"On a de quoi tenir dix jours" : une Lyonnaise nous raconte son confinement forcé sur un voilier en Polynésie

L'archipel des Tuamotu, dans le Pacifique Sud.
Population

TEMOIGNAGE - Isabelle et son compagnon sont immobilisés depuis quinze jours sur un bateau dans l'archipel des Tuamotu, en Polynésie française, confinée comme la métropole face au coronavirus. Le couple, qui n'a pu rejoindre les derniers vols pour la métropole au départ de Papeete, en appelle aux autorités.

Ce devait être le voyage de leur vie, un long congé sabbatique avec pour destination un paradis sur terre. La pandémie de coronavirus en a décidé un peu autrement. Partis en septembre dernier pour un périple dans l'archipel polynésien des Tuamotu, en plein milieu du Pacifique Sud, Isabelle et son compagnon ne pensaient pas qu'ils se retrouveraient un jour confinés  dans leur voilier de location, dans l'impossibilité de lever l'ancre. 

Depuis deux semaines, ces Lyonnais ont dû interrompre leur croisière et immobiliser le bateau près d'Apataki, l'un des 76 atolls qui composent l'archipel des Tuamotu. Ils doivent obéir aux règles de confinement imposées par les autorités de Polynésie française, où le couvre-feu est également instauré depuis le 27 mars. Alors que des millions de Français ont l'interdiction de quitter leur logement, eux se retrouvent bloqués en mer, avec juste un bout de plage où poser le pied, mais aucun village à l'horizon pour se ravitailler. 

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"On est coupé du monde"

"Voilà quinze jours que nous avons l'interdiction de naviguer", témoigne Isabelle auprès de LCI. "Nous voulions rejoindre l'atoll de Rangiroa, mais on nous a dit qu'il était impossible de circuler. Nous n'avons presque plus d'essence et nous n'avons plus que pour 10 ou 12 jours de provisions", explique la Lyonnaise. "La première épicerie est à deux heures de catamaran. Il nous faudrait deux jours de navigation pour rejoindre Papeete. On est coupé du monde."

Papeete, la capitale de Polynésie française, d'où le couple avait initialement prévu de décoller le 10 mai pour rejoindre la métropole. Comme ailleurs, les compagnies aériennes ont suspendu leurs rotations et il est impossible de programmer un voyage retour. Des vols internationaux ont été mis en place pour permettre aux non-résidents de quitter le territoire, soit 3400 personnes qui ont déjà trouvé une solution de retour, annonçait, le 27 mars, le Haut-Commissariat de la République en Polynésie française. 

Pour autant, au moins une cinquantaine d'habitants de métropole seraient restés sur le carreau, comme ces deux voyageurs. "Je suis sûre qu'il y a d'autres non-résidents dans notre situation sur l'archipel", s'avance Isabelle. "Nous nous sommes déclarés auprès du Haut-Commissariat, mais nous n'avons pas de nouvelles." 

Problème : en fin de semaine dernière, le Haut-Commissariat indiquait que "l'ultime possibilité à moyen terme" pour rentrer en métropole était le vol affrété par United Airlines samedi soir. 

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Sollicité par LCI, le secrétaire général du Haut-Commissariat, Eric Requet, a confirmé qu'une cinquantaine de touristes étaient actuellement identifiés, mais il s'agit de non-résidents qui attendent un rapatriement depuis Tahiti. Pour ces derniers, des vols pourraient être affrétés dans un délai qui n'est pas encore défini, au même titre que d'autres personnes souffrant de pathologies (hors Covid-19) qui nécessiteraient une évacuation sanitaire vers la métropole.

En outre, "2500 touristes répartis dans tous les archipels ont pu être rapatriés entre le 20 et le 28 mars", a précisé Eric Requet. Ceux qui seraient éventuellement passé sous les radars sont incités à contacter le Haut-Commissariat, "qui les accompagnera jusqu'à ce qu'on puisse mettre en place une solution de retour", assure le secrétaire général. En attendant, ils doivent se conformer aux consignes de confinement données par les autorités polynésiennes. Compte tenu du manque d'infrastructures sanitaires et de l'isolement des populations dans les archipels, la lutte contre le Covid-19 est particulièrement cruciale sur ce territoire. 

"Quand on considérera que la situation n'est plus tenable, on alertera", prévient Isabelle. "Nous sommes à l'ancre dans le lagon et nous sommes tributaires de la météo", s'inquiète-t-elle. Le couple reste malgré tout en contact avec la famille lyonnaise, prête elle aussi à solliciter les autorités françaises si cela devient urgent. "Mais on sait que la situation est très compliquée en métropole", relativise la voyageuse. 

En attendant, les deux Lyonnais peuvent compter "sur la gentillesse de quelques résidents, qui nous demandent si l'on a besoin de quelque chose". Un peu de soutien, à défaut d'un billet retour. 

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