Cours virtuels, cours réels... La crise sanitaire va-t-elle bouleverser l'enseignement à la fac ?

Place de la Sorbonne, Paris, 20 avril 2020
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COURS - Au Royaume-Uni, l’université de Cambridge a déjà opté pour la solution de l’enseignement en ligne à la rentrée prochaine. Comment comptent s’organiser les facultés françaises ? Quelles sont les pistes envisagées ? On fait le point.

Alors que l’enseignement et les examens s’organisent en ligne depuis la mi-mars, le mois de septembre se profile déjà avec une question fondamentale : comment concilier la reprise des cours et la sécurité sanitaire dans les universités ? La faculté britannique de Cambridge, qui comptabilise environ 20 000 étudiants, a déjà tranché : tous ses cours, sans exception, seront dispensés en ligne l’an prochain. De quoi donner des idées aux établissements français ?

Début mai, la ministre Frédérique Vidal a demandé aux universités de maintenir autant que possible les cours magistraux en ligne à la rentrée. Sauf que celles-ci semblent frileuses à l’idée de poursuivre intégralement l’enseignement à distance. Un collectif d’enseignants-chercheurs s’est opposé mardi 19 mai à une formule 100 % en ligne à l’université, dans une tribune publiée dans Libération. "La transmission du savoir passe par une interaction vivante avec un auditoire que n’offre pas l’enseignement par écrans interposés, pourtant préconisé dès la rentrée par la ministre de l'Enseignement supérieur", défendent-ils. 

Eviter le décrochage scolaire

Tandis que la Sorbonne Université prépare la rentrée prochaine, son président Jean Chambaz, lui, a estimé "indispensable" le retour des étudiants et s’est dit plutôt partisan d’un "enseignement hybride", lors d’un point presse en visioconférence le 12 mai dernier. Selon lui, "le seul enseignement à distance est vain, ce n’est pas la solution. Il doit être un élément complémentaire à l’enseignement présentiel". Et de poursuivre : "Notre priorité, c’est de pouvoir accueillir nos étudiants dans les campus et dialoguer avec eux, dans le respect des mesures sanitaires de sécurité qui seront en vigueur."

En effet, la fracture numérique entre les étudiants empêche une poursuite des cours dans de bonnes conditions. Tous ne sont pas équipés correctement en matériel informatique et le confinement a joué pour beaucoup sur leur apprentissage. L’enjeu, selon Olivier Laboux, vice-président de la Conférence des présidents d’universités (CPU), est alors d’éviter le décrochage avec un début d’année marqué par "une dimension hybridée ou fortement à distance". 

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Le président de la CPU Gilles Roussel a quant à lui indiqué "réfléchir à différents scenarii, qui combinent présentiel et distanciel". En précisant que "les modalités de mise en œuvre de ces nouveaux plans vont beaucoup dépendre des sites, des disciplines (…) ou des niveaux de formations" puisque que "dans les premières années on a vraiment besoin d’avoir un lien beaucoup plus fort avec les étudiants". 

En effet, la question des nouveaux arrivants se pose. Et notamment à Sciences-Po, où l’on nous précise porter une attention toute particulière à la "promo Covid" qui n’est plus allée au lycée depuis le 16 mars dernier et qui a vu son calendrier scolaire chamboulé, avec des épreuves du Baccalauréat remplacées par du contrôle continu. "Le principe qui est posé est la combinaison, pour les cours, de numérique et de présentiel, la priorité étant de garantir l’accès aux formations à tous les étudiants, sachant que 50 % d’entre eux sont étrangers, nous explique-t-on du côté de la communication de l’école.

Dans un communiqué, la direction propose aux étudiants un accès à une double formation : un "campus numérique" d’une part, avec "l’ensemble des contenus pédagogiques" et un "campus physique" de l’autre, "dans chacune des sept villes où Sciences Po est présent", en "petits groupes" et sous la forme d’"ateliers, tutorats, projets collectifs, travaux de groupes". Les modalités de la reprise des cours doivent être précisées au début du mois de juin. Le tâtonnement est le même à l’université de Lille, où l’on nous indique que "rien n’est encore acté pour la rentrée". 

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Cette question de la forme de l’enseignement est parvenue jusqu’à l’Assemblée nationale, avec une proposition de loi déposée le 19 mai par la députée LR Frédérique Meunier visant à instaurer "l’enseignement numérique distanciel" dans les établissements scolaires. "Pour les universités, cela pourrait éviter des frais de logement et d’études aux étudiants dont les parents ne peuvent assumer des études longues et coûteuses", argue la députée. 

Cela étant, tout reste à faire pour accueillir les étudiants à la rentrée prochaine, sur les bancs de la fac ou par écran interposé. Seule certitude, celle-ci aura bien en septembre, a affirmé la ministre de l’Enseignement supérieur. 

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