Peut-on réellement affirmer que l'application StopCovid sera inutile ?

L'application StopCovid sera disponible en téléchargement à partir du 2 juin prochain. Samira El Gadir nous démêle le vrai du faux autour de ce dispositif.

À LA LOUPE – Que ce soit au sein du monde politique ou associatif, des voix s'élèvent pour affirmer que l'application StopCovid déployée à partir du 2 juin sera inutile. On fait le point.

"J'invite tous ceux qui me regardent et tous nos citoyens à utiliser cet outil complémentaire pour se protéger et pour protéger les autres", a déclaré jeudi dans son allocution le Premier ministre à propos de l'application StopCovid. Déployée à partir du 2 juin et accessible tant sur les terminaux Android que iOS, elle doit permettre d'alerter des citoyens qui auraient été en contact avec des personnes porteuses du virus.

Approuvée par un vote du Parlement, l'application n'en demeure pas moins critiquée. Si de fausses informations ont circulé sur sa soi-disant intrusion dans notre répertoire de contacts, elle est pointée du doigt pour son manque présumé d'efficacité. Le député LFI Eric Coquerel la juge "inutile", tandis que l'association La quadrature du Net craint que son efficacité ne soit "hasardeuse" et que ses résultats soient "vagues"

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Une longue série de conditions à respecter

Pour qu'une personne soit alertée d'un risque de contamination après en avoir côtoyé une autre infectée, de multiples conditions sont à remplir. Numerama a tenté de les énumérer cette semaine, afin de mesurer son efficacité potentielle et de mieux comprendre les obstacles auxquels risque de se confronter l'application.

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Le premier élément à prendre en compte tombe sous le sens mais n'est pas négligeable : il faut être équipé d'un smartphone. Ce n'est pas le cas pour près d'un Français sur 4, une proportion qui s'élève à un peu plus de 50% chez les 70 ans et plus. Un argument qui s'entend, indique à LCI le secrétariat d'Etat en charge du numérique, mais qu'il faut relativiser étant donné que "l'application se destine avant tout aux urbains actifs", susceptibles d'aller faire leurs courses à la sortie du travail ou de croiser dans les transports de nombreuses personnes. Il s'agit d'un profil bien plus tourné vers les outils numériques : "environ 95% de ces personnes ont un smartphone", souligne l'entourage de Cédric O.

D'autres points sont soulevés : le besoin d'avoir téléchargé l'application sur son téléphone, celui de conserver en permanence la fonction bluetooth active, la nécessité d'avoir côtoyé la personne contaminée à moins d'un mètre pendant une durée minimum de 15 minutes… De quoi limiter de façon notable les situations dans lesquelles StopCovid pourra remplir sa mission, sans même parler des risques de bugs, que ce soit du téléphone, du bluetooth ou de l'application elle-même. 

Avec le ralentissement notable de l'épidémie, on peut juger tardive l'arrivée de StopCovid, le nombre cas ne cessant de diminuer. Par ailleurs, c'est logique, il n'est pas exclu que vous puissiez être contaminé par une personne ayant l'application mais qu'aucune alerte ne vous soit envoyé. En l'absence de dépistage massif, de nombreux Français asymptomatiques ne vont en effet même pas avoir conscience de leur contamination, et ne seront donc pas amenés à se signaler comme "dangereux" via StopCovid. Une contrainte inhérente au fonctionnement de l'application, qui ne peut se baser que sur un diagnostic préétabli.

"Ce n'est pas l'alpha et l'oméga !"

Un coup d'épée dans l'eau, cette application ? Le secrétariat d'Etat au Numérique n'est clairement pas de cet avis, et estime qu'il est indispensable de "laisser StopCovid à sa place". En effet, "ce n'est pas l'alpha et l'oméga de la lutte contre le coronavirus, mais un outil supplémentaire." Cette lutte, nous indique-t-on, "ce sont les gestes barrière, la distanciation sociale ou encore le port du masque. Sans oublier les bridages sanitaires".

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"StopCovid" : on a testé l'application

Malgré ses limites, le gouvernement croit donc en son dispositif, qui présente l'avantage "d'être plus rapide que les enquêtes sanitaires, en vous prévenant immédiatement". L'application est d'ailleurs "la seule à pouvoir signaler un contact avec une personne contaminée dans des lieux comme les parcs ou les transports".

Que des voix discordantes se fassent entendre n'est pas surprenant : "C'est normal et très français ! Tant mieux qu'il y ait eu un tel débat, que ce soit sur l'utilisation des données ou sur le bien-fondé du dispositif. Ça a été l'occasion d'expliquer nos choix, et notamment le fait de privilégier au maximum les libertés publiques [en réduisant au maximum l'accès aux données personnelles notamment, NDLR]."

On observe une efficacité significative à partir de 10% d'installations au sein d'un bassin de vie- Le cabinet de Cédric O

Le cabinet de Cédric O ne souhaite pas partager d'objectif chiffrés en matière de téléchargements, mais espère qu'un maximum de Français adopterons cet outil. Il invite d'ailleurs à relire les études sur l'efficacité de telles applications, réalisées par l'université d'Oxford : "On observe une efficacité significative à partir de 10% d'installations au sein d'un bassin de vie." Des campagnes de communication devraient par ailleurs être lancées afin de populariser et faire connaître StopCovid au grand public. 

En résumé, on constate que le fonctionnement même de l'application limite fortement les cas de figure dans lesquelles elle pourra se révéler fonctionnelle et utile. Un constat que le gouvernement tempère en expliquant qu'il ne s'agit que d'un instrument parmi d'autres dans la lutte contre le virus et qu'elle agit en complémentarité des enquêtes sanitaires. Le nombre de signalements, quoi qu'il en soit, dépendra beaucoup de la propagation de l'épidémie à travers le territoire et du nombre de Français qui téléchargeront et utiliseront ce dispositif.

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