais davantage aux mesures de restrictions sur les déplacements prises entre pays et à une crainte plus généralisée autour des transports. 

Du côté du ministère de la Transition écologique et solidaire (dont dépendent les transports), on se range derrière la position exprimée jeudi par le secrétaire d'Etat Jean-Baptiste Djebbari. Ce dernier estime que "l'avion est un environnement sanitaire contrôlé qui protège les voyageurs", et refuse donc de se positionner clairement en faveur de sièges vides au milieu des rangées. "Les règles de protection sanitaire dans l'aérien ne sont pas encore tranchées au niveau international", souligne-t-il avec prudence.

Néanmoins, il indique que "pour les vols domestiques, et dans la période temporaire, à l'instar de ce qui est fait dans les transports en commun, des mesures, des gestes barrière et de la distanciation sociale, seront prises". Cela passera notamment par la généralisation du masque dans les avions, "comme pour les transports terrestres", sous peine de sanctions. D'autres annonces pourraient par ailleurs suivre la semaine prochaine, suite au conseil des ministres des Transports européens programmé le 6 mai.

Les compagnies font pression

Quelle que soit la décision prise par le gouvernement, elle tiendra compte d'enjeux multiples, à la fois sanitaires et économiques. Et pour cause : conséquence directe de la pandémie de Covid-19, le trafic aérien mondial a enregistré la plus forte baisse de son histoire récente. En mars, le trafic était ainsi en baisse de 52,9% par rapport à l'an passé. 

Plusieurs compagnies ont commencé à tailler dans leurs effectifs, à l'instar de British Airways qui a supprimé 12.000 postes, soit près d'un tiers de ses effectifs. Dans ce contexte, contraindre à laisser vide un siège sur trois dans les avions pourrait être vu dans le secteur comme le coup de grâce. Mickaël O'Leary, le patron de Ryanair y est totalement opposé : "C'est une idée idiote qui ne mène à rien de toute façon", a-t-il lancé, expliquant qu'il est "impossible d'être rentable avec des coefficients d'occupation de 66 %".

La compagnie low cost prévient, elle ne fera pas voler sa flotte si une telle mesure devait être adoptée. Moins véhément, le directeur général de l'association internationale du transport aérien, Alexandre de Juniac, rappelle toutefois que pour un vol en Europe, le seuil de rentabilité minimal est autour des 70 % de remplissage. Pour lui, "si une distanciation sociale est imposée, les voyages bon marché sont terminés."

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