Coups de feu devant la mosquée de Brest : qui est Rachid Eljay, l’imam controversé blessé par balle ?

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COUPS DE FEU - Deux personnes ont été blessées par balle ce jeudi devant une mosquée de Brest. Parmi eux, l'imam du lieu de culte, Rachid Eljay, alias Abou Houdeyfa. Portrait de cet homme, connu pour ses vidéos controversées.

L’imam 2.0 touché par balle. Rachid Eljay, plus connu sous le nom d'Abou Houdeyfa, est l’une des deux victimes de l'attaque qui a eu lieu ce jeudi 27 juin devant la mosquée de Pontanezen, à Brest. Son pronostic vital n’est pas engagé. 

Un ancien salafiste aux propos polémiques

L’homme de 40 ans est tristement connu pour avoir tenu des propos polémiques sur les réseaux sociaux. Des vidéos restées inconnues jusqu’en 2015. On est alors au lendemain des attentats du 13-Novembre, à Paris, et ce qu’on découvre sur son compte passe très mal. Outre ses prises de position sur les femmes, dont il prônait plutôt la soumission, c'est un prêche filmé devant des enfants qui va provoquer la colère. Il explique alors qu’écouter de la musique revient à écouter "le diable". "Il y a un risque qu'Allah le transforme soit en porc soit en singe", assurait-il ainsi dans cette vidéo. Déterrée des mois après sa publication, la séquence est ensuite retirée des réseaux sociaux par l’imam, qui s'excuse. Il avait par la suite publié un communiqué sur son site internet, affirmant que ce n’était qu’une "métaphore" et qu’elle n’était pas à prendre au premier degré.


Des prises de position qui lui vaudront les foudres de l’opinion publique, poussant François Hollande, alors président, à demander l’ouverture d’une enquête préliminaire sur cet homme présenté comme salafiste. Ouverte en avril 2016, elle ne vise pas ses propos mais ses activités, comme les dons reçus pour financer une école coranique ou les revenus générés par les vidéos postées sur internet. Elle sera classée sans suite en février "faute d'infraction établie".

Mais derrière ces propos polémiques, il est aussi un sérieux détracteur du djihad guerrier et du terrorisme islamiste, qu’il décrit comme "salissant l’islam". Le Télégramme, quotidien régional de Bretagne, titrait ainsi en 2015 : "L’imam brestois qui hérisse les djihadistes". Après les attentats de novembre, il avait notamment appelé à être solidaires avec les victimes des attaques afin d’éviter les amalgames en "agissant concrètement". Voilà pourquoi il était notamment dans le viseur d’Omar Omsen, un proche de la branche syrienne d'Al-Qaïda, qui lui reprochait d'encourager les musulmans à s'intégrer en France, terre "mécréante". Et qui lui aura valu d’avoir son nom inscrit à côté de de la mention "rechercher l’imam mort" dans le journal de propagande de Daech "Dar al-Islam". 

Diplômé d'un DU sur l'islam et la laïcité

Depuis, le jeune prédicateur aux lunettes fines et au qamis blanc fait profil bas, disant même en décembre 2016 à l’AFP observer un islam "du juste milieu".  Il a délaissé sa longue barbe noire pour les bancs des classes. De quoi lui permettre, en juin 2017, d’être diplômé du cursus "Religions, Droit et Vie sociale" à l'université de Rennes, comme le notait alors l'agence. Un diplôme universitaire (DU) souhaité par Manuel Valls, ministre de l'Intérieur à l'époque, qui permet d’apprendre, en 125 heures de cours, les relations entre l’État et les religions, l'individu et la liberté de religion, le Droit des organisations religieuses, l'éthique ou encore la fiscalité des cultes.

Dorénavant appelé Rachid Eljay, l’imam continue toujours à être l’homme à succès de l’islam 2.0, répondant, à travers ses vidéos, à toutes les questions du quotidien que peuvent se poser les musulmans. Une activité qui a fait augmenter son nombre d’abonnés YouTube de 56% en un an, comme le relevait Marianne en avril dernier. 

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