Distanciation dans le métro et les trains : des syndicats de transports sceptiques

Distanciation dans le métro et les trains : des syndicats de transports sceptiques
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TRANSPORTS - Le Premier ministre Édouard Philippe a détaillé mardi les mesures de distanciation sociale encadrant la reprise des transports en commun à l'occasion du déconfinement. Des règles strictes que les syndicats accueillent avec perplexité.

Le déconfinement tourne au casse-tête dans les transports publics. Mardi 28 avril, lors de l'annonce de sa stratégie de sortie de crise, le Premier ministre Édouard Philippe a détaillé les règles strictes qui devront y être appliquées après le 11 mai. "Les opérateurs devront (...) s'organiser pour permettre de respecter les gestes barrières", a indiqué le chef de l'exécutif. Outre le port obligatoire du masque et la distanciation d'un mètre, "cela veut dire, par exemple, que la capacité du métro parisien sera (...) drastiquement réduite par rapport à sa capacité normale. Qu'il faudra (...) condamner un siège sur deux, favoriser, par des marquages au sol, la bonne répartition sur les quais, se préparer à limiter les flux en cas d'affluence". 

Cette panoplie de mesures, déjà expérimentée dans le métro de Milan, la capitale de la Lombardie, région italienne la plus touchée par la pandémie de Covid-19, peut-elle s'appliquer dans les métros et les trains, notamment en Île-de-France ? "Celles et ceux qui connaissent la configuration du métro parisien savent que cela va être compliqué à mettre en oeuvre", affirme, mercredi, Bertrand Hammache, secrétaire général CGT-RATP, deuxième syndicat de la RATP, auprès de LCI. "Les voyageurs seront concentrés sur la plage 6-22h, comme c'est le cas aujourd'hui", poursuit-il. "Les gens qui doivent se déplacer avant 6h le feront après 6h et ceux qui devaient rentrer après 22h rentreront avant. Les heures de pointe existeront."

On n'avait pas vu venir cette histoire d'un siège sur deux - Bertrand HAMMACHE, secrétaire général de la CGT-RATP

Actuellement, le trafic n'est que de 30%. La régie parisienne vise "un objectif de rallumer 70% de l'offre du réseau en moyenne" au premier jour du déconfinement. Dès lors, il sera "impossible" de faire respecter la distanciation physique, assure le syndicaliste. Et ce, malgré la volonté de l'entreprise de transports publics "de réadapter l'offre et limiter les flux", avec notamment un plan de marquage au sol "près des guichets, dans les couloirs de correspondance et sur les quais" et "un marquage par 'nudge' pour permettre d'espacer les voyageurs" assis sur les sièges installés sur les quais et les rames.

"Toutes les mesures sont cumulatives : le mètre de distance entre les usagers, le port du masque et maintenant le siège sur deux condamné. On a d'ailleurs été surpris, on n'avait pas vu venir cette histoire", ajoute-t-il. "Vous avez bien compris que lorsqu'on est sur un 4 places, le mètre entre les voyageurs n'existe plus. Ce sera en réalité un siège sur quatre. C'est la même chose dans les bus." 

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D'autant que ce déconfinement à partir du 11 mai pose d'autres questions. En premier lieu, sur le port du masque et son contrôle, une mission "qui relève du droit public, qui n'est pas une prérogative des agents RATP", rappelle Bertrand Hammache de la CGT-RATP. "Qui va obliger les voyageurs à le mettre ? Y aura-t-il des mesures coercitives tels que des procès verbaux ? On n'en sait rien." Sur ce sujet, le secrétaire d'État aux Transports Jean-Baptiste Djebbari a répondu sur Europe 1 que "c'est en cours d'organisation." "Nous y travaillons, nous trouverons le bon mécanisme", a-t-il fait savoir, précisant que "les contrôles pourront être effectués aussi bien par les forces de l'ordre que par les opérateurs de sûreté de la SNCF et de la RATP." 

Le siège sur deux, dans le métro et les trains en Île-de-France, c'est juste impossible- Fabien VILLEDIEU, délégué syndical Sud Rail

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Du côté de Sud Rail, troisième syndicat à la SNCF, le constat dressé est peu ou prou le même. "Honnêtement, je ne vois pas comment on peut respecter ces règles-là", déclare à LCI Fabien Villedieu, délégué syndical. S'il convient que le port du masque "peut se gérer", la distance d'un mètre entre chaque voyageur questionne le cheminot. "Pour les TER et les RER, cela me rend sceptique, pour ne pas dire dire autre chose", explique-t-il. La consigne d'un siège libre sur deux ne le convainc pas plus. "Dans les TGV ou les trains Corail, vous pouvez filtrer dans les grandes gares. Ce sont des trains à réservation", détaille-t-il. "Par contre, dans les métros et en Île-de-France, c'est une autre histoire. C'est juste impossible." 

Pour l'instant, seuls "25 % des Transiliens" sont en service et "7% des TGV" sillonnent la France. La SNCF, qui vise "rapidement" plus de 50% des TGV en circulation, a lancé un "appel solennel" aux employeurs pour limiter les déplacements. "Mais il y aura quand même des trains bondés, même si on maintient le télétravail, même si on incite les entreprises à décaler les horaires. Aujourd'hui, on déplace des centaines de milliers de personnes dans les trains. À partir du 11 mai, on va en déplacer des millions", s'inquiète le syndicaliste, pour qui les métros, TER et RER font "clairement" figure de "point noir".

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