"Une vigilance de tous les moments" : des enseignants volontaires racontent l'accueil des enfants de soignants à l'école

Une école élémentaire parisienne avant les mesures de confinement, en mars 2020.
Population

EDUCATION - Entre 20.000 et 30.000 enfants de personnels en première ligne contre le coronavirus sont accueillis dans les écoles en France. Des enseignants se sont portés volontaires pour assurer les classes. Des conditions d'organisation drastiques, nous racontent deux enseignants parisiens.

Depuis la mise en place du confinement sur le territoire français, près de 12,5 millions d'élèves sont gardés à la maison et doivent suivre les cours à distance. Mais pour 20.000 à 30.000 enfants, selon le ministère de l'Education nationale, les cours se poursuivent à l'école. Ce sont les élèves dont les parents sont en première ligne dans la lutte contre le Covid-19, personnels hospitaliers, professionnels de santé en ville, ou encore personnels des Ehpad. Ils sont accueillis dans près de 7.600 écoles et collèges du pays. 

Pour les accueillir,  les enseignants se sont mobilisés en masse. Dans chaque ville, nombre d'entre eux se sont portés volontaires pour assurer, par roulement, la continuité des cours, en semaine comme le week-end, lorsque les parents doivent eux-mêmes rester mobilisés pour prendre en charge des malades, à l'hôpital ou ailleurs. 

Dans ces classes un peu particulières - moins de dix enfants, et des classes d'âges souvent mélangées -, ces profs tentent d'assurer des journées "normales" dans des conditions particulièrement drastiques. 

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"Une pression sanitaire permanente"

"On s'engage selon ses disponibilités et selon ce que chacun peut supporter", raconte David, un enseignant volontaire dans une école polyvalente du 13e arrondissement de Paris, qui reçoit des enfants de maternelle et d'élémentaire. "Toute la journée, on est dans une espèce de pression sanitaire permanente : le port des masques, fortement recommandé pour les petites classes, le lavage des mains et l'obligation de tenir la distance d'un mètre entre les élèves. Le soir, on est rincé..."

Ce professeur accueille des élèves du CE2 au CM2, mélangés, mais dans des classes clairsemées, sécurité oblige. "Le Dasen (directeur académique, NDLR) a préconisé un maximum de dix enfants par classe, mais nous avons estimé que six élèves, c'était suffisant", explique-t-il. "Qu'ils soient petits ou grands, ces enfants sont dans une classe qui vit, où les interactions sont parfois inévitables."

Eviter les contacts entre les enfants : une préoccupation qui rythme la journée de ces enseignants, d'autant que chacun sait que les parents sont souvent exposés directement au virus. "On est dans une vigilance permanente, surtout avec les petits. A trois ans, on a envie de se rapprocher", explique Cécile, volontaire dans une autre école du 13e arrondissement, non loin de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière. "Heureusement, on est relativement nombreux dans le secteur. La rotation peut se faire. On ne pourrait pas le faire tous les jours."

Au menu : des programmes un peu "allégés", un peu de sport, ou encore des correspondances écrites avec d'autres élèves de l'école qui sont restés à la maison - les enseignants volontaires continuent d'assurer, en plus de cette présence, les cours à distance pour leurs élèves habituels. 

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S'ils se sont portés volontaires dès le début du confinement, ces professeurs ont mis quelques jours à trouver leurs marques. "Ça a cafouillé un peu au début", relève Cécile. "On recevait l'organisation de planning la veille pour le lendemain. Un jour, la semaine dernière, je suis venue pour rien de Vitry-sur-Seine, où j'habite. Par ailleurs, on a passé plusieurs jours à accueillir les enfants sans recevoir de consignes de l'Agence régionale de santé. On recevait des masques mais l'ARS continuait de nous dire qu'ils n'étaient pas nécessaires..."

Dix jours plus tard, les écoles s'organisent tant bien que mal. Les rotations fonctionnent, la relève est assurée. A midi, les services périscolaires de la ville de Paris - là encore, des agents volontaires - prennent le relais pour la cantine. Après les cours, le mardi et le vendredi, les ateliers périscolaires sont également assurés. Comme si tout était normal.

"Cela se gère très localement", assure David. "On fait confiance aux équipes." Les professeurs engagés se donnent les bons tuyaux sur les groupes WhatsApp, ou encore à la pause de midi - en respectant les règles de distance. "On communique avec les autres enseignants, bien sûr... On se pose tellement de questions." Les messageries électroniques fournies par l'Education nationale plantent régulièrement ? On se crée des messageries privées pour passer outre les défaillances techniques. On se débrouille et on s'adapte. 

"Il faut se mettre à la place des parents, qui travaillent sans relâche", assure Cécile. Les deux enseignants parisiens assurent qu'ils seront volontaires "tant qu'ils seront en bonne santé". "Ce qui maintient le moral des troupes, c'est le volontariat", conclut David. "Si quelqu'un craque dans l'équipe, personne ne le jugera."

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