Le coronavirus aux portes de la France : pourquoi fermer les frontières avec l'Italie serait inefficace

Le coronavirus aux portes de la France : pourquoi fermer les frontières avec l'Italie serait inefficace
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ISOLEMENT - Après une percée soudaine en Italie avec, pour l'heure, six morts comptabilisés, plus de 200 contaminés recensés et onze villes placées en quarantaine, le Covid-19 est désormais aux portes des Alpes-Maritimes. La question d'une fermeture des frontières pour enrayer la propagation de l'épidémie se pose. À juste titre ?

Faut-il fermer la frontière avec l'Italie ? Face à l'augmentation soudaine des cas de Covid-19 de l'autre côté des Alpes, le département limitrophe des Alpes-Maritimes, qui enregistre des flux quotidiens de dizaines de milliers de personnes, se prépare à la possible propagation du coronavirus. Trois personnes étaient lundi suspectées d'être contaminées avant que, finalement, les tests s'avèrent négatifs. Face à cette crainte, les députés et maires des communes, situées à la frontière franco-italienne, appellent tout de même à un plan d'urgence. Le maire de "la zone frontalière qu'est la ville de Menton" Jean-Claude Guibal a demandé dimanche "le renforcement des contrôles sanitaires à la frontière en plus des contrôles d'identité". 

"Il serait illusoire de dire que nous ne sommes pas concernés et que le virus va s'arrêter à la frontière", surenchérit ce lundi 24 février sur LCI le député LR des Alpes-Maritimes Éric Ciotti, qui réclame également un contrôle renforcé de la zone frontalière. Or, sur France 2 dimanche, le ministre de la Santé Olivier Véran a jugé que fermer la frontière avec l'Italie "n'aurait pas de sens". "Un virus ne s'arrête pas aux frontières", a-t-il ajouté, soulignant qu'il "n'y a pas à proprement parler d'épidémie en Italie" puisque les autorités ont au contraire pris des mesures, notamment de confinement, "pour éviter qu'il y ait une épidémie".

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L'OMS conseille de ne pas les fermer

Dans le contexte actuel, "le code Schengen sur les frontières autorise le rétablissement temporaire de contrôles", et non leur fermeture totale, "mais toute décision devrait être prise à certaines conditions", rappelle lundi le commissaire européen à la Gestion des crises Janez Lenarcic. Une telle décision, qui revient aux États membres de l'UE, doit être "basée sur une évaluation des risques crédible et des preuves scientifiques", être "proportionnée" et "prise en coordination avec les autres". En somme, le pays notifiant une telle procédure doit prouver qu'il fait face à une menace pour l'ordre public ou par sa sécurité.

Dès le 31 janvier, l'OMS avait aussi averti, en réaction à la décision de plusieurs pays limitrophes avec la Chine de fermer les frontières, que de telles mesures seraient contre-productives. "Il a été dit et réitéré très clairement que les restrictions aux voyages et au commerce ne sont pas recommandées par l'Organisation mondiale de la santé", avait souligné son porte-parole Christian Lindmeier. "Il semble peut-être logique de dire 'Regardez, nous voyons un danger venir, alors enfermons-nous'. Mais comme l'ont montré d'autres situations, comme notamment avec Ebola, quand les gens veulent voyager, ils le font. Et si les frontières officielles ne sont pas ouvertes, ils trouveront d'autres points de passage informels."

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Une frontière perméable, même bouclée

Il n'est ainsi pas exclu, qu'en fermant la frontière avec l'Italie, foyer de l'épidémie en Europe, des personnes en provenance de Lombardie ou du Piémont arrivent en France par la voie terrestre, en passant par la Suisse ou l'Autriche, ou par les voies maritimes et aériennes. Tout laisse donc penser que, même bouclée, la frontière restera perméable à la maladie. Une équipe de l'Inserm, menée par la chercheuse Vittoria Colizza, estime que "six cas importés sur dix en moyenne peuvent ne pas avoir été détectés". En effet, les caméras thermiques ne sont pas en capacité de détecter toutes les personnes qui déjà infectées car toutes ne déclarent pas de symptômes. Ces patients sont appelés "asymptomatiques". Ainsi, un malade infecté sans que l'on puisse le révéler pourrait franchir la frontière et propager le virus plus tard. 

Tester chaque personne qui passe la frontière se heurterait également à une problématique de moyens. Les prélèvements oraux-pharyngés, utilisant la technique dite "PCR" (Polymerase Chain Reaction), permettent d'obtenir des résultats rapides, en quelques heures seulement. Mais cette procédure se révèle coûteuse et réclame une machine dédiée pour analyser les échantillons. De plus, les laboratoires pourraient être vite submergés s'il fallait caractériser plusieurs milliers de profils. À Marseille, il est possible de faire 1000 tests par jour et 400 à Paris. Face à cette maladie facilement contagieuse, la France mise donc sur une détection rapide des cas et sur la prévention pour pousser les potentiels infectés à se faire dépister.

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