Covid-19 : pourquoi il n'est pas alarmiste de déjà redouter une 3e vague

Covid-19 : pourquoi il n'est pas alarmiste de déjà redouter une 3e vague

L’ÉPIDÉMIE JUSQU’À QUAND ? - La deuxième vague épidémique a à peine atteint son pic que les recommandations pour contrer une potentielle 3e vague sont déjà de mise. Et pour cause : celle-ci est bel et bien probable.

La deuxième vague de Covid-19 semble commencer lentement à refluer mais est loin d'être terminée pour les hôpitaux qui voient toujours affluer les malades. Pourtant, il est déjà question, à l'heure d'évoquer la stratégie du deuxième déconfinement, d'une éventuelle troisième vague. De l'avis de nombreux observateurs, il n'est pas alarmiste mais réaliste de la redouter. Et le débat qui l'entoure réside d'ailleurs moins sur la probabilité qu'elle ne survienne que sur la stratégie à mettre en œuvre pour la contrer.  “Aujourd’hui nous avons une deuxième vague. S’ils ne construisent pas l’infrastructure nécessaire, nous aurons une troisième vague au début de l’année prochaine”, redoute ainsi ce dimanche, l'envoyé spécial de l'OMS David Nabarro, interviewé dans plusieurs quotidiens suisses. l'expert britannique craint une troisième vague au niveau européen.

"On est actuellement face à la seconde vague mais ce qu'il faut se demander dès maintenant, c'est : qu'est ce qu'on fait si on veut pas que ça recommence ?", prévenait déjà il y a quinze jours Philippe Amouyel, professeur de santé publique au CHU de Lille.  

"C'est pour cela qu'on a fait la demande au gouvernement de, tout de suite, partager les conditions du déconfinement", abondait le 12 novembre Frédéric Valletoux, le président de la Fédération hospitalière de France, craignant explicitement que "cela nous amène à une troisième vague, voire à un troisième confinement" si celui-ci était mal appréhendé ."Le pire serait que, sous prétexte que les chiffres baissent, cela amène à un relâchement des comportements", avait-il ajouté. Même crainte chez Renaud Piarroux, chef du service de parasitologie à la Pitié-Salpêtrière. "Il faut espérer qu'il n'y aura pas de troisième vague, mais il faut s'y préparer quand même", explique le médecin au JDD du 22 novembre. 

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Même crainte formulée par le Pr Amouyel : "Une fois que ça va aller mieux, et que cette deuxième vague sera passée, le risque c'est qu'on commence à relâcher la surveillance. Or, pour éviter une éventuelle troisième vague, il faut tirer les expériences du passé et mettre en place des outils qui évitent les remontées épidémiques." Pour lui, les deux clés de voûte d’un déconfinement réussi seront, en plus du respect des gestes barrières, le dépistage massif et l'analyse généralisée de la circulation du virus dans les eaux usées. "En tant qu'épidémiologiste, je le vois comme un outil vraiment intéressant et ultra puissant à un moment où on développe une stratégie de déconfinement et où on cherche à sortir du 'stop and go',' déclarait-il dans une précédente interview au sujet de la surveillance du virus dans les stations d'épuration. Et de poursuivre : "l'objectif derrière cela, c'est de pouvoir mettre en place une mesure restrictive, ou plusieurs, en fonction de ce qu'on observe. Et donc contrôler la circulation du virus en temps réel."

S'agissant du dépistage de masse, l'épidémiologiste lillois assure que la France a les moyens de déployer un tel dispositif à son échelle. "Ce qu'il manque, c'est un chef d'orchestre. Là on a l'impression d'un concert symphonique qu'avec des solistes", ironise-t-il, estimant que pour "rendre un son audible, ça ne peut venir que du gouvernement et qu'il faut une vraie politique à l'échelle nationale".

"L'évolution naturelle du virus"

Le docteur Gérald Kierzek, médecin urgentiste à l'hôpital Hôtel-Dieu (AP-HP) à Paris et consultant TF1-LCI, pointe lui la délicate équation entre "les mesures restrictives qui ont un impact", "ce qu'on va faire pour éviter d'être dans un stop and go" et "la part de l'évolution naturelle du virus".

Cette question relative au cycle naturel de l’épidémie est d'ailleurs soulevée par le Conseil scientifique dans son avis du 26 octobre mentionnant de probables "vagues successives", d'ici la fin de l’hiver/printemps 2021. En l’absence d’immunité collective suffisante (et compte-tenu du manque de recul sur la durée de l’immunité chez les personnes ayant contracté le virus), "on entre ainsi dans la gestion de vagues successives de recrudescence (non tributaires d’un caractère saisonnier exclusif) jusqu’à l’arrivée des premiers vaccins et/ou traitements prophylactiques (2ème trimestre 2021 ?). Il y a donc devant nous de nombreux mois avec une situation extrêmement difficile", peut-on lire. L’avis du Conseil scientifique conclut que ce principe de vagues doit être intégré dans les consciences, mais aussi dans les politiques publiques de gestion de la crise sanitaire.

Certains pays déjà face à une 3e vague

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Dans une épidémie, les deuxièmes vagues tuent-elles toujours plus ?

D'ailleurs, si sa brutalité et son accélération semblent avoir pris la France de court, la deuxième vague épidémique était loin d’être une surprise en elle-même. Les modèles épidémiologiques prévoyaient une résurgence de cas autour de la rentrée 2020, se projetant même au delà, grâce notamment à l'expérience d'anciennes pandémies comme la grippe espagnole. Dans ce cas précis, une troisième vague avait frappé le pays entre février et mars 1919, faisant néanmoins moins de victimes que lors de la précédente, survenue à l'automne.

Pour rappel, dans une modélisation fournie en mai 2020 par le Center for Infectious Disease Research and Policy (CIDRAP) de l’université du Minnesota, le premier scénario envisage des accalmies suivies de reprises : une deuxième vague à l’automne 2020 ; une troisième au printemps 2021 ; une quatrième à l’automne 2021, puis d'autres à l'intensité assez similaire. Dans le deuxième scénario, les épidémiologistes projettent une deuxième vague très élevée, suivies d'autres, d’une intensité moindre. Mais en conclusion, même le scénario optimiste anticipait des "vaguelettes" périodiques.

Il se trouve d'ailleurs qu'au moment où la France et l’Europe font face à cette deuxième vague, certains pays traversent eux déjà leur troisième. C’est le cas des États-Unis où la reprise a démarré cet automne dans certains États, avant de se propager à tout le territoire. Mais aussi du Japon où le rebond actuel observé "pourrait être considéré comme une troisième vague" d’après Toshio Nakagawa, le président de l’Association médicale du Japon.

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