Coronavirus : les compagnies aériennes font-elles voler "des avions fantômes" ?

Les compagnies s'organisent pour limiter au maximum les vols les moins remplis.
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À LA LOUPE – La réglementation européenne oblige-t-elle des compagnies aériennes à faire voler à vide des avions sous peine de leur retirer des créneaux de vols ? Relayée au Royaume-Uni, cette information interroge alors que le coronavirus affecte lourdement le trafic aérien en Europe.

Les craintes liées au coronavirus affectent le trafic aérien, et font même redouter des faillites pour les compagnies les plus exposées ou les moins solides. L'Association internationale du transport aérien estime ainsi que l'épidémie pourrait coûter de 63 à 113 milliards de dollars au total au secteur. 

Cela signifie-t-il que des annulations de vols en série sont à prévoir ? Pas forcément : un message posté sur la page Facebook de l'ingénieur Jean-Marc Jancovici indique que des compagnies "brûlent des milliers de litres de carburant en faisant voler des avions 'fantômes' vides afin de pouvoir conserver leurs créneaux de vol pendant l'épidémie". Il s'appuie sur un article de Business Insider, publié le 6 mars. 

Cette publication fait écho à des photos prises dans des vols à destination de l'Italie et postées sur les réseaux sociaux, sur lesquelles on se rend compte que seulement quelques passagers ont pris place dans l'appareil, dont l'immense majorité des sièges restent vides. 

La règle du "tu prends ou tu perds"

Dans les commentaires à ces messages, certains se demandent pourquoi, "pour des raisons climatiques", ces vols n'ont pas été annulés et les gens reversés sur d'autres vols, le même jour. "Mieux vaut un avion plein pour Rome que 5 ou 6 presque vides",  déplore @nilssonaem, laissant entendre que d'énormes quantités de kérosène seraient brûlées pour rien. 

La raison invoquée est la suivante : une règle européenne imposerait aux compagnies de faire voler leurs avions sous peine de leur retirer des créneaux d'exploitation dans les aéroports. Plutôt que de se faire ainsi sanctionner, les entreprises du secteur préféreraient ainsi faire circuler à vide une partie de leur flotte, quitte à perdre de l'argent.

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La législation dont il est question date de 1993, souligne à LCI un représentant de la Commission européenne. "Il s'agit d'une règle intelligente d'ordinaire, mais qui conduit dans la situation actuelle à des conséquences un peu absurdes". En résumé, ce texte prévoit que dans les aéroports saturés, les compagnies doivent utiliser au minimum 80% des créneaux de décollage et d'atterrissage qui leurs sont attribués. Si une compagnie ne les utilise pas, ils sont partagés à d'autres opérateurs, et donc en quelque sorte "perdus". 

Cette règle est parfois surnommée "take it or loose it", littéralement "tu les prends ou tu les perds". Elle explique que certaines compagnies, britanniques notamment, aient pu décider de maintenir des vols malgré un remplissage très insuffisant. La Commission, qui suit de près ce dossier, souligne qu'elle "est en train d'observer la situation et va étudier les différentes options possibles pour agir". Elle compte en tout cas prendre des mesures assez rapidement, "surtout si cela venait à durer". 

Lundi, le ministre de l'Économie Bruno Le Maire s'est également emparé du sujet, demandant au commissaire européen Paolo Gentiloni que les "compagnies aériennes puissent conserver leurs créneaux aériens sans avoir à faire tourner leurs avions à vide". Il a jugé la réglementation "absurde" dans les circonstances actuelles. 

Des critiques entendues par la Commission, dont la présidente, Ursula von der Leyen, a annoncé qu'elle allait proposer "très rapidement" un assouplissement temporaire de ces règles. "Nous voulons qu'il soit plus facile pour les compagnies aériennes de garder leurs créneaux aéroportuaires même si elles n'opèrent pas de vols dans ces créneaux en raison du déclin du trafic".

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Les compagnies s'adaptent

En coulisses, les représentants des compagnies aériennes s'activent. Tout comme l'IATA, qui s'est exprimée la semaine passée, l'alliance Airline for Europe (E4E) est mobilisée pour obtenir des avancées à l'échelle continentale. Représentante des compagnies européennes, elle se dit aujourd'hui "optimiste" quant aux solutions qui seront proposées par la Commission. "Des dérogations provisoires ont déjà été mises en place à quatre reprises par le passé", indique A4E à LCI, "que soit après les attentats du 11 septembre, au moment de la guerre en Irak, mais aussi face à la crise financière de 2009 ou à l'épidémie de Sras."

Du côté d'Air France, le dossier est évidemment suivi avec attention. Si quelques vols ont pu être assurés avec un très faible nombre de passagers, la compagnie souligne qu'il faut veiller "à prendre du recul pour résonner en rotations". Si un tronçon est peu rempli, "il est possible que le retour le soit bien davantage". Des vols sont par ailleurs annulés et reprogrammés, afin d'éviter que des avions ne circulent quasiment à vide. 

"Nous avons procédé à d'importantes adaptations", poursuit Air France, puisque la fréquence des vols a été diminuée de 50% vers l'Italie. "Toutes les destinations restent couvertes" à l'échelle du continent, insiste la compagnie tricolore, "mais nous avons réduit de 25% la capacité en ce qui concerne les vols à travers l'Europe."

S'il est possible que des avions presque vides circulent en cet épisode de coronavirus, il ne faut donc pas penser que cette pratique est généralisée. La plupart des compagnies cherchent aujourd'hui à éviter ces cas de figure, particulièrement peu rentables pour elles. Leurs yeux sont désormais rivés vers les instances européennes, qui devraient agir sous peu afin d'assouplir la réglementation et leur éviter une double peine si elles se retrouvent contraintes de ne pas assurer une partie de leurs liaisons. 

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