Dépistage de masse : quels enseignements dans les pays qui l'ont expérimenté ?

Dépistage de masse : quels enseignements dans les pays qui l'ont expérimenté ?

TOUR D'HORIZON - Le gouvernement étudierait la possibilité d'organiser à titre expérimental un dépistage massif du Covid-19 dans une métropole comme Lille. Qu'enseigne l'expérience des pays qui l'ont fait avant la France ?

Tous les habitants de Lille et de Roubaix bientôt soumis à un dépistage massif ? Le projet est en tout cas étudié par le gouvernement, a fait savoir ce mercredi Philippe Froguel, chercheur lillois, qui plaide avec plusieurs collègues pour un déploiement de cette méthode dans tout l'Hexagone. 

Avec plus de 300.000 habitants et plus d'un million à l'échelle de la métropole, tester à grande échelle représente un défi logistique important. Mais d'autres pays l'ont déjà relevé. En attendant que le ministère de la Santé rende sa décision, a priori ces prochains jours, avec en ligne de mire un dépistage massif à la fin du confinement, que retenir des différentes opérations menées à l'étranger ? 

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"La Slovaquie l'a fait, l'Autriche, qui compte autant d'habitants que nous, le fait. Nous avons décidé de montrer que c'était possible", a déclaré Laurent Wauquiez qui a annoncé proposer une campagne massive de tests gratuits aux huit millions d'habitants de son territoire avant Noël. De fait, à l'étranger, plusieurs pays ou villes se sont essayés au dépistage massif face à l'épidémie de coronavirus, mais force est de constater que leurs effets sont souvent difficiles à mesurer. "Nous n’avons pas encore les retours" des opérations menées en Slovaquie ou à Liverpool, a de son côté observé le ministre de la Santé Olivier Véran. 

Quid de l'expérience slovaque ?

La Slovaquie a lancé début novembre, échelonné sur deux week-ends, un dépistage du Covid-19 à l'échelle nationale, la première vague de tests ayant concerné deux tiers de la population et révélé plus de 1% de personnes positives sur les 3,6 millions testées. "Nous avons littéralement trouvé une arme atomique contre le Covid-19", a déclaré le Premier ministre Igor Matovic, louant le taux de participation élevé au cours de la première étape, dans ce pays de 5,4 millions habitants, membre de l'UE.  Quelque 45.000 professionnels de la santé, de l’armée et de la police avaient alors été mobilisés pour procéder aux prélèvements, à base de tests antigéniques, moins fiables que les PCR. Le second week-end s'est concentré sur les 45 districts présentant le plus fort taux de personnes infectées (certaines personnes ont donc été testées deux fois).

Le dépistage n'était pas obligatoire mais les personnes qui n'y ont pas participé et qui n'étaient pas en mesure de présenter un test PCR négatif devaient rester isolées jusqu'au 14 novembre, selon une directive du gouvernement. Elles n'étaient pas autorisées non plus à se rendre au travail, mais uniquement dans les commerces pour se ravitailler en produits essentiels ou se rendre dans un établissement de santé. 

D’après Igor Matovic, cité par le Financial Times, le taux d’infection dans les régions testées deux fois est passé de 1,47 %, lors de la première vague de tests, à 0,62 % pendant la seconde, un résultat "au-delà de toutes les attentes". Mais des experts slovaques interrogés par le quotidien britannique jugent que cette baisse du taux d'incidence est davantage le fruit des mesures restrictives, que celui de la campagne de tests.

Quid de l'essai à Liverpool ?

Au lendemain de l’entrée en vigueur du reconfinement, le 6 novembre, le gouvernement britannique a également lancé un programme de dépistage massif et rapide à Liverpool, ville du nord de l’Angleterre durement touchée par la deuxième vague. Mais là encore, il est difficile d'en mesurer le succès. D'une part parce que la campagne, qui mobilise l'armée, s'échelonne  sur un mois, soit jusqu'au 2 décembre, date prévue pour le déconfinement. D'autre part parce que cette réussite repose évidemment sur l’efficacité des résultats. Or, selon les informations du quotidien The Guardian, certains types de tests offrant une réponse sous une vingtaine de minutes n’ont pas permis de détecter 50 % des cas positifs.  En pratique, plusieurs types de tests (PCR, antigénique et par prélèvement salivaire) sont proposés aux quelque 500.000 habitants de la ville ainsi qu'à tous ceux qui y travaillent, que ces derniers présentent ou non des symptômes. Au 16 novembre, 119.054 personnes avaient été testées. 

Le gouvernement britannique a déjà annoncé vouloir étendre le programme. 600.000 tests rapides devaient être envoyés cette semaine dans tout le Royaume-Uni et en particulier dans certains quartiers de Londres. "Nous travaillons avec les universités pour organiser ce type de tests après de la population étudiante", a précisé Boris Johnson.

Quid de l'échantillonnage luxembourgeois ?

Dès le mois de juin, le Luxembourg s'est lancé dans le dépistage à grande échelle, non pas de toute sa population mais d'"échantillons représentatifs" incluant également ses 200.000 travailleurs frontaliers, ainsi que le souligne le Républicain Lorrain. Selon Le Monde, au 15 septembre, près de la moitié des habitants du pays avait participé à la première phase. La seconde s'est amorcée cet automne et se poursuivra jusqu'en mars 2021. En pratique, des tests PCR (non obligatoires) sont proposés aux catégories de population les plus exposées au Covid-19, à celles qui font partie d'un cluster et aux étrangers entrant au Luxembourg.

Avec 700 à 800 nouvelles contaminations par jour depuis la fin octobre, et un taux d'incidence de plus de 1 300 cas pour 100.000 habitants durant la quinzaine écoulée, le pays n'en demeure pas moins celui de l’Union européenne où l'épidémie circule le plus activement.

Avant tous ces pays, la Chine avait organisé plusieurs campagnes de dépistage massif, lancées à chaque nouvelle découverte d'un ou plusieurs cas positifs. En mai dernier, 11 millions d’habitants ont notamment été testés à Wuhan, berceau de la pandémie, tandis que 9 millions l'ont été à Qingdao, puis 4,75 millions au Xinjiang en octobre. Ces différentes opérations de dépistage se sont accompagnées d'un traçage numérique et de restrictions de déplacements permettant au pays d'affirmer qu'il n’enregistrait plus que quelques rares nouveaux cas quotidiens, l'essentiel concernant des voyageurs arrivant de l’étranger.

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