Immunité collective : faut-il encore y croire alors que la circulation du virus gagne en intensité ?

Le masque n'est pas un nid à bactéries comme le décrivent certains de ses détracteurs.
Population

EN BREF - En France, le nombre de nouvelles contaminations au Covid-19 a atteint un niveau jamais vu depuis le déconfinement. Devant l’incertitude que suscite cette reprise de l'épidémie, certains ravivent l'espoir d'une immunité de groupe. A tort ou à raison, à la lumière des dernières données ?

En France, où le nombre de nouvelles contaminations a atteint un niveau jamais vu depuis le déconfinement avec ce dimanche 10 569 nouveaux cas en 24 heures (contre 13 498 samedi) et 12 décès, la circulation du virus continue de gagner en intensité. Devant l’incertitude que suscite cette reprise de l'épidémie, les plus optimistes misent toujours sur l'existence d'une immunité acquise lors de la première vague, qui ferait barrage à la seconde et éviterait une réédition de la catastrophe de mars. 

Pour rappel, alors que certains pays comme la Suède ont tenté la stratégie de l'"immunité collective" dès le printemps, cela n'a jamais été d'actualité dans l’Hexagone. "Nous ce qu’on veut, c’est que le virus circule le moins possible. Parce que derrière il y a des vies, des personnes qui peuvent se retrouver à l’hôpital", a notamment expliqué ce lundi sur France Inter Gabriel Attal. L'occasion de revenir sur ce que l'on que l'on sait et ce que l'on ignore encore, à ce jour, en la matière, et de dresser un état des lieux de la situation dans l'Hexagone à la lumière de données tout juste publiées.

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L'immunité collective, qu'est-ce que c'est déjà ?

C'est au printemps que l'on a particulièrement entendu parler d'immunité collective, ou d'immunité grégaire, alors présentée comme un rempart possible à l'épidémie. Ce concept repose sur un pourcentage théorique et contesté de la population devant être immunisé pour interrompre la propagation du virus, lequel n'a alors plus suffisamment d’hôtes pour se diffuser. Ou quand une personne nouvellement infectée ne représente plus un vecteur de dissémination massive, la majeure partie de ses contacts étant protégés par les anticorps qu'ils ont développé en ayant été contaminés ou vaccinés.

Partant d'un taux de reproduction initial, le fameux R0, égal à 3 (c'est-à-dire qu'une personne malade va en contaminer 3 autres), la communauté scientifique estime que, faute de vaccin pour l'heure, il faudrait qu'environ 65% de la population soit immunisée pour que l'épidémie soit contrôlée par la seule immunité. Plus récemment, deux épidémiologistes estimaient quant à eux dans la revue Nature que l’immunité collective pourrait être atteinte lorsque 50% au moins de la population aura été immunisée contre le virus. Ce à condition évidemment, dans un cas comme dans l'autre, que les anticorps développés chez les personnes infectées soient durables.

A titre d'illustration, pour atteindre ces 66%, il faudrait compter entre 100 000 et 450 000 décès liés à la maladie selon Simon Cauchemez, directeur de recherche et responsable de l'unité modélisation mathématique des maladies infectieuses à l'Institut Pasteur et Arnaud Fontanet, épidémiologiste qui ont récemment publié une note dans la revue "Nature Review Immunologie". 

De quoi livrer un aperçu du coût humain de cette stratégie d'immunité collective. 

Que nous apprennent les dernières études ?

Une étude de l’agence de santé sud-coréenne rendue publique il y a quelques jours, a mis en évidence un seuil d'immunité extrêmement bas. Dans le détail, selon les résultats, issus d'une deuxième série de tests sérologiques réalisés entre le 10 juin et le 14 août, une personne sur 1.440 a en effet développé des anticorps contre le nouveau coronavirus en Corée du Sud. Ces résultats viennent conforter la conclusion d'une étude chinoise publiée en juin dans la revue Nature, selon laquelle l'immunité ne concerne qu’entre 3,2 et 3,8 % de la population. 

En outre, ces derniers mois, plusieurs cas de possible réinfection par le Covid-19 ont été mentionnés dans le monde, jusqu'au premier avéré, annoncé par des chercheurs de Hong Kong fin août. "Puisqu'une réinfection peut se produire, il est improbable que l'immunité collective acquise par les infections naturelles suffise à éliminer le SARS-CoV-2", avait alors commenté sur Twitter, la Pr Akiko Iwasaki, spécialiste de l'immunité à l'université de Yale (Etats-Unis), suggérant que sans vaccin pour accélérer cette immunité de groupe - celle-ci est inatteignable en ce qui concerne le Sars-CoV-2. 

Encore de nombreuses inconnues

La question de l'immunité face au Covid-19 reste entourée de nombreuses inconnues : on ne connaît pas avec précision le degré de protection qu'offrent les anticorps, le rôle que jouent les lymphocytes T (responsables du deuxième volet de la réponse immunitaire) ni la durée d'une éventuelle immunité.

Si elle est fluctuante selon les études, la durée de l'immunité humorale, c'est-à-dire celle acquise par les anticorps et non de l'immunité cellulaire (les lymphocytes) semble en effet osciller entre deux à quatre mois, parfois au delà chez certains patients, soit sensiblement la même que celle des coronavirus des rhumes. En revanche, d'autres études prônent en faveur d'une immunité cellulaire possiblement à plus long terme. 

Quid d'une immunité croisée, à savoir celle conférée par les quatre coronavirus saisonniers vis-à-vis de la Covid-19 ? Grâce à ce mécanisme, 40 à 60 % de la population pourrait être immunisée contre le Covid-19 laissaient entendre dans une étude fin mai des chercheurs américains de l’Université de Californie, à San Diego. Mais des chercheurs de l’Institut Pasteur, de l’Inserm, de l’AP-HP et d'Université de Paris ont montré par la suite que les fréquentes infections des enfants par les coronavirus saisonniers ne les protègent ni de l’infection par le virus SARS-CoV-2, responsable de la Covid-19, ni des formes graves apparentées à la maladie de Kawasaki.

Où en est-on en France ?

65%, 50%... peu importe le pourcentage, l’immunité collective semble bien loin d’être acquise en France selon une étude publiée le 16 septembre, ciblant trois régions dont deux fortement touchées et une relativement épargnée. Dans le détail, il ressort de ces données recueillies à l’issue du confinement, auprès de 14 628 personnes, que la séroprévalance atteint 10% en Île-de-France, 9% dans le Grand Est, et 3,1% en Nouvelle-Aquitaine. "L’étude confirme les résultats obtenus par modélisation. On est très très loin de l’immunité collective", commentait ce dimanche sur Twitter, Mahmoud Zureik Professeur des Universités-Praticien Hospitalier en épidémiologie et en santé publique.

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Pour précisions, selon une précédente étude de "séroprévalence" menée par Santé Publique France avec l'Institut Pasteur et publiée le 18 septembre, à la fin du confinement, mi-mai, seuls 4,9% des Français avaient été infectés par le nouveau coronavirus (soit 3,3 millions de personnes) et seulement 3,3% de la population avaient développé des anticorps neutralisants. De premières estimations qui "montrent que le niveau d'immunité collective est trop faible pour permettre de contrôler la circulation virale", avaient commenté Santé Publique France.

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