Covid-19 : l'économie française est-elle vraiment l'une des plus touchées au monde ?

Covid-19 : l'économie française est-elle vraiment l'une des plus touchées au monde ?
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À LA LOUPE – Des analystes expliquent qu'en France, l'économie a été particulièrement touchée par l'épidémie de Covid-19. Plusieurs facteurs peuvent l'expliquer, même si des mesures de relance sont aujourd'hui déployées.

"Pourquoi allons-nous avoir la récession la plus forte du monde ?", s'est ému à la mi-juin Bruno Retailleau, le président du groupe Les Républicains au Sénat. Devant les dégâts causés par l'épidémie de Covid-19 sur notre économie, il s'est interrogé sur la gestion de la crise par le gouvernement, questionnant en passant l'approche des autorités, "qui consistait à mettre la France sous cloche".

La France, plus touchée que d'autres ? "C’est l’OCDE qui le dit", a glissé le sénateur, estimant par ailleurs que le déconfinement devait être accéléré.

Plusieurs scénarios mais un même constat

Peut-on vraiment considérer que la situation économique est plus critique en France que dans le reste du monde ? Les données auxquelles fait référence Bruno Retailleau proviennent des perspectives économiques mondiales dévoilées début juin par l'OCDE. Des analyses qui montrent en effet l'impact majeur de l'épidémie sur l'économie hexagonale. S'il ne s'agit ici que d'estimations, du recul étant nécessaire pour dresser des bilans définitifs, les indicateurs sont dans le rouge. 

Le premier sur lequel s'est penché l'organisation est la croissance du PIB. Pour effectuer ses projections, l'OCDE a étudié divers cas de figure, ajustant ses modèles pour prendre en compte les effets d'une potentielle "deuxième vague". Quel que soit le scénario retenu, la Corée du Sud et la Chine apparaissent comme les plus épargnés (avec des baisses de PIB de 3,7% maximum), là où la moyenne des pays de l'OCDE prévoit une baisse de 7,5% avec un "choc unique", et de 9,3% avec "deux chocs successifs". La France est bien au-delà, avec des baisses respectives de 11,4 et 14,1%, très proche de l'Espagne, de l'Italie ou du Royaume-Uni.

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Du côté du FMI, le constat est similaire. La France, selon ses analystes, sera fin 2020 le troisième pays le plus touché au monde, derrière l'Espagne et l'Italie. Parmi les conséquences de l'épidémie : une hausse notable du chômage (la Banque de France prévoit un pic supérieur à 11,5% mi-2021), mais aussi un endettement public qui bondit. Une conséquence logique des plans de relance visant à soutenir l'emploi et divers secteurs industriels, automobile notamment. 

Des pistes d'explications

Pour comprendre l'impact considérable de l'épidémie sur notre économie, plusieurs facteurs peuvent être avancés. La durée du confinement notamment, presque deux mois en France, quand l'Allemagne a entamé très tôt un déconfinement progressif, limitant ses mesures les plus strictes à seulement 30 jours. Les restrictions imposées à la population et aux commerçant jouent également un rôle, puisque les mesures prises en France ont été drastiques. Souvent davantage que chez nos voisins, où certains secteurs pouvaient poursuivre même partiellement leur activité.

D'autres éléments sont à prendre en compte, notamment le fait que tout le pays ait été concerné. En Chine, certaines régions ont été très largement plus touchées, et l'économie nationale n'a pas été affectée dans son intégralité. La durée importante du confinement dans les zones à risque n'a donc pas eu un impact similaire. Il convient enfin de souligner que d'un pays à l'autre, les spécificités des économies diffèrent, ce qui contribue à modifier l'impact de l'épidémie. En France, des secteurs clés ont été directement touchés, en particulier le tourisme ou l'hôtellerie/restauration. Les services ont également beaucoup souffert, expliquant pour partie la chute du PIB observée. L'Allemagne de son côté est parvenue à maintenir une partie de son activité dans l'industrie, un pilier de son économie. Davantage tournée vers l'exportation, elle a moins pâti du ralentissement de la consommation sur son propre sol. 

Pour compenser les conséquences majeures de l'épidémie, la France peut s'appuyer sur plusieurs éléments. Les mesures de relance déployées à l'échelle nationale et européenne, tout d'abord, qui contribuent à soutenir des pans entiers de l'activité, mais aussi la reprise de la consommation. Les Français ont épargné près de 75 milliards d'euros durant le confinement, une somme considérable qui pourrait être en partie réinjectée dans l'économie dans les prochains mois. En France comme à l'étranger, un dernier point pourrait changer la donne : un vaccin. "Le développement d'un vaccin sûr et efficace pourrait soutenir le sentiment général et accroître la croissance en 2021", estime le FMI. 

En résumé, on observe donc que la France fait partie des pays ayant le plus souffert du Covid-19 sur le plan économique. La conséquence d'un confinement long et très strict, qui a particulièrement atteint certain des secteurs clés de son économie. 

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